La Banque centrale appelle à relancer l’investissement privé alors que plusieurs indicateurs convergent : l’investissement total reste voisin de 15 % du PIB, le crédit progresse lentement et le financement de l’État occupe une place croissante dans les bilans bancaires.

Le signal prend du poids parce qu’il n’est plus isolé. Le 25 septembre, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhaier Nouri, a appelé à accélérer les projets et les investissements et à relancer l’investissement privé. Selon la reprise consultée du communiqué de la BCT, il estime nécessaire de passer d’une logique de résilience à une logique de création de richesse.

Un investissement toujours proche de 15 % du PIB

Les données de l’INS éclairent cette préoccupation. La formation brute de capital fixe (FBCF) a atteint 26,4568 milliards de dinars en 2025, pour un PIB de 171,6421 milliards aux prix courants. Le rapport entre les deux ressort à environ 15,4 %, selon un calcul WMC, contre près de 15,2 % en 2024.

Ce taux concerne toutefois l’investissement total et ne doit pas être confondu avec le seul investissement privé. La dynamique s’est améliorée : en volume, la FBCF a progressé de 5,2 % en 2025, après 0,9 % en 2024. Mais son poids dans l’économie reste limité.

Pourquoi la BCT alerte-t-elle sur l’investissement privé en Tunisie ?
Parce que son appel intervient dans un contexte où l’investissement total reste proche de 15 % du PIB, où le crédit bancaire progresse lentement et où la Banque mondiale constate une hausse importante de la part du financement de l’État dans le crédit bancaire, avec un risque d’éviction du secteur privé.

Le crédit ne prend pas suffisamment le relais

Deuxième signal : selon la BCT, l’activité de crédit n’a augmenté que de 1,3 % durant les six premiers mois de 2026, évolution associée notamment à la faiblesse des crédits au secteur privé et aux particuliers.

Le troisième signal vient de la Banque mondiale. En août 2025, les créances sur l’État représentaient environ un tiers du crédit bancaire, contre 15 % en 2019. L’institution pointe un risque d’éviction du crédit au secteur privé lorsque le financement public absorbe une part croissante des ressources bancaires.

C’est cette convergence qui donne à l’appel de la BCT sa portée économique. La question n’est plus seulement d’attirer des investisseurs, mais de savoir comment orienter davantage de ressources vers les capacités productives.

La stabilité financière constitue une condition nécessaire. Le défi est désormais de la transformer en investissement, en production et, finalement, en création de richesse.

Chiffres clés

  • 15,4 % du PIB : taux de FBCF 2025, calcul WMC à partir des données INS.
  • 26,4568 milliards de dinars : FBCF tunisienne en 2025.
  • +5,2 % : progression en volume de la FBCF en 2025.
  • +1,3 % : progression de l’activité de crédit au premier semestre 2026 selon la BCT.
  • Environ un tiers : part des créances sur l’État dans le crédit bancaire en août 2025, contre 15 % en 2019, selon la Banque mondiale

Site : BCT