Illustration symbolique de la surveillance du marché financier tunisien à travers l'analyse des publications des sociétés cotées et des indicateurs économiques.Les derniers indicateurs économiques et financiers tunisiens révèlent plusieurs évolutions à surveiller : recul des exportations d’ASSAD, contraction persistante de l’activité de New Body Line, renforcement des outils de conformité du CMF et baisse de la couverture des importations par les réserves de change. La veille financière arrêtée au 18 octobre 2026 distingue ces signaux des anomalies de marché qui restent à démontrer.

La séquence financière des 15 au 18 octobre 2026 fait apparaître quatre dossiers significatifs pour l’économie tunisienne : deux entreprises cotées confrontées à des divergences importantes dans leurs indicateurs d’activité, une initiative réglementaire destinée aux professionnels du marché financier et un recul de la couverture des importations par les réserves en devises.

Selon le rapport WMC Financial Market Watch — Tunisia V1.3, trois sujets méritent un traitement éditorial prioritaire : ASSAD, New Body Line et le guide de conformité publié par le Conseil du marché financier (CMF). Les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) constituent un quatrième point de surveillance, qui nécessite une perspective historique plus longue.

Cette hiérarchisation ne signifie toutefois pas que les variations relevées constituent des anomalies exceptionnelles. Le rapport ne valide aucune alerte financière rouge automatique et ne démontre aucun mouvement extraordinaire de cours ou de volumes boursiers.

ASSAD : l’export concentre la contraction de l’activité

Le fabricant tunisien de batteries ASSAD affiche un chiffre d’affaires individuel de 63,96 millions de dinars (MDT) sur les neuf premiers mois de 2026, contre 80,15 MDT sur la même période de 2025, soit une diminution de 20,2 %.

Les exportations reculent plus fortement, de 43,5 %, passant de 37,81 à 21,37 MDT. À l’inverse, les ventes sur le marché tunisien progressent légèrement de 0,6 %. En valeur, la baisse des exportations dépasse ainsi la contraction totale des revenus, le marché local ayant partiellement compensé le repli extérieur.

ASSAD attribue principalement cette évolution à des contraintes réglementaires affectant les opérations d’importation de sa filiale algérienne, Batterie Assad Algérie (BAA). Il s’agit de l’explication communiquée par l’entreprise, dont l’incidence précise reste à confirmer indépendamment.

Les difficultés d’activité se retrouvent également dans la production, en baisse de 31,8 %, à 404 740 batteries équivalentes, contre 593 314 un an auparavant.

La structure financière présente une autre divergence : l’endettement global recule de 3 %, tandis que les crédits de gestion augmentent de 5,2 %. L’entreprise indique par ailleurs maintenir une marge brute supérieure à 40 %, sans fournir dans les indicateurs concernés un comparatif annuel permettant de mesurer son évolution.

L’enjeu est double : établir l’ampleur réelle des restrictions commerciales évoquées en Algérie et examiner l’évolution du financement de l’exploitation dans un environnement marqué par le recul des exportations. Les indicateurs publiés demeurent provisoires et non audités.

New Body Line : une amélioration trimestrielle encore insuffisante

Chez New Body Line, la divergence oppose le troisième trimestre à l’activité cumulée depuis janvier.

Le chiffre d’affaires individuel du troisième trimestre 2026 atteint 1,121 MDT, contre 1,101 MDT un an auparavant, soit une progression de 1,8 %. Mais sur les neuf premiers mois de l’année, les revenus tombent de 5,589 à 3,767 MDT, en baisse de 32,6 %.

La ventilation des produits apporte une autre nuance. Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires de la lingerie basique augmente de 76,5 %, tandis que celui de la lingerie intelligente recule de 22,7 %.

Sur le marché tunisien, les ventes trimestrielles diminuent de 52,1 %, à 83 397 dinars, contre 173 986 dinars un an plus tôt. L’export représente désormais 93 % du chiffre d’affaires du trimestre, contre 84 % sur la période correspondante de 2025.

Ces données montrent que l’amélioration trimestrielle ne concerne pas uniformément les activités et les débouchés commerciaux. Elle ne permet pas encore de conclure à un redressement durable de l’entreprise.

Un examen détaillé de la composition des ventes et des marchés d’exportation reste nécessaire pour apprécier la portée de cette évolution. Les données 2026 sont provisoires.

CMF : un guide pour renforcer les contrôles des professionnels

Sur le volet institutionnel, le Conseil du marché financier a publié, le 16 octobre, un guide pratique élargi consacré à la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes.

Le document, présenté comme un guide de 72 pages dans le rapport de veille, s’adresse aux intermédiaires en Bourse et aux sociétés de gestion de portefeuilles pour compte de tiers.

L’objectif annoncé par le CMF est de faciliter la mise en œuvre des exigences réglementaires existantes au moyen d’une approche fondée sur les risques.

Pour les professionnels concernés, plusieurs dimensions sont mises en avant : l’identification des clients et des bénéficiaires effectifs, la vérification de l’origine des fonds, la surveillance des transactions inhabituelles, l’application des sanctions financières ciblées et la traçabilité des opérations.

Le guide insiste également sur l’actualisation des cartographies de risques, les responsabilités des organes de gouvernance, le rôle de la fonction conformité et l’importance des audits internes.

Il s’appuie notamment sur le règlement du CMF du 23 janvier 2026. Sa publication ne doit donc pas être assimilée, sans analyse juridique complémentaire, à l’adoption d’un nouveau règlement ou à la création de nouvelles obligations.

Le principal travail d’approfondissement consiste à comparer les recommandations pratiques du guide avec le dispositif réglementaire applicable, afin de distinguer les obligations existantes de leurs modalités opérationnelles.

BCT : les réserves en devises couvrent 91 jours d’importation

Au 16 octobre 2026, les avoirs nets en devises de la Banque centrale de Tunisie s’établissent à 23 753,4 MDT, représentant 91 jours d’importation.

À la même date de 2025, la couverture atteignait 105 jours, soit un écart de 14 jours. En valeur, les réserves étaient alors de 24 605,9 MDT, selon les données de la BCT.

Cette comparaison met en évidence une couverture moins importante qu’un an auparavant. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’en déterminer les différentes causes.

L’analyse nécessite de rapprocher des séries historiques homogènes et d’examiner les évolutions des flux extérieurs. Le rapport recommande donc de suivre cet indicateur dans un tableau de bord plutôt que d’en tirer une conclusion à partir de deux observations isolées.

Bourse de Tunis : des divergences, mais pas d’anomalie exceptionnelle démontrée

La séance du vendredi 16 octobre s’est achevée sur un recul de 0,36 % du TUNINDEX, à 18 638,99 points. Cette évolution constitue un élément de contexte, non une nouvelle alerte indépendante : le rapport indique que la séance avait déjà fait l’objet d’un traitement par WMC.

Le dispositif de surveillance relève trois écarts fondamentaux : le contraste entre les exportations et les ventes locales d’ASSAD, la différence entre les performances trimestrielle et cumulée de New Body Line, et la diminution des jours de couverture des importations.

Aucun de ces constats ne démontre, en lui-même, l’existence d’une anomalie exceptionnelle sur les cours ou les volumes échangés. Les scores quantitatifs associés au risque, aux anomalies de marché et aux anomalies institutionnelles restent non disponibles (ND), faute de calibration suffisante.

Sur le plan institutionnel, aucune anomalie nouvelle n’est confirmée dans le périmètre du contrôle. Le guide du CMF constitue une initiative de conformité, non un constat de manquement. De même, l’échéance légale du 20 octobre n’étant pas encore atteinte à la date de la veille, aucun retard de dépôt des indicateurs trimestriels ne peut être établi à ce stade.

Des pistes éditoriales à approfondir, sans exclusivité revendiquée

L’analyse documentaire du RADAR distingue également la valeur des sujets selon leur potentiel d’approfondissement.

ASSAD présente le potentiel le plus élevé, à travers la décomposition du recul de l’export et l’examen de ses besoins de financement. New Body Line et le guide du CMF offrent des possibilités de décryptage complémentaires, respectivement sur la composition de l’activité et les contrôles réglementaires.

Les réserves de change nécessitent, pour leur part, une mise en perspective historique.

Le rapport précise toutefois que certains de ces sujets ont déjà été couverts par la presse économique tunisienne. Il ne revendique donc aucune exclusivité et ne fournit pas de score chiffré de saturation médiatique, l’analyse du corpus de presse restant partielle.

La priorité éditoriale s’appuie sur l’importance des informations disponibles et sur leur valeur explicative, plutôt que sur une notation financière artificielle.

Institutions financières : une couverture documentaire encore inégale

Le suivi institutionnel fait apparaître plusieurs niveaux de vérification.

Les publications de la Bourse de Tunis relatives à ASSAD et New Body Line, le guide et les rappels du CMF ainsi que les indicateurs monétaires de la BCT constituent le socle documentaire des principaux constats.

En revanche, les dernières publications de Tunisie Clearing n’ont pas fait l’objet d’un contrôle direct suffisant dans le rapport. Les données concernant les adjudications récentes du Trésor ne sont que partiellement vérifiées.

Ces limites ne signifient pas l’absence de publications ou d’opérations. Elles indiquent simplement que le relevé disponible ne permet pas d’en établir une situation complète et fiable.

Deux échéances financières à suivre

La prochaine étape majeure est fixée au mardi 20 octobre 2026, date limite rappelée par le CMF pour le dépôt des indicateurs d’activité du troisième trimestre par les sociétés cotées.

Le régulateur demande également que les informations soient accompagnées de commentaires clairs sur les variations significatives enregistrées au cours des neuf premiers mois de l’année.

Une seconde échéance concerne ASSAD : son assemblée générale ordinaire est annoncée pour le 30 octobre à 9h30, à l’Institut arabe des chefs d’entreprise. Elle constitue un rendez-vous à suivre pour les questions relatives à l’activité exportatrice, au financement et à la gouvernance.

D’ici là, les principaux travaux restent l’investigation sur les contraintes commerciales algériennes, la comparaison juridique du guide CMF avec le règlement de janvier, la collecte des adjudications du Trésor et la surveillance des nouvelles publications de Tunisie Clearing.

La lecture d’ensemble de cette veille ne fait pas apparaître une crise financière générale démontrée, mais plusieurs signaux économiques et réglementaires distincts qui exigent des analyses complémentaires. Le prochain ensemble de publications trimestrielles permettra de préciser leur portée.

CHIFFRES CLÉS

  • −43,5 % : évolution des exportations d’ASSAD entre janvier–septembre 2025 et janvier–septembre 2026.
  • −32,6 % : recul du chiffre d’affaires individuel de New Body Line sur les neuf premiers mois de 2026.
  • +1,8 % : progression du chiffre d’affaires de New Body Line au troisième trimestre 2026.
  • 23 753,4 MDT : avoirs nets en devises de la BCT au 16 octobre 2026, soit 91 jours d’importation.
  • 18 638,99 points : niveau du TUNINDEX à la clôture du 16 octobre 2026, en baisse de 0,36 %.
  • 20 octobre 2026 : date limite de dépôt des indicateurs d’activité du troisième trimestre pour les sociétés cotées.