L’affirmation selon laquelle près de 100 000 élèves quitteraient chaque année le système scolaire tunisien correspond à un ordre de grandeur documenté. Mais les données disponibles montrent de fortes variations annuelles et ne permettent pas encore de calculer une facture économique nationale fiable.
Près de 100 000 élèves quitteraient chaque année l’école tunisienne, selon l’expert en sécurité sociale Hédi Dahmane. L’ordre de grandeur n’est pas isolé : l’UNICEF estime que 63 000 à 100 000 enfants, tous niveaux confondus, abandonnent en moyenne l’école chaque année.
Mais 100 000 ne constitue pas une constante statistique.
Les données attribuées au ministère de l’Éducation montrent environ 109 000 abandons en 2021-2022, contre près de 65 000 en 2022-2023. Pour 2019-2020, un responsable du ministère avait avancé 72 991 sorties. D’autres années présentent des écarts de périmètre ou de méthodologie qui empêchent de construire, sans réserve, une série homogène couvrant 2015-2026.
Le phénomène se concentre surtout après le primaire. Pour 2023-2024, les taux publiés atteignent 0,8 % au primaire, contre 7,5 % au préparatoire et 7,9 % au secondaire.
Une facture impossible à réduire à un calcul simple
L’enjeu économique est considérable, mais son coût ne peut pas être obtenu en multipliant le nombre de décrocheurs par la dépense publique moyenne consacrée à un élève.
Une analyse sectorielle ministère-UNICEF évaluait cette dépense autour de 3 000 TND par élève. Ce montant représente un coût de scolarisation, pas la perte économique provoquée par une sortie précoce.
Pour mesurer cette dernière, il faudrait suivre les cohortes dans le temps : accès à l’emploi, salaires, formation professionnelle, informalité et protection sociale.
Même prudence avec le marché du travail. L’INS établit à 20,9 % la part des 15-24 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation dans les données du RGPH 2024. Le chômage des 15-24 ans atteignait 38,4 % au quatrième trimestre 2025.
Ces chiffres illustrent un environnement difficile. Ils ne signifient pas que 100 000 décrocheurs deviennent 100 000 chômeurs ou 100 000 NEET.
Le décrochage est donc massif. Sa facture économique, elle, reste à construire.
Chiffres clés
- 63 000 à 100 000 abandons annuels selon l’UNICEF ;
- 109 000 en 2021-2022 ;
- 65 000 en 2022-2023 ;
- 20,9 % de NEET parmi les 15-24 ans ;
- 38,4 % de chômage des 15-24 ans au T4 2025.


