Une unité pilote de fermentation de 150 litres vient d’être inaugurée à l’ISSBAT. Destinée à la production de bactériocines, elle doit rapprocher une recherche tunisienne sur les alternatives aux antibiotiques des conditions d’une future production industrielle. Mais entre un résultat expérimental et un produit effectivement adopté par les élevages, plusieurs étapes restent à franchir.

L’inauguration, le 18 septembre 2026, d’une unité pilote de fermentation de 150 litres à l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis (ISSBAT) marque surtout un changement d’échelle. Jusqu’ici principalement développé dans le cadre de travaux de laboratoire et d’essais expérimentaux, le projet AviBiocin dispose désormais en Tunisie d’un outil destiné à la mise à l’échelle de la production de bactériocines.

Ces substances antimicrobiennes produites par certaines bactéries sont étudiées dans le cadre d’AviBiocin comme une voie permettant de réduire l’utilisation d’antibiotiques dans l’aviculture tunisienne. Le programme associe notamment l’ISSBAT, l’Université Laval et plusieurs partenaires scientifiques internationaux.

Du résultat scientifique au procédé reproductible

Le véritable enjeu économique commence précisément à ce stade. Une unité de 150 litres n’est pas une usine : elle constitue un niveau intermédiaire permettant de travailler sur la mise à l’échelle avant une éventuelle production industrielle.

Le CRDI décrit d’ailleurs explicitement la nouvelle phase du projet comme celle devant confirmer les résultats à l’échelle industrielle et dans des conditions réelles d’élevage avicole en Tunisie. Le projet actuellement référencé par l’organisme affiche une durée de 34 mois et un financement total de 1 595 200 dollars canadiens.

La question n’est donc plus seulement de savoir si une bactériocine peut inhiber certains agents pathogènes. Elle devient celle de la capacité à reproduire les résultats à une échelle plus importante, puis à les transférer vers les conditions de production de la filière avicole.

Des acquis expérimentaux, mais pas encore une validation commerciale

Sur le plan scientifique, le dossier est plus avancé qu’une simple preuve de concept. Le CRDI indique que la première phase d’AviBiocin a permis d’isoler et de caractériser certaines bactériocines et rapporte une efficacité démontrée lors d’essais sur des poulets dans des installations expérimentales.

Un reportage publié par le même organisme en décembre 2023 documentait déjà un essai in vivo dans un poulailler appartenant au groupe Poulina. Plus d’un millier de poussins y étaient répartis entre plusieurs régimes alimentaires, dont certains contenant des bactériocines.

Cette coopération avec un acteur industriel constitue un signal important pour le transfert technologique. Elle ne permet toutefois pas d’affirmer que l’entreprise utilise aujourd’hui ces solutions dans son exploitation commerciale courante. Aucune source accessible consultée par WMC ne confirme ce passage de l’essai à l’adoption industrielle.

Les bactériocines remplacent-elles déjà les antibiotiques dans l’aviculture tunisienne ?

Non. AviBiocin étudie les bactériocines comme alternatives aux antibiotiques et le CRDI rapporte des résultats expérimentaux encourageants. Une unité pilote de 150 litres doit désormais faciliter la mise à l’échelle. Les sources consultées ne démontrent cependant pas encore une substitution industrielle ou une utilisation commerciale généralisée dans les élevages tunisiens.

L’industrialisation sera le véritable test

C’est précisément ce qui donne son intérêt à l’unité pilote tunisienne. Elle réduit la distance matérielle entre recherche et production, mais ne supprime pas la nécessité de valider le procédé à plus grande échelle.

Le projet AviBiocin entre ainsi dans une phase où sa réussite ne se mesurera plus seulement à la qualité de ses résultats de laboratoire. La prochaine démonstration devra porter sur leur reproductibilité et leur utilisation en conditions industrielles réelles.

Pour la recherche tunisienne, le test dépasse donc les seules bactériocines : il porte sur sa capacité à transformer une innovation scientifique en procédé transférable à une industrie.

Chiffres clés

  • 150 litres : capacité du fermenteur pilote inauguré à l’ISSBAT.
  • 18 septembre 2026 : date de l’inauguration.
  • 34 mois : durée du projet actuellement référencé par le CRDI.
  • 1 595 200 dollars canadiens : financement total indiqué par le CRDI pour ce projet.
  • Plus de 1 000 poussins : ordre de grandeur de l’essai in vivo décrit en 2023 dans un poulailler appartenant à Poulina.

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