Le gouvernement actuel serait bien inspiré et nous ferait oublier son incompétence criante pour peu qu’il prenne, dans les meilleurs délais, cette décision préventive, celle de promulguer une loi qui interdirait l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et pour cause, en Tunisie, les dangers auxquels sont exposés ces jeunes générations, par l’effet de la toxicité avérée de ces réseaux, sont bien réels.
Selon des statistiques officielles fournies par le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées, près de 90 % des enfants tunisiens ont accès à un smartphone et 78 % des moins de 13 ans seraient déjà présents sur les plateformes. Plus simplement près de huit enfants tunisiens sur dix déjà concernés.
Les enfants tunisiens hyperconnectés aux réseaux sociaux
Autre statistique rapportée par le rapport annuel de l’Observatoire des droits de l’enfant : 75,9 % des enfants et adolescents âgés de 10 à 17 ans utilisaient Internet. Ils y passeraient en moyenne trois heures par jour en semaine et jusqu’à six heures pendant les week-ends et les vacances scolaires.
Conséquence : les enfants tunisiens sont déjà plongés dans l’univers numérique. Ils sont hyperconnectés, et ce, bien avant d’avoir acquis les moyens psychologiques et intellectuels nécessaires pour en mesurer les dangers.
La menace que font peser ces réseaux sur la pollution mentale et comportementale ne porte pas seulement sur les contenus violents, sexuels ou illicites auxquels les mineurs peuvent être exposés. Elle concerne aussi la conception même des réseaux sociaux. Et pour cause, le défilement infini, la lecture automatique des vidéos, les notifications permanentes et les algorithmes de recommandation ne sont pas de simples commodités techniques. Elles ont été conçues pour maintenir l’utilisateur devant son écran, l’inciter à revenir et prolonger continuellement son temps de connexion.
Concrètement la nocivité, voire la dangerosité de ces réseaux sont perceptibles à travers le cyberharcèlement, le chantage, l’exploitation sexuelle, contenus violents, troubles du sommeil, perte de concentration, comparaison permanente avec les autres, atteintes à l’image corporelle et mécanismes de dépendance ne sont plus des risques théoriques. Il s’agit de menaces palpables qui meublent, hélas, le quotidien de la plupart des familles tunisiennes.
D’où l’enjeu de protéger nos enfants des méfaits du mauvais usage des réseaux sociaux et de promulguer à cette fin une loi préventive et dissuasive.
Ultime objectif : garantir le droit fondamental de l’enfant à un développement sain et à une santé mentale équilibrée. Pour atteindre cet objectif, les spécialistes en charge de l’enfance recommandent d’accompagner les législations promulguées par des mécanismes de contrôle des plateformes numériques, des programmes de sensibilisation à destination des familles, ainsi que des alternatives numériques éducatives et sécurisées.
Une prise de conscience mondiale
À l’échelle internationale, plusieurs pays ont déjà initié des réformes législatives visant à restreindre, voire à interdire, l’accès des enfants aux réseaux sociaux, face aux risques avérés pour leur santé mentale et leur sécurité. L’Australie fait figure de précurseur en ayant adopté une loi interdisant l’accès aux plateformes sociales aux moins de 16 ans, avec des obligations strictes de vérification d’âge imposées aux entreprises numériques.
En Europe, la France, l’Espagne, la Norvège, a grande Bretagne et le Danemark ont engagé ou annoncé des projets de loi fixant un âge minimal compris entre 15 et 16 ans, parfois assorti d’un consentement parental renforcé. D’autres pays, comme l’Italie et l’Allemagne, imposent déjà des restrictions encadrées par l’autorisation des parents pour les mineurs.
En Asie, la Malaisie et l’Indonésie ont annoncé une interdiction similaire pour les moins de 16 ans, tandis que des pays autoritaires comme la Chine, la Corée du nord et l’Iran se sont servis de leur pouvoir souverain pour imposer une certaine discipline sociale, et ont opté pour un contrôle strict du temps d’utilisation et des contenus accessibles aux mineurs.
Les Etats Unis ont été des précurseurs en la matière. Ils ont institué, depuis des années, un système propre à eux pour protéger leurs enfants.
Globalement, abstraction faite des spécificités des restrictions imposées par chaque pays, ce qu’on doit retenir, c’est cette prise de conscience mondiale de l’impératif de réguler l’accès des enfants aux réseaux sociaux et de protéger l’enfance contre les dérives numériques.
La Tunisie doit interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
La Tunisie, tout comme tous les pays du sud d’ailleurs, ne doivent pas se donner en spectacle cette prise de conscience internationale et considérer le débat qui l’accompagne comme s’il concernait uniquement les sociétés occidentales. Les chiffres précités montrent au contraire que ses enfants sont déjà hyperconnectés et massivement exposés.
Officiellement, le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées le ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées est bien conscient de la gravité de la situation.
Sensibilisés à l’enjeu de protéger les enfants du pays par le rapport annuel de l’Observatoire des droits de l’enfant et par l’ong, l’Organisation internationale pour la protection des enfants de la Méditerranée qui avaient recommandé aux autorités tunisiennes d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, Jamila Bettayeb, directrice générale de l’enfance au ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées, avait révélé, en février 2026, que le ministère des Technologies de la communication travaillait avec les opérateurs et les fournisseurs d’accès à un projet de loi destiné à instaurer des mécanismes de contrôle des contenus numériques.
Tout en saluant cette initiative, nous attendons avec grand intérêt la concrétisation de ce projet de loi. Au regard de la gravité de la question nous espérons que ses initiateurs soient simplement à la hauteur de la situation.
A bon entendeur !!!
Abou SARRA
EN BREF
- Hyperconnexion précoce : Près de 90 % des enfants tunisiens possèdent un smartphone et 78 % des moins de 13 ans fréquentent déjà les réseaux sociaux.
- Impacts sanitaires avérés : Cyberharcèlement, addiction, troubles du sommeil et perte de concentration meublent le quotidien des familles.
- Tendance internationale : De l’Australie à l’Europe, un nombre croissant d’États instituent des interdictions d’accès aux plateformes pour les moins de 15 ou 16 ans.
- Mobilisation institutionnelle : Le ministère de la Femme et le ministère des Technologies planchent sur un projet de loi de contrôle des contenus numériques.
- Nécessité souveraine : La Tunisie doit promulguer une législation préventive et dissuasive pour garantir le droit fondamental de l’enfant à un développement sain.


