La reconnaissance des troubles psychologiques liés au travail reste un défi en Tunisie. Réunis à Tunis le 29 octobre 2026, des spécialistes de médecine du travail ont jugé peu probable leur intégration à la liste nationale des maladies professionnelles lors de sa prochaine révision. Une position qui relance le débat sur la preuve médicale, la protection des salariés et la prévention dans les entreprises.
Un lien difficile à établir entre travail et maladie
Le burn-out et le stress professionnel préoccupent les spécialistes de la santé au travail. Mais leur reconnaissance comme maladies professionnelles se heurte à une difficulté centrale : démontrer que les conditions de travail sont directement à l’origine du trouble diagnostiqué.
C’est l’obstacle soulevé par des experts réunis à Tunis à l’occasion de rencontres scientifiques organisées avec la collaboration de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Selon Zied Laadhari, président de la Société tunisienne de médecine du travail, les spécificités des maladies psychologiques compliquent l’établissement d’un lien de causalité suffisamment précis pour permettre leur classification professionnelle.
Cette appréciation ne constitue toutefois pas une interdiction juridique définitive.
Une reconnaissance qui exige davantage de preuves
Monia Trabelsi, responsable de l’inspection médicale du travail, a également évoqué une progression du stress dans les milieux professionnels, sans qu’une augmentation comparable des maladies psychologiques directement attribuables au travail soit établie.
Selon elle, une évolution future nécessiterait des études scientifiques approfondies, capables de distinguer les effets du travail de ceux d’autres facteurs intervenant dans la santé mentale.
La liste nationale des maladies professionnelles a pourtant déjà évolué. Une révision des tableaux a été publiée au Journal officiel du 18 septembre 2025, notamment pour actualiser plusieurs pathologies et critères de prise en charge.
Tunisie : élaboration d’une stratégie nationale pour la santé et sécurité au travail
Pourquoi le burn-out est-il difficile à reconnaître comme maladie professionnelle en Tunisie ?
Selon des spécialistes tunisiens de médecine du travail interrogés le 29 octobre 2026, la principale difficulté réside dans la démonstration d’un lien de causalité direct entre les conditions professionnelles et les troubles psychologiques. Des études scientifiques complémentaires seraient nécessaires pour envisager une évolution des critères de reconnaissance.
Un enjeu pour les entreprises et la protection sociale
Pour les employeurs, cette question renvoie à l’identification et à la prévention des risques psychosociaux. Pour les salariés, elle pose celle des conditions permettant d’établir l’origine professionnelle d’une atteinte à leur santé.
La difficulté de reconnaissance ne signifie pas que les risques psychologiques doivent rester hors des politiques de prévention.
L’enjeu est désormais de disposer de connaissances médicales et de critères suffisamment solides pour éclairer les prochaines évolutions réglementaires, sans confondre souffrance psychologique au travail et maladie dont l’origine professionnelle est juridiquement établie.
CHIFFRES CLÉS
- 29 octobre 2026 : déclarations des spécialistes à Tunis.
- 3 ans : horizon évoqué pour la prochaine révision de la liste.
- 18 septembre 2025 : publication de la précédente révision au JORT.
- 86 : maladies professionnelles classées, selon une responsable de l’inspection médicale du travail.
- Environ 90 % : part des troubles musculosquelettiques dans les maladies professionnelles enregistrées, selon la même responsable.
EN BREF
- Des spécialistes tunisiens jugent peu probable l’intégration prochaine des troubles psychologiques à la liste des maladies professionnelles.
- Le principal obstacle concerne la démonstration d’un lien direct entre les conditions de travail et la maladie diagnostiquée.
- Les experts soulignent la nécessité d’études scientifiques complémentaires pour mieux distinguer les facteurs professionnels des autres causes possibles.
- Une révision réglementaire a déjà été publiée en septembre 2025.
- Ces déclarations ne constituent pas une décision officielle excluant toute reconnaissance future. Elles soulignent surtout les enjeux médicaux, juridiques et préventifs pour les entreprises et les salariés.


