Les stocks ukrainiens de céréales atteignaient déjà 24,6 millions de tonnes au 1er septembre. La forte contraction des exportations pose désormais un arbitrage : réserver les capacités logistiques aux produits agricoles les plus chers ou évacuer les céréales avant qu’elles ne saturent davantage les stocks.
L’Ukraine fait face à un problème qui dépasse la seule baisse de ses exportations : que faire passer en priorité lorsque les capacités logistiques deviennent insuffisantes ?
Les exportations de céréales ont chuté de plus de 60 % en septembre, selon des données du ministère ukrainien citées par Reuters, tandis que les expéditions d’oléagineux et d’huiles végétales ont diminué d’environ un tiers. Les ports maritimes étant pratiquement bloqués, le pays dépend davantage des ports du Danube et des liaisons ferroviaires vers l’Europe orientale, aux capacités plus limitées.
La valeur contre le volume
Le gouvernement soutient une proposition visant à privilégier, lorsque les capacités sont contraintes, les produits à plus forte valeur. La logique économique est claire : une tonne d’oléagineux ou de produit transformé supporte plus facilement un coût logistique élevé.
Mais l’Union agraire d’Ukraine (UAC), principale organisation agricole du pays, conteste cette orientation. Elle estime que les oléagineux disposent déjà d’un avantage économique naturel et qu’une priorité supplémentaire pénaliserait les céréaliers.
Le problème est d’autant plus pressant que les stocks sont déjà élevés. Au 1er septembre, l’Ukraine détenait 24,6 millions de tonnes de céréales et légumineuses, soit 10,1 millions de tonnes de plus qu’un an auparavant. Les stocks de blé atteignaient à eux seuls 14,6 millions de tonnes.
La forte réduction des capacités d’exportation empêche l’Ukraine d’écouler ses céréales au rythme habituel. Les stocks atteignaient déjà 24,6 millions de tonnes au 1er septembre. Donner davantage de priorité logistique aux produits agricoles à forte valeur pourrait encore ralentir l’évacuation du blé et du maïs.
Une pression qui se transmet aux prix
Cette accumulation pèse sur les producteurs. Selon le ministère cité par Reuters, le prix payé aux agriculteurs pour le blé meunier de troisième classe a reculé de près de 30 % en deux mois.
La question logistique devient donc un arbitrage agricole : maximiser la valeur de chaque tonne exportée ou libérer suffisamment vite les silos pour éviter que l’excédent de céréales ne s’amplifie.
APK-Inform estime que les stocks de report pourraient atteindre un record de 24 millions de tonnes, contre 11,6 millions une saison auparavant. Il s’agit d’une prévision, et non d’un stock constaté.
Pour le marché mondial, l’enjeu est tout aussi concret : si les contraintes persistent, une partie du blé et du maïs ukrainiens pourrait rester durablement immobilisée alors même que ces céréales existent physiquement.
Chiffres clés
- 24,6 millions de tonnes — stocks de céréales et légumineuses au 1er septembre.
- +10,1 millions de tonnes — hausse sur un an.
- Plus de 60 % — recul des exportations céréalières en septembre.
- Près de 30 % — baisse en deux mois du prix du blé meunier de troisième classe payé aux producteurs.
- 24 millions de tonnes — stocks de report projetés par APK-Inform.


