Les Tunisiens subissent la hausse des prix. Les entreprises encaissent les coûts de production et de financement. Le déficit commercial se creuse. Et le ministère des Finances continue de vanter la « résilience ».

La communication gouvernementale ne paie aucune facture et ne remet aucune usine en marche.

L’inflation atteint 5,6 % en septembre 2026, après 5,4 % en août et 5,1 % en juillet. Trois mois de remontée qui rendent les discours rassurants de moins en moins défendables. (ins.tn)

Le déficit commercial atteint 20,997 milliards de dinars à fin septembre, contre 16,727 milliards un an auparavant : une aggravation de 25,5 %. L’énergie représente à elle seule 10,480 milliards de déficit, soit près de la moitié du déséquilibre commercial. Voilà le prix de notre dépendance. (ins.tn⁠)

Face à ces chiffres, où est le bilan budgétaire actualisé ? Où sont les nouvelles prévisions de déficit, de dette et de financement pour la fin de l’année ?

Soyons précis : un déficit de 859,6 millions de dinars à fin juin, hors dons et confiscations, a été publié. Mais présenter en octobre une photographie arrêtée en juin ne permet pas de connaître l’état actuel des finances publiques. D’autant que l’excédent primaire, selon le même périmètre, est passé de 5,075 à 2,873 milliards de dinars. Cette dégradation mérite une explication autrement plus sérieuse qu’un communiqué d’autosatisfaction. (tap.info.tn⁠)

Quelques chiffres dispersés ne constituent pas une transparence budgétaire. Le président de la commission des finances réclame lui-même davantage de détails sur les emprunts, les ressources de trésorerie, les avances et les subventions. Le Parlement doit-il contrôler les choix du gouvernement ou les approuver sans disposer des éléments nécessaires ? (radioexpressfm.com⁠)

Le budget a été construit sur un pétrole à 63,3 dollars le baril. Le rapport d’exécution fait état d’une moyenne de 92,6 dollars au premier semestre, soit 46,3 % de plus. Quant à l’hypothèse de 3,3 % de croissance réelle, elle exige désormais une réévaluation documentée. Une hypothèse inscrite dans une loi de finances ne devient pas une réalité par décret. (tap.info.tn⁠)

Et pendant que les hypothèses se dégradent, l’investissement reste à la traîne : 2,427 milliards de dinars consacrés aux subventions des hydrocarbures, contre 1,665 milliard à l’investissement au premier semestre. Les dépenses à caractère de développement n’ont atteint que 21,2 % de leur programmation annuelle. Le ministère invoque une concentration des paiements au second semestre. Qu’il publie donc les réalisations intervenues depuis juin, projet par projet. (tap.info.tn⁠)

L’État trouve des milliards pour supporter les conséquences de la dépendance, mais tarde à réaliser les investissements qui permettraient de la réduire.

Retarder les capacités énergétiques, les réseaux, le stockage et les infrastructures hydrauliques, c’est prolonger les fragilités de la production. Puis mobiliser davantage de ressources pour financer les dégâts. Cette mécanique enferme le pays dans une crise toujours plus coûteuse.

Il faut publier immédiatement l’exécution budgétaire à fin août au minimum, détailler l’encours de la dette et les engagements impayés, actualiser les prévisions et présenter une loi de finances rectificative pour 2026. Pas pour maquiller les écarts : pour rétablir des priorités crédibles et protéger l’investissement productif.

Le programme d’équipement solaire des toitures publiques, accompagné du renforcement du réseau et du stockage, doit recevoir un financement identifié, contrôlé et lié aux réalisations ainsi qu’aux économies effectivement obtenues.

Le ministère des Finances doit rendre des comptes. Le gouvernement doit produire des résultats. Répéter que le pays résiste pendant que ses déséquilibres s’aggravent n’est plus une réponse : c’est un aveu d’impuissance politique.

Par Abdelbasset Sammari