La Tunisie a accumulé un déficit commercial de 17,8538 milliards de dinars sur les huit premiers mois de 2026. Pour dépasser le record de 25,2314 milliards enregistré en 2022, il faudrait encore plus de 7,37 milliards de dinars de déficit entre septembre et décembre. Le scénario évoqué par Mohamed Salah Souilem, autour de 26 milliards, est donc possible si la cadence récente se maintient — mais il n’est pas acquis.
La barre des 18 milliards de dinars n’a pas encore été franchie, même si elle est désormais toute proche. À fin août, l’Institut national de la statistique chiffre exactement le déficit commercial tunisien à 17 853,8 MD, contre 14 639 MD un an auparavant. Les exportations progressent de 8 %, à 44 671,6 MD, mais les importations augmentent plus rapidement, de 11,6 %, à 62 525,4 MD.
C’est ce décalage qui donne du poids à l’alerte de Mohamed Salah Souilem. L’ancien directeur général de la politique monétaire à la BCT estime qu’en cas de poursuite du rythme actuel, le déficit pourrait approcher 26 milliards de dinars en 2026. Cette valeur doit toutefois rester qualifiée : il s’agit d’une projection de l’expert, et non d’une prévision publiée par l’INS.
Huit mois : la dégradation s’est nettement accélérée depuis mars
La reconstruction WMC ci-dessous est obtenue par différence entre les cumuls mensuels publiés par l’INS. De petits écarts de 0,1 MD peuvent apparaître avec certaines séries mensuelles publiées séparément en raison des arrondis.
| Mois 2026 | Exportations du mois, MD | Importations du mois, MD | Déficit du mois, MD | Déficit cumulé, MD | Déficit énergétique du mois, MD | Énergie cumulée, MD |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Janvier | 5 298,7 | 6 586,4 | -1 287,6 | -1 287,6 | -927,4 | -927,4 |
| Février | 5 504,4 | 7 001,0 | -1 496,6 | -2 784,2 | -958,6 | -1 886,0 |
| Mars | 5 463,7 | 7 912,1 | -2 448,5 | -5 232,7 | -1 104,4 | -2 990,4 |
| Avril | 6 427,0 | 8 723,2 | -2 296,1 | -7 528,8 | -1 202,0 | -4 192,4 |
| Mai | 5 476,0 | 8 362,7 | -2 886,8 | -10 415,6 | -1 633,8 | -5 826,2 |
| Juin | 6 475,4 | 8 629,2 | -2 153,8 | -12 569,4 | -953,1 | -6 779,3 |
| Juillet | 5 993,2 | 8 381,4 | -2 388,2 | -14 957,6 | -1 166,8 | -7 946,1 |
| Août | 4 033,2 | 6 929,4 | -2 896,2 | -17 853,8 | -984,1 | -8 930,2 |
Calculs à partir des publications cumulées de l’INS de janvier à août.
Deux mois ressortent particulièrement : mai, avec près de 2,89 milliards de déficit supplémentaire, puis août, avec environ 2,90 milliards. Sur l’ensemble janvier-août, le déficit mensuel moyen atteint ainsi environ 2,232 milliards de dinars.
L’énergie représente désormais pratiquement la moitié du déficit
À fin août, le déficit énergétique atteint 8 930,2 MD, contre 7 148 MD un an plus tôt. Il représente donc environ 50 % du déficit commercial total. Le déficit hors énergie reste cependant presque aussi important, à 8 923,7 MD.
Autrement dit, la détérioration ne peut pas être résumée à la seule facture énergétique. Entre janvier-août 2025 et janvier-août 2026, le déficit global s’est aggravé de 3 214,8 MD. Sur cette hausse, environ 1 782,2 MD, soit quelque 55 %, proviennent de l’aggravation du déficit énergétique. Calcul WMC à partir des données INS.
Chine, Algérie, Turquie : une forte concentration des déficits bilatéraux
Les données détaillées reprises à fin août placent la Chine très loin devant les autres partenaires déficitaires, autour de -7,78 milliards de dinars, suivie de l’Algérie autour de -3,32 milliards, de la Turquie autour de -2,37 milliards, de l’Égypte autour de -2,33 milliards et de la Russie autour de -1,47 milliard. À l’inverse, la Tunisie conserve notamment des excédents avec la France, l’Allemagne et la Libye.
Pour battre 2022, le seuil est désormais de 1,84 milliard de déficit par mois
Le record à comparer n’est pas simplement « environ 25 milliards ». L’INS donne pour 2022 un déficit annuel de 25 231,4 MD, avec 57 557,5 MD d’exportations et 82 788,9 MD d’importations.
Après les 17 853,8 MD déjà enregistrés en 2026, il faudrait donc accumuler encore 7 377,6 MD de déficit entre septembre et décembre pour dépasser ce sommet.
Cela représente une moyenne d’environ 1 844,4 MD par mois.
Or, la moyenne observée entre janvier et août 2026 est supérieure, à environ 2 231,7 MD par mois. Le record de 2022 est donc mathématiquement à portée si la dynamique actuelle se prolonge.
Mais il n’est pas inévitable.
Trois scénarios montrent pourquoi 26 milliards reste une projection
Scénario de simple annualisation. Si la moyenne des huit premiers mois se répétait jusqu’en décembre, le déficit atteindrait environ 26,78 milliards de dinars. C’est un calcul mécanique WMC, pas une prévision.
Scénario Souilem. Pour terminer exactement à 26 milliards, les quatre derniers mois devraient ajouter environ 8,146 milliards, soit 2,037 milliards par mois. Ce rythme est légèrement inférieur à la moyenne enregistrée depuis janvier.
Scénario “fin d’année 2025 reproduite”. En 2025, le déficit annuel avait atteint 21 800,3 MD, contre 14 639 MD à fin août. Les quatre derniers mois avaient donc ajouté environ 7 161,3 MD. Si septembre-décembre 2026 reproduisaient exactement ce montant nominal, le déficit annuel 2026 atteindrait environ 25 015,1 MD : élevé, mais encore quelque 216 MD sous le record de 2022.
La réponse est donc plus nuancée qu’un simple « oui ». La trajectoire actuelle rend un nouveau record crédible, mais les données disponibles fin août ne permettent pas encore de l’annoncer comme acquis.
Le diagnostic plus large de Mohamed Salah Souilem doit être traité avec la même prudence. Son estimation d’un taux d’investissement tombé autour de 15 % et sa recommandation de viser au moins 25 % sont des positions d’expert. De même, les 85 % du PIB qu’il évoque pour la dette publique constituent une estimation : la programmation officielle de la loi de finances 2026 retient pour sa part 83,4 % du PIB.
Chiffres clés
- 17,8538 Mds DT : déficit commercial à fin août 2026.
- 25,2314 Mds DT : déficit annuel enregistré en 2022.
- 7,3776 Mds DT : déficit supplémentaire nécessaire en septembre-décembre pour battre 2022.
- 1,8444 Md DT/mois : seuil mensuel moyen nécessaire sur les quatre derniers mois.
- 8,9302 Mds DT : déficit énergétique à fin août.
- 26,78 Mds DT : annualisation mécanique du rythme janvier-août, calcul WMC.
En bref
À fin août 2026, le déficit commercial tunisien atteint 17,8538 milliards de dinars, selon l’INS. Pour dépasser le record de 25,2314 milliards enregistré en 2022, les quatre derniers mois devraient générer plus de 7,37 milliards de déficit, soit 1,84 milliard par mois. Le rythme moyen depuis janvier est supérieur à ce seuil. Une annualisation mécanique conduirait à 26,78 milliards de dinars, mais le résultat final dépendra fortement des importations, de l’énergie et des échanges des derniers mois.
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