La détention provisoire de deux responsables de la National Oil Corporation (NOC), dans une enquête sur la transmission de données pétrolières sensibles à une entreprise étrangère, place la gouvernance de l’information stratégique au cœur du dossier. Au-delà des responsabilités individuelles, l’affaire interroge les procédures contractuelles et la maîtrise des données du secteur.

L’enquête annoncée par le Bureau du procureur général libyen touche à l’un des actifs les plus sensibles d’un pays pétrolier : ses données. Deux responsables de la NOC ont été placés en détention provisoire dans le cadre d’investigations portant sur des informations relatives aux champs pétroliers, aux taux de production, aux réserves de pétrole et de gaz et aux projets d’exploration.

Selon le parquet, ces données sont sorties du contrôle de la NOC et ont été détenues par une entreprise étrangère avec laquelle un contrat avait été autorisé en 2023 pour réaliser une étude de développement du secteur. L’enquête affirme également que cette société appartient à l’épouse de l’ancien directeur du Bureau des programmes stratégiques de la NOC.

Le contrat de 2023 au centre des interrogations

L’affaire pose d’abord une question de gouvernance contractuelle. Les informations disponibles ne précisent ni le montant du contrat, ni son cahier des charges, ni la procédure ayant conduit à son attribution. Elles ne permettent donc pas d’établir comment les éventuels conflits d’intérêts ont été évalués ou quels contrôles ont encadré l’accès du prestataire aux données.

Le parquet affirme en revanche que le transfert a contrevenu aux règles de gestion applicables et que la NOC s’est retrouvée dans l’incapacité d’accéder à certaines informations sensibles. Des procédures ont été engagées pour récupérer les données.

La souveraineté passe aussi par les données

Pour la NOC, l’enjeu dépasse désormais le seul contrat contesté. L’affaire soulève la question de la propriété, de l’hébergement, des droits d’accès et de la traçabilité des bases stratégiques confiées à des prestataires externes.

Elle place également la cybersécurité au premier plan, sans qu’une cyberattaque soit pour autant établie. Le point critique est celui de la gouvernance : qui peut consulter, extraire, transférer ou conserver les informations pétrolières, et sous quels contrôles ?

L’enquête devra déterminer les responsabilités individuelles. Pour la puissance publique libyenne, elle ouvre déjà un autre chantier : garantir que la souveraineté sur les ressources pétrolières s’étende aux données nécessaires à leur gestion.