La troïka des créanciers de retour en Grèce, qui s’attend à un automne chaud

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à Athènes, le 22 mai 2012 (Photo : Louisa Gouliamaki)

[06/09/2012 14:59:06] ATHENES (AFP) La Grèce, qui tente désespérément d’obtenir un sursis de deux ans pour redresser ses finances publiques et se prépare à un automne chaud, accueille vendredi le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, une visite suivie du retour crucial de la “troïka” UE-BCE-FMI.

Outre le délai de deux ans, jusqu’en 2016, demandé par la Grèce pour remplir ses objectifs budgétaires, le rendez-vous devrait aussi aborder la question cruciale de la poursuite de la recapitalisation des banques grecques, et de la mise en place du mécanisme de supervision bancaire européen.

Le gouvernement de coalition dirigé par le conservateur Antonis Samaras va tenter à la fois d’obtenir l’approbation des inspecteurs de la troïka sur un programme permettant d’économiser 11,6 milliards d’euros en 2013 et 2014 et de convaincre les députés grecs de le voter rapidement, selon le chef économiste d’Eurobank, Platon Monokroussos.

En jeu, le versement à la Grèce d’une tranche vitale de 31,5 milliards d’euros de la ligne de crédit accordée par la zone euro et le FMI en mars, qui permettrait d’éviter un défaut de paiement et d’assurer son maintien dans la zone euro.

Mais les mesures d’économie prévues, qui font les grands titres de la presse depuis des jours, sont fortement impopulaires, dans un pays laminé par plus de deux ans de crise financière et d’austérité combinées, qui ont accentué la récession, avec une baisse du PIB de 7% attendue pour 2012 et un taux de chômage record, à 24,4% en juin.

Nouvelles réductions sur les retraites, nouvelles coupes dans les salaires de certaines catégories de fonctionnaires (universitaires, médecins, militaires, police, juges, diplomates), la presse égrène quotidiennement ses supputations, démenties régulièrement par le ministère des Finances.

“Il s’agit d’un paquet d’austérité consistant en des réductions de salaires et pensions et des coupes dans les dépenses de l’Etat” a indiqué M. Monokroussos.

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ésentant de la Commission européenne dans la troïka, le 16 mars 2012 à Bruxelles (Photo : John Thys)

Ce paquet sera “probablement” présenté dimanche après-midi aux inspecteurs de la troïka lors d’une rencontre avec le ministre des Finances, Yannis Stournaras, a indiqué à l’AFP une source au ministère.

Pour M. Monokroussos, un vote au parlement devrait intervenir sur ces mesures avant la publication du rapport de la troika et la réunion cruciale de l’Eurogroupe des 8 et 9 octobre censée examiner le versement de la tranche attendue.

Mais malgré un sentiment général d’abattement, la grogne sociale bout à petit feu, après une interruption au printemps. Des manifestations anti-austérité se préparent.

Mercredi, l’union des magistrats a manifesté dans le palais de justice et des policiers en tenue devant le Palais du Premier ministre pendant la visite du secrétaire d’Etat allemand auprès du ministre du Travail et des Affaires sociales, Hans-Joachim Fuchtel.

Une manifestation de policiers, de garde-côtes et de pompiers est prévue jeudi à Athènes.

“Nous avons déjà eu 38% de réduction sur nos salaires en moyenne (…) et nous faisons face à encore 25% de réduction, ce qui veut dire que des magistrats pourront gagner 1.000 euros par mois” a indiqué George Faltsetos, qui dirige le syndicat des juges administratifs, à la télévision publique Net.

Samedi à Salonique (nord), le défilé de rentrée des deux grands syndicats du privé et du public (GSEE et Adedy) et des partis de gauche est prévu sous les slogans “Tous ensemble pour casser les chaînes du mémorandum” (l’accord qui lie la Grèce à ses créanciers UE et FMI, NDR)” et “faire payer des impôts aux riches et aux voleurs”.

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à Athènes (Photo : Angelos Tzortzinis)

Pour tenter de faire passer la pilule, et tout en décrivant un scénario de cauchemar pour la Grèce si elle abandonnait les efforts et se laissait tenter par l’isolationnisme hors euro, Bruxelles a redoublé d’efforts cet été. Après le président de la Commission José Manuel Barroso le 26 juillet, et le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker le 22 août, c’est au tour de Herman Van Rompuy de se rendre à Athènes vendredi.

Après des entretiens il y a dix jours avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin et le président français François Hollande à Paris, M. Samaras doit aussi se rendre mardi à Francfort pour rencontrer le président de la BCE, Mario Draghi, tandis que le ministre français de l’Economie Pierre Moscovici est attendu à Athènes, également la semaine prochaine.

Depuis le début de la crise en 2009, la Grèce en est à son quatrième budget d’austérité et depuis septembre, à son quatrième gouvernement.