Tunisie : Aid Al Idha… Pour que le scénario de 2009 ne se répète pas


aiid-30102010.jpgL’année dernière (2009), à quelques jours de l’Aid Al Idha, l’Administration,
tout comme l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) étaient
rassurantes quant à la disponibilité du mouton le jour du sacrifice. Mais, comme
par enchantement, ce jour-là, le mouton dont le prix a fortement grimpé jusqu’à
600 dinars et plus, s‘est fait rare. Les consommateurs, qui avaient attendu,
jusqu’à la dernière minute, dans l’espoir d’acheter moins cher le mouton,
s’étaient trouvés hors jeu. Certains d’entre eux ont dû faire de la route pour
débusquer, à plus de 30 km de la capitale, le précieux mouton.

Cette année, le même scénario se répète, s’agissant du moins de ses premiers
épisodes. Le ministère du Commerce et de l’Artisanat tient une conférence de
presse, à la veille de l’Aid El Idha, et se montre, également, confiant quant à
l’approvisionnement du marché. Il écarte, non après la concertation des parties
intervenantes dont l’UTAP, tout projet d’importation et annonce, banalement et
froidement, le projet d’abattage de pas moins de 1,130 million d’ovins et de
caprins dont 300 mille seront fournis par des éleveurs privés, soit une
augmentation de 13% par rapport à l’année dernière.

En accompagnement de ce massacre annoncé, le ministère a mis au point toute une
stratégie. Celle-ci prévoit l’aménagement, dans le Grand Tunis, de points de
vente (Rahba) encadrés par la société «Louhoum», le groupe interprofessionnel
des viandes rouges et des laitages, les grandes surfaces et les sociétés
grossistes de viande.

Au niveau des régions, la société d’élevage de Monastir interviendra pour
approvisionner les gouvernorats de Médenine, Sousse, Gabès, Kairouan, Sfax,
Bizerte, Nabeul et Monastir.

Et pour rassurer les petites bourses, le ministre informe le public que le prix
du kilo de viande est fixé, cette année, dans les points de vente encadrés, à
6,2 dinars pour la viande ovine (mouton de moins de 40 kg, 5,8 dinars le kilo de
viande pour un mouton pesant entre 41 et 65 kilos) et à 5,6 dinars le kilo
(mouton de plus de 65 kg).

Toujours dans le souci de maîtriser les prix et de contenir les frénésies
spéculatives qui accompagnent, le plus souvent, l’industrie du mouton,
l’Institut national de consommation (INC) a rendu public, juste avant la fête,
les résultats d’une enquête sur le comportement du consommateur, au cours de la
période de l’Aïd.

Il en ressort que 16% des Tunisiens ne peuvent acheter un mouton que dans la
limite de 200 dinars, 46% entre 200 et 300 dinars, 25% entre 300 et 400 dinars
et plus de 2% au-delà de 400 dinars.

L’enquête révèle également que 82,5% des familles tunisiennes sont attachés au
rite du sacrifice et ne sont pas disposées à se passer de l’achat d’un mouton.

Néanmoins, les conclusions de cette enquête n’ont pas été du goût des éleveurs.
Ils estiment, par le biais de l’hebdomadaire «El Fellah», organe de l’Union
tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), que cette enquête est le
moins qu’on puisse dire partiale et ne prend pas en considération le coût
d’élevage des 1,130 million d’ovins et de caprins qui seront sacrifiés.

Ils auraient préféré voir cette enquête accompagnée d’une autre sur le coût de
l’élevage.

Tout indique que les éleveurs entendent faire valoir leurs droits à leur
manière, c’est-à-dire vendre le mouton plus cher.