La Tunisie serait confrontée à une érosion progressive de son « capital scientifique », selon l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE). Au-delà des performances scolaires, l’enjeu touche directement la capacité du pays à former les compétences dont dépendent industrie, numérique, innovation et productivité.
Le signal dépasse la seule question du niveau en mathématiques. Dans sa note « Le capital scientifique, un levier de croissance », publiée en septembre 2026, l’IACE invite à considérer les compétences scientifiques comme une véritable infrastructure productive.
L’enjeu est simple : une économie peut importer des équipements ou des technologies, mais elle doit disposer localement d’ingénieurs, de chercheurs, de techniciens et de spécialistes capables de les exploiter, de les adapter et de créer de nouveaux produits.
Le vivier scientifique se rétrécit
Un indicateur illustre cette évolution. Selon des données présentées précédemment par l’IACE, la part des bacheliers issus de la section mathématiques serait passée d’environ 18% entre 2001 et 2005 à 6% entre 2021 et 2025.
Ce recul ne signifie pas automatiquement que la Tunisie manquera d’ingénieurs ou de chercheurs. Il signale néanmoins un rétrécissement d’un des viviers alimentant les formations scientifiques et technologiques.
Pour l’IACE, le risque se transmet ensuite à l’économie : difficultés de recrutement, moindre capacité d’innovation, dépendance technologique accrue et contraintes sur la productivité et la création de valeur.
Un déficit de mesure
L’autre faiblesse est statistique. La Tunisie manque d’indicateurs récents et réguliers permettant de mesurer l’évolution réelle de ses compétences scientifiques.
Sa dernière participation au programme international PISA remonte à 2015. Dans l’évaluation TIMSS 2011, les élèves tunisiens avaient obtenu 425 points en mathématiques, pour un point central international fixé à 500. Ces données sont désormais trop anciennes pour dresser un diagnostic précis de la situation actuelle.
L’IACE plaide donc pour un système permanent de suivi et une stratégie nationale du capital scientifique.
La question devient économique autant qu’éducative : la Tunisie pourra-t-elle renouveler assez vite les compétences nécessaires à sa montée en gamme industrielle et technologique ?
CHIFFRES CLÉS
- 18% : part approximative des bacheliers en mathématiques en 2001-2005
- 6% : part correspondante en 2021-2025
- 2015 : dernière participation tunisienne à PISA
- 425 points : score tunisien en mathématiques dans TIMSS 2011
- 500 points : point central de l’échelle TIMSS


