Deux incendies en deux jours dans des postes de transformation de Nouakchott ont poussé les autorités mauritaniennes à ouvrir une enquête indépendante. Au-delà du rétablissement du courant, l’épisode remet au premier plan la résilience du réseau de distribution, alors que le pays augmente ses capacités de production et poursuit ses investissements électriques.

Deux postes de transformation touchés à vingt-quatre heures d’intervalle ont suffi à faire passer la crise électrique de Nouakchott du registre de l’incident technique à celui de la sécurité des infrastructures.

Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a ordonné la création d’une commission d’enquête chargée d’établir les causes directes et indirectes des incendies et d’identifier d’éventuelles responsabilités. Un comité ministériel doit également suivre les conséquences des sinistres et la remise en état du réseau.

Les incendies des 21 et 22 août 2026 ont affecté deux postes 33/15 kV de la capitale. Les coupures ont touché plusieurs quartiers et perturbé certaines lignes alimentant des infrastructures stratégiques, notamment l’aéroport international Oumtounsy et le port de Tanit.

Eau et hôpitaux sous surveillance

La priorité du gouvernement a été d’empêcher que la panne électrique n’entraîne une interruption des services essentiels. Les autorités affirment avoir maintenu le pompage de l’eau potable depuis les systèmes d’Idini et d’Aftout Essahili, ainsi que l’alimentation électrique des hôpitaux.

Cette dimension dépasse la seule question du confort des abonnés. À Nouakchott, une défaillance électrique peut affecter simultanément l’eau, la santé, les télécommunications et l’activité économique.

Le réseau de distribution en question

Le président mauritanien a indiqué que le problème semblait relever davantage du réseau de distribution que de la production. L’enquête devra confirmer ou nuancer ce diagnostic.

Cette distinction est centrale. La Mauritanie a augmenté ses capacités électriques ces dernières années : le pays disposait en 2023 d’environ 615,1 MW de puissance installée, dont 520,1 MW disponibles, pour une production globale de 1,66 TWh. Les énergies renouvelables représentaient alors environ 44,36 % du bouquet électrique.

Mais augmenter les capacités de production ne suffit pas si les postes, les lignes et les dispositifs de protection restent vulnérables. Le système électrique mauritanien demeure engagé dans un vaste chantier de modernisation, d’interconnexion et de sécurisation.

Le défi est d’autant plus important que le taux national d’accès à l’électricité est estimé à environ 54,6 %, avec de fortes disparités entre villes et zones rurales. La Mauritanie vise l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030.

Les chiffres clés

2 — incendies de postes électriques en deux jours
33/15 kV — niveau de tension des postes touchés
615,1 MW — puissance installée en 2023
520,1 MW — puissance disponible
1,66 TWh — production électrique en 2023
44,36 % — part des renouvelables
54,6 % — taux national d’accès à l’électricité

Un test pour la modernisation électrique

L’enquête devra désormais déterminer si les deux incendies sont liés, si les équipements étaient correctement entretenus et si les mécanismes de secours ont fonctionné comme prévu.

Pour Nouakchott, le véritable enjeu commence après le rétablissement du courant : transformer les conclusions techniques en investissements, procédures de maintenance et dispositifs de sécurité capables d’éviter qu’une nouvelle défaillance locale ne fragilise à nouveau plusieurs services essentiels.