Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 prévoit une stabilisation de la pression fiscale en Tunisie, sans pour autant garantir une répartition équitable de la charge fiscale, qui continue de peser lourdement sur les salariés déclarés et les entreprises opérant dans le secteur formel, a estimé l’enseignant en économie Moez Soussi.
“Le taux global de pression fiscale ne révèle pas la justice fiscale. En réalité, ce sont les salariés déclarés et les entreprises en règle qui supportent le poids de l’impôt, tandis que la fraude fiscale et le secteur informel faussent la concurrence”, a déclaré Soussi dans un entretien accordé à l’Agence TAP.
Selon les données du ministère des Finances, la pression fiscale s’est établie à 25,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2023, avant de passer à 26,1 % en 2024 et à 25,9 % en 2025, puis de revenir à 25,4 % en 2026.
Le PLF 2027 combine des mesures d’allègement fiscal ciblées, notamment l’exonération des auto-entrepreneurs et des nouvelles entreprises ainsi que des avantages liés à la première acquisition d’un logement, avec de nouvelles impositions. Parmi celles-ci figurent le relèvement du droit de voyage à 80 dinars, la hausse de la taxe sur les jeux à 60 % et l’instauration d’un droit de timbre de 20 dinars sur l’enregistrement des téléphones mobiles.
Si le projet de budget accorde une place importante aux priorités sociales, à travers le soutien aux catégories à faible revenu, au logement social et au secteur de la santé, cette orientation se heurte à un déficit budgétaire dont le montant augmenterait de 3,6 milliards de dinars, sous l’effet notamment du poids des dépenses courantes.
Le maintien des prix des carburants à des niveaux contenus vise à préserver le pouvoir d’achat des Tunisiens dans un contexte marqué par une inflation de 5,6 % en septembre 2026, tandis que les prix des produits alimentaires ont progressé de 8,4 %.
Cette politique de compensation représente toutefois une charge croissante pour les finances publiques. « Le budget 2026 a prévu environ 5 milliards de dinars pour la compensation des carburants, mais mes estimations, sur la base d’un baril à 95 dollars, situent ce coût à environ 11,2 milliards de dinars en fin d’année », a averti l’économiste.
Il a mis en garde contre le risque de voir l’augmentation de cette facture absorber une part croissante des ressources publiques au détriment de l’investissement et du développement, compromettant ainsi la mise en œuvre des réformes structurelles.
Pour améliorer durablement la compétitivité des entreprises, Moez Soussi estime que le gouvernement doit aller au-delà des incitations fiscales et s’attaquer aux coûts indirects liés au respect des obligations administratives et fiscales.
Il préconise, à cet égard, la mise en place d’un guichet unique numérique pour la création d’entreprises, la simplification des obligations fiscales des petites et moyennes entreprises (PME), l’accélération du remboursement des crédits de TVA ainsi que l’instauration de délais contraignants pour le règlement des créances des entreprises par les structures publiques.
S’agissant de l’autorisation prévue à l’article 11 du PLF 2027, permettant à l’État d’émettre jusqu’à 9 milliards de dinars de Sukuk souverains, l’expert y voit une tentative de diversification des sources de financement, dans un contexte de recours important à l’emprunt intérieur, dont le montant prévu atteint 19,8 milliards de dinars.
Il émet toutefois des réserves : “Les sukuk restent un engagement de dette. Leur intérêt dépendra de leur capacité à mobiliser l’épargne extérieure afin d’éviter une concurrence accrue avec les entreprises locales sur le marché du crédit, ainsi que de l’affectation des fonds collectés au financement de projets productifs”.



