Russie : la banque centrale prête à l’action face à la chute du rouble

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à Moscou le 14 février 2014, alors que la banque centrale russe se dit prête à relever ses taux, si la chute du rouble entrainait une poussée des prix (Photo : Vasily Maximov)

[14/02/2014 13:56:40] Moscou (AFP) La banque centrale russe s’est dite prête vendredi à relever ses taux, si la chute du rouble, au plus bas face à l’euro, entraînait une poussée des prix.

Les signes d’inquiétude se multiplient dans la population et les milieux économiques face à l’amplitude de la dépréciation de la monnaie, qui a plongé de plus de 5% depuis le début de l’année face à la devise européenne.

Après deux semaines de relative accalmie, elle est tombée vendredi matin au niveau jamais vu de 48,46 roubles pour un euro, la monnaie européenne se trouvant soutenue par des chiffres de croissance meilleurs que prévu en Allemagne et en France.

Au même moment, la Banque de Russie tenait sa première réunion de politique monétaire de l’année.

Comme prévu, elle a maintenu son taux directeur à 5,5%, estimant qu’en l’état actuel sa politique permettrait un ralentissement de l’inflation vers 5% dans un contexte de faible croissance.

La banque centrale est en effet prise en étau entre la chute de la monnaie et les risques d’inflation, qui plaident en faveur d’une hausse des taux, et le fort ralentissement de l’activité économique et du crédit en Russie, qui plaident en faveur d’un abaissement pour relancer la machine.

“La principale source d’incertitude concernant nos prévisions vient des risques inflationnistes liés à l’accélération de la hausse des prix fin 2013 et à l’affaiblissement de la monnaie”, a indiqué la Banque centrale dans son communiqué.

Si ces facteurs se répercutaient “sur les prix d’un large éventail de produits et de services ainsi que sur les attentes de la population (…) la Banque de Russie serait prête à resserrer sa politique monétaire”, a-t-elle indiqué.

Cette fermeté a pris de court le marché et la devise s’est brusquement redressée après l’annonce de l’institution, l’euro revenant autour de 48 roubles.

Lors d’une conférence de presse, la présidente de la banque centrale, Elvira Nabioullina, a jugé le rouble “quelque peu sous-évalué”.

“Décider maintenant d’augmenter les taux serait prématuré”, a cependant estimé Mme Nabioullina, qui était jusqu’à l’été dernier conseillère au Kremlin.

– Choc psychologique –

Au début de l’année, la banque centrale avait donné l’impression de se résoudre à une dépréciation du rouble en réduisant progressivement ses interventions sur le marché des changes, avec pour objectif une monnaie flottant librement en 2015.

Mais le mouvement, qui touche l’ensemble des monnaies émergentes, s’est précipité et le rouble a chuté de plus de 5% depuis le début de l’année face à l’euro, de plus de 7% face au dollar, poussant la banque centrale à dépenser plus de quatre milliards de dollars sur le marché fin janvier pour le soutenir.

Cette rapide dépréciation fait craindre une poussée d’inflation pour les ménages, dont les produits importés constituent un tiers du panier moyen.

Elle pourrait également constituer un choc psychologique pour la population échaudée par plusieurs dévaluations traumatisantes depuis la chute de l’Union soviétique.

Or, la consommation, après avoir bien tenu une grande partie de l’année dernière, commence à ralentir, posant un nouveau risque pour l’économie russe qui a enregistré en 2013 une croissance de 1,3%, contre 3,4% en 2012 et 4,3% en 2011.

Signe de l’amorce d’un mouvement de défiance envers le rouble, la demande pour les devises étrangères, et surtout le dollar, a bondi en décembre, avant même que la dépréciation ne s’emballe.

“Nous ne pensons pas qu’une hausse des taux soit imminente, mais le communiqué renforce notre opinion qu’il existe peu de marge de man?uvre pour une baisse des taux malgré la faiblesse de la croissance”, ont relevé les analystes de Capital Economics.

La banque centrale a de nouveau souligné que les taux de croissance actuels étaient “faibles”, avec une production industrielle en stagnation et une confiance des entreprises qui “ne montre aucun signe d’amélioration”.