Anticipation : Les stratèges et l’entreprise

 
 

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tenue d’une Consultation nationale sur la formation professionnelle remet
automatiquement sur la table la contribution des chefs d’entreprise à
l’élaboration des programmes qui mettront sur le marché une horde de
demandeurs d’emploi, car ce sont eux qui sont censés employer ces nouveaux
venus. Ceci étant, les patrons prennent-ils vraiment au sérieux cette
difficile mission d’influences, dans les règles de l’art, les choix de
formation de l’Etat ? 

Seulement, il faut bien s’imprégner de l’idée que les conséquences de la
formation professionnelle ne sont pas les seules à motiver les patrons à
s’interroger. Où va le marché ? Où se positionner aujourd’hui pour être de
la partie demain ? Où investir plus ? Où investir moins ? De quel genre de
cadres et d’ouvriers aurons-nous besoin demain ?… Des questions que se
posent également tous les chefs d’entreprise attentifs à la concurrence et
préoccupés de leur avenir. 

Autant d’interrogations qui sont porteuses d’un dilemme fondamental : les
chefs d’entreprise ont-ils vraiment les compétences et la ‘’vision’’ pour
répondre à ces questions ? Oui et non, dirions-nous. 

Oui, parce que les chefs d’entreprise ne sont pas uniquement des
gestionnaires mais également des visionnaires (du moins certains d’entre
eux) qui ont acquis avec les années la faculté d’anticiper les évolutions. 

Non, parce que ce domaine est tellement complexe, mettant en chantier tant
de données, qu’il est en grande partie de la compétence d’une classe de
‘’professionnels’’ dont la formation, le parcours (souvent sur des
décennies) et l’inclinaison personnelle rendent prête, plus que d’autres, à
constituer une lecture cohérente de l’avenir. Bien sûr, ces stratèges ne
lisent pas dans le marc de café mais ils ont le loisir de réunir les données
qu’il faut et d’en construire la meilleure analyse possible. 

Prenez l’exemple de la formation professionnelle, car elle est
caractéristique de ce dilemme. L’une de ses interrogations lancinantes est
la suivante : Comment décider des métiers à abandonner et des autres qu’il
faut, au contraire, créer et encourager ? Seule une profonde connaissance
des marchés et une aptitude exceptionnelle à en saisir les nuances peuvent
permettre d’y répondre.