La cheffe du Gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a souligné, jeudi, à Moscou que la consolidation de la paix et de la sécurité constitue une condition essentielle à la réalisation du développement en Afrique.
La prévention des conflits demeure plus efficace et moins coûteuse que le traitement de leurs conséquences, a-t-elle indiqué, tout en insistant sur l’importance de renforcer la diplomatie préventive et de soutenir les mécanismes de l’Union africaine en matière d’alerte précoce, de médiation et de règlement pacifique des conflits.
Intervenant lors de l’ouverture des travaux du troisième Sommet Russie-Afrique, organisé au palais du Kremlin, à Moscou, sous la présidence du Président Russe, Vladimir Poutine, Zenzri a transmis les salutations du Président de la République, Kaïs Saïed, ainsi que ses vœux de réussite aux travaux du sommet.
Elle a, également, exprimé ses remerciements au Président Russe pour l’organisation de cette rencontre et les efforts déployés afin d’en assurer le bon déroulement, précise un communiqué de la Pésidence du Gouvernement.
La Cheffe du Gouvernement a, à cette occasion, félicité la Russie, sa direction, son gouvernement et son peuple, à l’occasion du 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et la Russie.
Et de poursuivre que ces relations puisent leur profondeur dans les liens historiques unissant les deux peuples ainsi que dans des échanges culturels et humains anciens, illustrés notamment à travers la commémoration du centenaire de l’abaissement du pavillon de la flotte maritime russe dans la ville de Bizerte, en octobre 1924.
Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, le 11 juillet 1956, quelques mois après l’indépendance de la Tunisie, l’Union soviétique a contribué de manière significative aux efforts de développement du pays, notamment à travers la réalisation de plusieurs projets de développement et scientifiques, la formation de compétences tunisiennes dans le domaine de l’ingénierie et une coopération fructueuse dans le secteur de la santé et d’autres domaines essentiels, a encore affirmé la cheffe du Gouvernement. Zenzri a, également, mis en exergue le niveau excepetionnel atteint par les relations tuniso-russes, réaffirmant la volonté de la Tunisie de poursuivre leur développement sur la base de l’intérêt commun et du respect mutuel.
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La vision de la Tunisie pour le partenariat afro-russe : une coopération durable répondant aux priorités de développement et de sécurité du continent africain
Pour la Cheffe du Gouvernement, ce sommet se tient dans un contexte international particulièrement complexe, marqué par une succession rapide de crises, de tensions, de conflits armés, de perturbations économiques et énergétiques, ainsi que de menaces sanitaires et de risques liés aux changements climatiques.
Ces évolutions démontrent, selon elle, que les défis actuels ne se limitent plus à une zone géographique particulière, mais revêtent désormais une dimension internationale et interdépendante, nécessitant des approches globales et une solidarité internationale efficiente.
La cheffe du gouvernement a estimé que la volonté des parties africaine et russe d’organiser ce sommet traduit une détermination renouvelée à renforcer leur coopération, à consolider les acquis et à approfondir leur partenariat, dans le respect mutuel et la recherche de l’intérêt commun.
Elle a, également, souligné la nécessité de s’appuyer sur une vision claire de l’avenir et sur des mécanismes permettant de traduire les ententes en réalisations concrètes.
Zenzri a indiqué, à cette occasion, que la vision de la Tunisie de ce partenariat repose sur la conviction que les défis auxquels le continent africain est confronté, du nord au sud, nécessitent davantage de solidarité entre ses pays, une intensification des consultations et de la coordination.
Il s’agit également de développer des cadres de coopération sous forme de partenariats concrets et durables, capables de répondre aux priorités du continent en matière de développement et de sécurité.
Elle a, par ailleurs, souligné l’importance particulière accordée par la Tunisie au traitement des causes profondes des tensions, notamment la vulnérabilité économique et sociale ainsi que la marginalisation, au renforcement du rôle des institutions nationales et régionales afin de contenir les crises avant leur aggravation.
“Nous sommes convaincus que les solutions africaines, fondées sur le dialogue, le consensus et le respect de la souveraineté des États et de leur intégrité territoriale, constituent un pilier essentiel pour l’instauration d’une paix durable, renforçant ainsi la capacité du continent à se consacrer à la réalisation des aspirations de ses peuples à la sécurité, à la stabilité et au développement”, a-elle encore fait savoir.
Concernant la sécurité alimentaire, la cheffe du gouvernement a estimé qu’elle représente l’un des défis majeurs auxquels fait face le continent africain, en raison des répercussions des changements climatiques, des fluctuations des marchés mondiaux, de la perturbation des chaînes d’approvisionnement et des pressions croissantes sur les ressources naturelles.
Elle a, dans ce contexte, appelé au développement de la coopération dans les secteurs de l’agriculture et des industries agroalimentaires, au renforcement de l’investissement dans la production agricole, à l’amélioration de la gestion des ressources hydrauliques, à l’échange d’expertises et de technologies modernes, ainsi qu’au développement des systèmes de stockage, de transformation et de distribution.
S’agissant de la sécurité sanitaire, élément fondamental de la sécurité humaine et pilier essentiel du développement économique et social, la cheffe du gouvernement a mis l’accent sur la nécessité de consolider la capacité des systèmes de santé africains en matière de prévention et de riposte, et de renforcer la coopération régionale face aux crises et risques sanitaires afin de limiter les répercussions des épidémies transfrontalières, dont notamment l’épidémie d’Ebola qui menace l’Afrique et le monde.
La cheffe du gouvernement a, dans ce cadre, appelé à l’intensification de l’échange d’expertises et de compétences, au renforcement de la coopération dans les domaines de la recherche scientifique et de la formation médicale, et au développement des capacités de production de médicaments, de vaccins et de fournitures médicales, outre le soutien aux systèmes de surveillance épidémiologique et d’alerte précoce afin soutenir la souveraineté sanitaire africaine et de renforcer la capacité des pays africains à répondre collectivement aux urgences sanitaires.
La coopération énergétique et la transition vers une énergie durable
La Tunisie, a-t-elle souligné, a réitéré son appel au renforcement de la coopération dans le domaine énergétique à travers l’encouragement des investissements conjoints dans les infrastructures énergétiques, l’échange d’expertises dans les domaines de la technologie et de l’efficacité énergétique, le soutien à l’innovation et la facilitation du financement des projets énergétiques.
Cela se fait de manière à contribuer à l’élargissement de l’accès à une énergie moderne, fiable et abordable et à moindre coût basée sur la justice et l’équité, sans lesquelles il ne peut y avoir de stabilité dans le monde.
Il est également nécessaire de mettre en avant dans leurs plans d’actions, une transition énergétique juste qui prend en considération les spécificités des pays africains et leurs priorités de développement, en accordant au continent noir les moyens et capacités nécessaires pour lui permettre de développer des modèles de développement énergétique plus durables et plus adaptés aux besoins de ses peuples.
Au final, la cheffe du gouvernement a estimé que les changements climatiques, bien qu’ils représentent un défi humain commun qui dévoile la faible contribution des pays africains aux émissions mondiales, exigent le soutien des capacités du continent à s’y adapter, le pourvoi des financements nécessaires, la facilitation de l’accès aux technologies et au transfert des connaissances, et la transformation de la coopération climatique en un levier de développement et un outil de renforcement de la résilience des sociétés africaines et de protection des droits des générations futures.
Zenzri a, dans le meme cadre, souligné que la jeunesse africaine demeure, par l’énergie et le potentiel dont elle dispose, un moteur essentiel du changement positif, dès lors qu’elle bénéficie de possibilités d’accès à une éducation de qualité, à une formation adaptée, à l’intégration économique et à des perspectives prometteuses en matière d’emploi, lui garantissant les conditions d’une vie digne.
Cela nécessite d’investir dans la réforme des systèmes éducatifs, de suivre le rythme des évolutions technologiques rapides et de garantir l’accès à ces technologies, tout en consacrant la justice sociale et le développement inclusif.
Elle a salué, à cet égard, le contenu du Plan d’action du partenariat Afrique-Russie pour la période 2027-2029, qui définit des objectifs concrets et réalisables dans les domaines du commerce, de l’économie et de l’investissement, ainsi que de la santé, de l’énergie, des ressources naturelles, de la technologie et de l’économie numérique, sans oublier l’éducation, l’enseignement et la culture.
La réalisation de ces objectifs exige l’adoption de programmes opérationnels concrets, d’autant plus que les pays africains disposent de compétences capables d’assurer leur mise en œuvre au cours de la période susmentionnée.
La cheffe du gouvernement a réaffirmé la disposition de la Tunisie à contribuer activement à cette dynamique et à mobiliser l’expertise ainsi que les ressources humaines dont elle dispose, afin de garantir la bonne mise en œuvre des différents axes de ce plan et la réalisation des objectifs communs.
Elle a exprimé sa conviction que les potentialités et les perspectives prometteuses offertes par ce partenariat, conjuguées à la volonté et à l’engagement des deux parties, contribueront à la réussite du plan d’action et permettront de porter la coopération à des niveaux d’efficacité et de durabilité supérieurs.
Réforme du système des Nations unies : garantir une représentation équitable de l’Afrique
Dans le même contexte, la cheffe du gouvernement a affirmé que l’attachement indéfectible de la Tunisie à la coopération internationale et au multilatéralisme n’a jamais constitué un choix circonstanciel, mais s’inscrit dans le prolongement d’un parcours de lutte profondément enraciné depuis la bataille pour la libération nationale et le recouvrement de la souveraineté.
“Nous nous trouvons aujourd’hui à un tournant décisif, marqué par une crise de confiance au sein du système international de paix et de sécurité, ainsi que par un recul sans précédent de son efficacité et de sa crédibilité”, a-t-elle fait savoir. Et d’ajouter que la prise de décision internationale se trouve désormais entravée par des considérations géopolitiques étroites, tandis que les règles du droit international sont appliquées de manière sélective, selon une logique de « deux poids, deux mesures ».
L’incapacité actuelle des Nations unies à mettre fin à l’injustice historique et au génocide dont est victime le peuple palestinien frère, ainsi qu’à enrayer les politiques de colonisation et de famine, en violation flagrante de la légalité internationale, constitue la preuve la plus manifeste d’un dysfonctionnement structurel menaçant les fondements mêmes du système multilatéral.
La cheffe du gouvernement a souligné que la paix et la sécurité ne peuvent être instaurées par l’imposition du rapport de force, mais doivent reposer sur le rétablissement véritable de la justice et de l’équité, ainsi que sur un engagement sincère en faveur de l’ensemble des principes et des objectifs consacrés par la Charte des Nations unies.
Dans ce cadre, elle a insisté sur la nécessité de procéder sans délai à une réforme globale et profonde du système des Nations unies, afin de l’adapter aux mutations que connaît le monde, de redonner toute sa place à l’action collective et de mettre en place un ordre mondial plus juste, plus équitable et plus équilibré, garantissant une représentation équitable du continent africain et des pays en développement.
La cheffe du gouvernement a également réaffirmé l’attachement constant de la Tunisie au principe selon lequel « les solutions africaines aux problèmes africains » doivent prévaloir, afin de permettre aux États et aux peuples du continent de s’approprier pleinement les processus de règlement de leurs crises, dans le cadre de partenariats internationaux équilibrés, fondés sur l’égalité, le respect mutuel, la préservation de l’autonomie de la décision nationale et l’interdépendance étroite entre les impératifs de sécurité et de développement.
En conclusion de son allocution, la cheffe du gouvernement a souhaité plein succès aux travaux du sommet, exprimant l’espoir que ses résultats contribueront à instaurer un partenariat efficace, équilibré et durable, répondant aux besoins et aux priorités du continent africain et définissant les cadres et les mécanismes nécessaires à la coopération, à court comme à long terme.



