Jean-Marie Messier se défend avec vigueur contre les actionnaires de Vivendi

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ès de l’ancien PDG du groupe de médias Vivendi Universal Jean-Marie Messier à New York, le 6 octobre 2009. (Photo : Shirley Shepard)

[20/11/2009 18:35:07] NEW YORK (AFP) L’ex-PDG de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier, s’est défendu avec vigueur et émotion vendredi devant un tribunal new-yorkais face aux actionnaires du groupe, qui l’accusent de les avoir ruinés avec une communication financière trompeuse entre 2000 et 2002.

Six semaines après le début de ce procès fleuve, M. Messier, poursuivi dans ce dossier, est le premier témoin cité par la défense de Vivendi, plus de sept ans après son départ du groupe.

“Ce que j’ai entendu dans ce tribunal ce matin est tout simplement scandaleux”, a affirmé Jean-Marie Messier après avoir prêté serment.

“Dire que j’ai orchestré les pertes des investisseurs est un mensonge éhonté”, a-t-il ajouté, la voix altérée.

L’ancien patron de Vivendi Universal faisait référence à un document cité par les avocats des actionnaires: en 2003 un avocat de Vivendi l’accusait d’avoir “orchestré” une perte de 100 milliards de dollars pour les actionnaires.

M. Messier a fait valoir que ce document ne reflétait nullement la réalité.

“Oui, je regrette des erreurs. Mais ce dont je parle, ce sont des erreurs liées à la stratégie du groupe. Avec le recul, certaines de mes décisions de gestion, que je pensais bonnes à l’époque, se sont révélées erronées ou ont eu des conséquences imprévues”, a-t-il argumenté.

Mais “je n’ai jamais commis de fraude, toutes mes déclarations ont été de bonne foi, chacune d’entre elles”, a-t-il martelé. “Je n’ai jamais commis de fraude, jamais, jamais, jamais”.

Répondant aux questions de son avocat Michael Malone, il s’est ensuite lancé dans une longue description de sa carrière avant et après Vivendi Universal.

Avant le début de l’intervention de M. Messier, l’un des avocats des actionnaires, Arthur Addey, avait lu plusieurs documents énumérant les griefs de Vivendi envers lui, soulignant notamment que le groupe avait traversé sous sa direction “une crise financière ayant menacé son existence même”.

Le témoignage de celui qui portait à l’époque le surnom de J6M (“Jean-Marie Messier-moi-même-maître-du-monde”), surnom récupéré par l’intéressé, devrait se prolonger jusqu’en décembre.

Avant ce témoignage, l’ex-directeur financier de Vivendi, Guillaume Hannezo, s’était lui aussi défendu d’avoir publié des comptes trompeurs, alors que ses communications internes révélaient ses inquiétudes croissantes face à la politique d’expansion décidée par M. Messier.

Il avait toutefois concédé que son patron avait “sous-estimé” le problème que représentait l’endettement colossal du groupe.

A l’époque, M. Messier déclarait: “nous n’avons pas besoin de cash, nous n’avons pas de problème de dette”, au moment où il transformait le groupe de services Générale des Eaux en une multinationale des médias à coup d’acquisitions et d’alliances coûteuses.

Après M. Messier, la défense fera comparaître notamment l’actuel président du conseil de surveillance de Vivendi, Jean-René Fourtou, appelé à la rescousse en juillet 2002 pour remplacer M. Messier et consolider un groupe au bord du gouffre.

Ce procès est très rare dans les annales judiciaires américaines, alors que généralement les plaintes d’actionnaires mécontents se soldent par des accords amiables.

L’hypothèse d’une transaction à deux milliards de dollars pour solder le litige à l’amiable avait été évoquée par certains, mais un verdict de culpabilité pourrait être bien plus coûteux si M. Messier et Vivendi ne parvenaient pas à convaincre le jury que des actionnaires vigilants avaient toujours eu accès à des informations justes et détaillées sur l’état des finances du groupe.