
La Libye représente déjà un débouché majeur pour la Tunisie. Les échanges bilatéraux ont atteint 2,892 milliards de dinars en 2025, en hausse de 11%, dont 2,469 milliards de dinars d’exportations tunisiennes.
Une stabilisation politique ne partirait donc pas de zéro. Elle pourrait amplifier une relation commerciale existante en ouvrant davantage les marchés liés aux infrastructures et aux services publics. La Banque mondiale souligne précisément les déficits persistants de la Libye dans la santé, l’éducation, l’eau et l’électricité, ainsi que le retard des projets de reconstruction et de développement.
1. BTP et matériaux de construction : le premier marché à viser
C’est probablement le secteur tunisien disposant du potentiel le plus immédiat.
Routes, logements, bâtiments publics, établissements sanitaires, réseaux d’eau : la reconstruction libyenne nécessitera des travaux lourds mais aussi des volumes importants de ciment, céramique, sanitaires, robinetterie, menuiserie aluminium et PVC, peintures, revêtements et produits d’étanchéité.
Le CEPEX positionne déjà ces produits parmi les principaux atouts exportables tunisiens et cible spécifiquement le marché libyen avec le BTP et les infrastructures.
Opportunité concrète : plutôt que de viser uniquement les grands contrats de travaux publics, les PME tunisiennes peuvent se positionner comme fournisseurs ou sous-traitants de projets libyens.
2. Santé et pharmacie : reconstruire aussi les services publics
La reconstruction ne sera pas seulement faite de béton.
La faiblesse des services de santé reste l’un des problèmes structurels identifiés par la Banque mondiale. La Tunisie possède, de son côté, une industrie pharmaceutique, des fabricants de dispositifs médicaux et une offre de services médicaux déjà tournée vers les marchés extérieurs.
Opportunités : médicaments génériques, consommables hospitaliers, dispositifs médicaux, équipements, gestion d’établissements et formation du personnel.
3. Agroalimentaire : bénéficier de la reprise de la consommation
La Tunisie dispose également d’une offre immédiatement exportable : pâtes alimentaires, conserves, boissons, jus, fromages, biscuits, confitures et autres produits transformés, identifiés par le CEPEX parmi les catégories ciblées à l’export.
Avec une frontière plus fluide et une activité économique libyenne moins perturbée, ce secteur pourrait bénéficier rapidement d’une augmentation des commandes.
Avantage tunisien : proximité, délais de livraison courts et possibilité d’approvisionner le marché par voie terrestre.
4. Électricité, équipements et énergie : un besoin structurel
La Banque mondiale identifie également l’électricité parmi les services encore fragiles en Libye.
Cela ouvre un marché aux entreprises tunisiennes capables de fournir matériel électrique, disjoncteurs, éclairage, câblage, équipements du bâtiment et, à terme, solutions d’efficacité énergétique et renouvelables. Le CEPEX intègre justement ces catégories parmi les secteurs promus sur les marchés extérieurs.
Opportunité concrète : accompagner chaque nouveau chantier immobilier ou industriel avec une offre tunisienne intégrée allant des matériaux aux équipements électriques.
5. Ingénierie, numérique et services : vendre du savoir-faire avant les machines
La reconstruction libyenne nécessitera enfin des bureaux d’études, architectes, ingénieurs, sociétés informatiques, consultants et opérateurs de formation.
Les technologies de l’information représentent déjà un secteur important de l’offre tunisienne de services à l’export.
Opportunités : études techniques, supervision de chantier, transformation numérique des administrations et entreprises, cybersécurité, solutions de paiement et formation professionnelle.
Le défi : passer de voisin naturel à fournisseur stratégique
La proximité géographique constitue un avantage, mais elle ne garantit aucun contrat.
Les entreprises tunisiennes devront être capables de constituer des consortiums, développer des partenaires locaux, sécuriser leurs paiements et surveiller de près les futurs appels d’offres libyens.
C’est probablement là que réside l’enjeu pour Tunis : ne pas attendre que la reconstruction démarre pour se positionner.
Si la nouvelle feuille de route politique libyenne tient, les entreprises qui auront déjà noué leurs partenariats, identifié leurs distributeurs et préparé leurs capacités logistiques disposeront d’une avance décisive.
Classement WMC des secteurs à potentiel
1 — BTP et matériaux de construction : très fort potentiel
Ciment, céramique, sanitaires, aluminium/PVC, peintures, infrastructures.
2 — Santé et pharmacie : fort potentiel
Médicaments, dispositifs médicaux, équipements hospitaliers et services.
3 — Agroalimentaire : fort potentiel immédiat
Produits transformés, boissons, conserves et produits de grande consommation.
4 — Électricité et énergie : potentiel élevé à moyen terme
Équipements électriques, éclairage, efficacité énergétique et renouvelables.
5 — Ingénierie, numérique et formation : potentiel stratégique
Bureaux d’études, logiciels, conseil, supervision de projets et compétences.
Chiffres clés
– 2,892 milliards DT : échanges commerciaux Tunisie-Libye en 2025.
– 2,469 milliards DT : exportations tunisiennes vers la Libye en 2025.
– +11% : croissance des échanges bilatéraux en 2025.
– 5 secteurs prioritaires : BTP, santé, agroalimentaire, énergie-électricité et services.
– 24 mois : horizon prévu par l’accord politique pour organiser les élections nationales.
Pour les entreprises tunisiennes, la reconstruction libyenne pourrait devenir moins un marché d’exportation classique qu’un prolongement naturel du marché domestique. Encore faut-il transformer l’avantage géographique en présence commerciale avant que la concurrence régionale et internationale ne s’installe.


