Après les délestages de 2026, les ingénieurs tunisiens appellent à préparer dès maintenant le prochain été. Mais derrière l’alerte demeure une question décisive : de combien de mégawatts la Tunisie aura-t-elle réellement besoin pour éviter de nouvelles coupures ?
Le chiffre n’existe pas encore sous la forme d’une estimation officielle vérifiée pour 2027. Les données rendues publiques pendant l’été 2026 donnent toutefois une mesure de la tension qui a frappé le système électrique tunisien.
Fin juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, évaluait la demande à environ 6 000 MW, contre 4 400 MW de capacité disponible, soit un écart théorique d’environ 1 600 MW. Fin août, Elyes Ben Ammar, secrétaire général adjoint de la même fédération, estimait que le déficit pouvait atteindre 2 000 MW aux heures de pointe. Ces chiffres sont des déclarations syndicales, pas un bilan officiel consolidé de la STEG.
Récupérer des MW avant d’en construire
C’est précisément sur la différence entre capacité installée et capacité réellement disponible que la feuille de route présentée par le doyen des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, déplace le débat.
Maintenance, disponibilité des équipements, pièces de rechange et rapidité d’intervention pourraient, selon lui, permettre de récupérer dès 2027 une partie importante de l’énergie perdue ou indisponible en 2026. Il évoque un potentiel supérieur à 50 %. Ce pourcentage constitue toutefois une estimation des ingénieurs, et non un engagement de la STEG ou une prévision du gouvernement.
Un autre ordre de grandeur circule : environ 870 MW de capacités susceptibles de renforcer le système n’auraient pas encore été intégrés au réseau. Là encore, leur existence ne signifie pas qu’ils seront effectivement mobilisables à la pointe de l’été 2027.
La pointe devient le véritable test
L’autre levier concerne la demande. Les ingénieurs proposent une cartographie plus fine de la consommation, une meilleure gestion des pointes liées à la climatisation et, si le délestage reste nécessaire, des coupures ciblées protégeant les infrastructures et activités sensibles. Une cellule opérationnelle fonctionnant 24h/24 et 7j/7 est également proposée.
La question des MW manquants en 2027 reste donc inconnu. Pour la trancher, il faudra disposer simultanément de la demande de pointe prévue, de la puissance réellement disponible, des importations mobilisables et des nouvelles capacités effectivement mises en service. Sans ce bilan, annoncer aujourd’hui un déficit précis pour l’été prochain serait transformer une alerte en prévision.
Chiffres clés
- 6 000 MW : demande évoquée fin juillet 2026.
- 4 400 MW : capacité alors disponible selon la même source syndicale.
- ~1 600 MW : écart arithmétique correspondant.
- Jusqu’à 2 000 MW : autre estimation syndicale du déficit en pointe.
- 870 MW : capacités évoquées comme susceptibles de renforcer le système.
- >50 % : potentiel de récupération avancé par Mohsen Gharsi, estimation des ingénieurs et non engagement institutionnel.


