Une étude ciblant les jeunes et les femmes à faible revenu dans sept gouvernorats tunisiens met en évidence un recours massif aux espèces et un accès limité aux services financiers formels. Les résultats décrivent la population étudiée et ne constituent pas un taux national de bancarisation.

Dans les gouvernorats de Gabès, Médenine, Tataouine, Kébili, Gafsa, Tozeur et Kairouan, le cash reste de très loin le premier réflexe financier des jeunes et des femmes à faible revenu couverts par une étude présentée par le PNUD : 98 % des personnes étudiées privilégient encore les paiements en espèces.

Le chiffre résume à lui seul l’écart qui subsiste entre le développement de nouveaux moyens de paiement et leur adoption par les populations les plus exposées à l’exclusion financière.

Seulement 18 % avec un compte bancaire formel

Selon les résultats communiqués, 18 % seulement des jeunes et femmes à faible revenu étudiés disposent d’un compte bancaire formel.

Chez les jeunes, la distance avec les services financiers apparaît encore plus nette : 70 % des personnes interrogées dans cette catégorie ne possèdent aucun compte auprès d’un service financier.

La situation est toutefois plus nuancée lorsqu’on élargit le regard au-delà des banques. La moitié des femmes à faible revenu interrogées utilisent les services de la Poste, ce qui souligne le rôle particulier de son réseau dans l’accès aux services financiers.

L’assurance reste, elle, quasiment absente : le taux mesuré dans la population ciblée par l’étude n’atteindrait que 0,2 %.

Ces chiffres ne sont pas interchangeables. Détenir un compte bancaire, utiliser la Poste, posséder un compte auprès d’un autre service financier ou souscrire une assurance correspondent à des indicateurs différents.

Une fracture également territoriale

L’étude met aussi en avant la faible densité du réseau bancaire dans les territoires concernés. Les sept gouvernorats couvriraient plus de la moitié de la superficie tunisienne mais ne concentreraient qu’un peu plus de 200 agences bancaires sur environ 2 000 dans le pays.

Les données disponibles sur le réseau bancaire rendent cet ordre de grandeur cohérent. Pour 2023, le cumul des agences recensées à Médenine, Gabès, Kairouan, Gafsa, Tataouine, Kébili et Tozeur atteint 252 agences sur 2 041 au niveau national, selon un calcul WMC à partir de données attribuées à la Banque centrale de Tunisie. Cela représente environ 12,3 % du réseau bancaire.

Cette géographie constitue un élément central du débat sur l’inclusion financière : lorsqu’un réseau physique est moins dense, la possibilité d’accéder autrement aux services devient particulièrement importante.

Que révèle l’étude sur l’inclusion financière dans les sept gouvernorats ?

Elle montre une très forte dépendance aux espèces parmi les jeunes et les femmes à faible revenu étudiés : 98 % privilégient le cash et seuls 18 % disposent d’un compte bancaire formel. Ces données concernent exclusivement la population ciblée dans sept gouvernorats et ne constituent pas un taux national tunisien.

Les wallets peuvent-ils réduire la distance ?

C’est ici que l’étude rencontre la montée des services financiers numériques, des wallets et des paiements mobiles.

La Banque centrale de Tunisie inscrit elle-même l’innovation financière dans une logique d’inclusion et indique vouloir favoriser les solutions capables d’accroître l’accès et l’usage des services financiers pour les ménages et entreprises peu ou mal desservis par les institutions formelles.

Mais les résultats de terrain invitent à distinguer disponibilité technologique et usage réel.

Si 98 % de la population étudiée continue de privilégier les espèces, proposer un canal numérique supplémentaire ne signifie pas automatiquement qu’il sera utilisé. L’enjeu devient alors de comprendre pourquoi une personne disposant potentiellement d’un téléphone, d’une agence postale ou d’une offre de paiement continue à préférer le cash.

C’est précisément sur ce terrain que les prochaines étapes de l’inclusion financière se joueront : non seulement ouvrir l’accès, mais transformer cet accès en usage.

Une précaution méthodologique indispensable

Les résultats présentés concernent une étude ciblée sur les jeunes et les femmes à faible revenu dans sept gouvernorats. Ils ne mesurent donc pas le taux national de bancarisation de la Tunisie.

La documentation publique du prestataire de l’étude mentionne par ailleurs une enquête auprès de 2 150 personnes et 14 focus groups. Les effectifs transmis de 1 457 femmes et 1 179 jeunes nécessitent donc la méthodologie détaillée avant toute addition, les deux catégories pouvant notamment se recouper.

La force du constat reste ailleurs : dans les territoires et populations étudiés, l’économie quotidienne demeure très largement une économie du cash. Pour les banques, la Poste, les établissements de paiement et les acteurs numériques, le défi est désormais de convertir l’offre financière en usage effectif.

Chiffres clés

Indicateur Valeur
Compte bancaire formel 18 %
Jeunes sans compte auprès d’un service financier 70 %
Préférence pour les espèces 98 %
Femmes à faible revenu utilisant la Poste 50 %
Assurance dans la population étudiée 0,2 %
Réseau bancaire 2023 dans les 7 gouvernorats, calcul WMC 252 agences sur 2 041

Site : PNUD