Le commerce international résiste, mais son architecture change. Tarifs, rivalités géopolitiques, politiques industrielles et sécurisation des approvisionnements redessinent progressivement les flux, sans provoquer pour autant un recul généralisé de la mondialisation.

Le commerce mondial entre dans une phase où la géopolitique, les politiques industrielles et la sécurité des approvisionnements pèsent davantage sur les décisions économiques. Mais les données récentes ne décrivent pas un recul généralisé des échanges. Elles montrent plutôt une mondialisation qui se réorganise, avec davantage de barrières, de préférences entre partenaires et de chaînes de valeur redessinées.

La CNUCED estime que le commerce mondial de biens et de services a dépassé 35 000 milliards de dollars en 2025, un record historique. Les échanges de biens ont progressé d’environ 6,5 % et ceux de services de près de 9 %. Cette performance confirme la capacité du commerce international à résister aux tensions, même lorsque les règles du jeu deviennent moins prévisibles. CNUCED

Des politiques commerciales plus fragmentées

Dans le même temps, la fragmentation progresse. La Banque mondiale observe que les pays appliquent de plus en plus des droits de douane différents selon leurs partenaires pour un même produit. Cette différenciation tient à la multiplication des accords préférentiels, mais aussi aux mesures tarifaires prises dans un contexte de rivalités commerciales et géopolitiques. World Bank Blogs

Le système multilatéral reste pourtant central. Selon l’Organisation mondiale du commerce, environ 72 % du commerce mondial de marchandises continuait, à fin juillet 2026, à s’effectuer selon les conditions de la nation la plus favorisée. Cette part était supérieure à 80 % au début de 2025. Le recul est significatif, mais il montre aussi que la majeure partie des échanges reste encadrée par les règles multilatérales. Organisation mondiale du commerce

Une croissance plus fragile, mais toujours présente

La croissance demeure cependant plus fragile. L’OMC avait prévu en mars une hausse de 1,9 % du volume du commerce mondial de marchandises en 2026. Au premier trimestre, les volumes ont néanmoins augmenté de 3,2 % sur un an, soutenus notamment par la forte demande de composants électroniques liés à l’intelligence artificielle. En septembre, le baromètre de l’OMC restait supérieur à sa tendance historique malgré les tensions géopolitiques et l’incertitude commerciale. Organisation mondiale du commerce

La transformation en cours tient donc moins à une disparition de la mondialisation qu’à son changement de forme. Les entreprises cherchent davantage à diversifier leurs fournisseurs, sécuriser les approvisionnements et réduire leur exposition à certains risques politiques. Les États, de leur côté, utilisent plus activement tarifs, subventions, normes et politiques industrielles.

Un enjeu direct pour la Tunisie

Pour la Tunisie, cette évolution est particulièrement importante. Durant les huit premiers mois de 2026, 70,2 % des exportations tunisiennes étaient destinées à l’Union européenne, selon l’INS. Cette forte concentration rend l’économie sensible aux changements réglementaires et industriels européens, mais peut aussi créer des opportunités si les entreprises européennes rapprochent une partie de leurs chaînes d’approvisionnement. INS

Le défi consiste donc moins à se protéger d’une mondialisation qui disparaîtrait qu’à s’adapter à une mondialisation plus sélective, plus politique et plus incertaine. Pour les économies ouvertes, la compétitivité dépendra de plus en plus de leur capacité à diversifier leurs marchés, répondre aux nouvelles normes et rester intégrées aux chaînes de valeur qui se recomposent. Cette adaptation exigera aussi des infrastructures logistiques efficaces, des accords commerciaux lisibles et une capacité industrielle suffisamment flexible.

Chiffres clés

  • 35 000 milliards USD de commerce mondial en 2025 ;
  • 72 % du commerce mondial de marchandises encore réalisé selon les conditions NPF à fin juillet 2026 ;
  • +3,2 % de croissance des volumes au premier trimestre 2026 sur un an ;
  • 70,2 % des exportations tunisiennes dirigées vers l’UE sur les huit premiers mois de 2026.

CNUCED