
Réunie, le 9 septembre 2026, l’Instance tunisienne de l’investissement (Tunisia Investment Authority (TIA), point de contact pour les investisseurs souhaitant établir leurs entreprises en Tunisie, a tenu une réunion, à huis clos, consacrée à la présentation d’une note d’analyse stratégique consacrée au potentiel d’investissement dans les minéraux critiques.
La TIA n’a rien communiqué sur le potentiel des minéraux critiques en Tunisie
Dans un communiqué insipide, sans aucune valeur informative, la TIA s’est limitée à relever, vaguement que « face à la demande mondiale croissante en minéraux critiques (phosphate, lithium, cuivre…), la Tunisie dispose d’un potentiel d’investissement réel, illustré par des projets structurants ».
Pourtant, cette note stratégique est supposée « dresser un diagnostic approfondi et proposer des perspectives pour la Tunisie, à la lumière des expériences comparées en matière de réformes et de politiques publiques ».
Malheureusement, la TIA, qui a tendance à confondre réunionite et information, n’a pas daigné nous fournir plus de détails ni sur l’état des lieux établi par ce diagnostic, ni sur la liste des minéraux critiques disponibles qui pourraient intéresser d’éventuels investisseurs étrangers, ni sur les stratégies à suivre pour les développer.
Devant ce déficit criant de communication, nous sommes obligés de compter sur nos propres informations.
A notre connaissance, sur une trentaine de minéraux critiques identifiés dans le monde, la Tunisie dispose, en grande quantités, de deux principaux minéraux critiques. Il s’agit du phosphate et du lithium.
Le phosphate, un des minéraux critiques les plus en vue
S’agissant du phosphate, sur un total de réserves confirmées estimées à plus de 3 Milliards de tonnes dont seulement 4 Millions de tonnes sont produites annuellement, contre une pointe de production de 8 millions de tonnes en 2010, le phosphate demeure une valeur sûre et un créneau porteur.
Cet intérêt pour l’industrie phosphatière est justifié par la persistance à l’échelle internationale de la forte demande de ce minerai et ses dérivés en tant que produits stratégiques pendant de longues années, voire des décennies. Mieux, le phosphate demeure une ressource rentable.
Ces trois dernières années, par l’effet des conséquences négatives de la pandémie du corona virus, de la guerre russo- ukrainienne, du réchauffement climatique et d’autres fléaux, le cours mondial du phosphate a quadruplé passant de 100 dollars la tonne métrique en moyenne à plus de 400 dollars.
La Tunisie, forte de réserves se chiffrant selon certaines sources à plus de 10 milliards de tonnes, si on tient compte des réserves du projet non encore exploité de Sra ouertane au nord ouest du pays, est bien outillée pour tirer le meilleur profit de ce marché pour peu qu’elle augmente sa production, diversifie ses débouchés à l’export et commence à exploiter les gisements en stand bye.
La Tunisie pourrait disposer, avec une éventuelle production moyenne de 10 millions de tonnes par an, d’une importante manne de devises pour rembourser, dans des conditions acceptables, ses dettes et booster son développement, et ce, durant deux siècles au moins -bien deux siècles-.
L’ accès des privés au secteur phosphatier, une opportunité pour accroître la production
L’ouverture récente de ce secteur public aux investisseurs privés étrangers serait une opportunité pour accroître la production.
En témoigne l’octroi à l’entreprise australienne PhosCo d’une concession pour l’exploitation dans la région de Kasserine de 166,6 millions de tonnes de phosphate. Ce projet dénommé Gassat a appâté les entreprises américaines. Ces dernières, encouragées par une subvention, de 1,5 million de dollars environ, mise à leur disposition, au mois d’août dernier, par le département d’État américain et l’ambassade des États-Unis en Tunisie.
A la faveur de cette initiative dénommée , «Safeguarding U.S. Critical Minerals Supply Chains – Tunisia », les entreprises américaines intéressées pourraient exploiter cette opportunité pour explorer le terrain aux fins de prendre part, éventuellement, au capital du projet Gassat et de mobiliser, selon des sources américaines, des investissements de plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains et générer 15 à 25 millions de dollars d’exportations d’équipements vers la Tunisie.
Le lithium composant du sel, matière première disponible en grande quantités en Tunisie
Concernant le lithium qu’on peut extraire du sel, produit qui existe en grande quantité en Tunisie et qui est exportée, jusqu’à ce jour, en totalité en vrac par une quinzaine d’entreprises off shore étrangères dont principalement, la Compagnie générale des Salines de Tunisie (COTUSAL), société à capitaux français.
Pour mémoire, cette Compagnie exploite, jusqu’à ce jour, le sel tunisien au « franc symbolique » depuis l’époque coloniale (1949), et ce, sans aucun intérêt économique et sans transfert technologique pour la Tunisie.
La Tunisie produit annuellement près de 1,8 million de tonnes de sel, issues principalement de marais salants côtiers, complétés par des exploitations sur sebkhas. Sur ce total, 10% de cette production est consommée localement comme sel de table ou intrant industriel.
L’enjeu de transformer les minéraux critiques en Tunisie
En principe –bien en principe- l’octroi récent d’un permis de recherche de substances minérales dit « Chott El Gharsa » à la société «Gulf Care Company Branch Tunisia », une multinationale basée au koweit et connue pour la diversité de ses investissements (métallurgie, exploitation des sels minéraux…) devrait se faire conformément à de nouvelles règles.
L’actuel ministère de l’industrie, des mines et de l’énergie devrait être conscient de la valeur technologique du litium en ce sens où le contrat devrait prévoir, en cas de confirmation de découvertes, la transformation de ce permis en une unité industrielle qui sera implantée dans la région de Tozeur.
Il y a là une importante évolution de la négociation par les tunisiens des contrats conclus avec les étrangers pour l’exploitation et la transformation en Tunisie des ressources naturelles du pays. L’actuel ministère doit tirer les enseignements de la sous-facturation d’anciens contrats du sel conclus avec des compagnies étrangères.
Est il besoin de rappeler, que le sel, exporté en vrac actuellement, est composé en partie du lithium, produit à forte valeur marchande très demandé à l’international, et pour cause.
Ce produit est utilisé pour fabriquer des piles électriques et batteries d’accumulateurs rechargeables ou à haute tension. Ces batteries sont utilisées dans l’industrie du verre et des céramiques techniques, des lubrifiants spéciaux, le traitement de l’air vicié par le CO2, la métallurgie et l’industrie du caoutchouc et des thermoplastiques, la chimie fine, la production d’alliages. Le lithium est utilisé également en médecine (psychiatrie) et en physique nucléaire.
Abstraction faite du phosphate et du lithium qui sont des valeurs sûres, d’autres minéraux critiques font, actuellement, l’objet d’opérations d’exploration. Au mois de mai 2026, une information annoncée par la société australienne PhosCo LTD a mis la Tunisie sous les projecteurs du secteur minier international.
En vertu de cette information Phosco ltd affirme avoir identifié des teneurs exceptionnellement élevées en minéraux critiques, particulièrement en cuivre, argent, zinc et antimoine sur le prospect de King’s Eye, au sein du projet Simitu, dans le nord du pays.
Si ces données confirment l’existence d’un système minéralisé significatif, elles ne constituent toutefois qu’une étape préliminaire dans un processus d’exploration encore incertain. Conséquence : la prudence doit être de mise en attendant la confirmation définitive de l’existence des minéraux critiques précités en quantités exploitables.
C’est pour dire au final qu’avec deux minéraux critiques sûrs ou avec d’autres en perspectives, les chances de tirer profit de ces matières premières à très forte valeur ajoutée sont réelles. Espérons seulement qu’elles feront l’objet d’une bonne gouvernance et d’une bonne négociation avec les investisseurs étrangers. A bon entendeur !!!
Abou SARRA
EN BREF
- Manque de transparence : La TIA a présenté une note stratégique sur les minéraux critiques le 9 septembre 2026, mais sans publier de chiffres ni de feuille de route.
- Le phosphate, levier financier : Avec 3 à 10 milliards de tonnes de réserves, remonter la production à 10 millions de tonnes/an générerait des devises sur deux siècles.
- Diplomatie américaine : Washington soutient le projet phosphatier Gassat (PhosCo) à Kasserine à travers une subvention visant à drainer 100 millions de dollars d’investissements privés.
- Fin de l’exportation brute : Le projet de lithium du Chott El Gharsa doit inclure une unité industrielle à Tozeur pour rompre avec le modèle de la COTUSAL.
- Exploration prometteuse : PhosCo signale des teneurs élevées en cuivre, argent, zinc et antimoine à Simitu (King’s Eye), nécessitant une confirmation technique.


