La Fédération internationale de football (Fifa) a déclaré mercredi qu’elle ⁠avait présenté des excuses à ses pays membres pour les erreurs ​commises concernant son projet, désormais abandonné, de vendre une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde, comme voulu par son ​président Gianni Infantino.

Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion ‌de crise organisée dans la journée par Gianni Infantino au Maroc, la Fifa a également indiqué que les hauts ‌responsables de l’instance ont réaffirmé leur plein soutien à Infantino, tout en ‌admettant que la gestion du projet commercial lié à la Coupe du monde aurait dû être différente.

Elle a fait savoir qu’une lettre a été envoyée aux membres du conseil de direction de la Fifa ainsi qu’aux ⁠211 associations membres pour demander pardon pour les erreurs commises et promettre un examen de la situation.

Citant l’abandon du projet de vente d’une partie des droits commerciaux du Mondial, la Fifa a déclaré qu’elle ne “tolérera plus aucune attaque sur son intégrité, sa bonne gouvernance et la régularité de ses procédures”. Toutes les mesures ​nécessaires seront prises pour protéger sa réputation, a-t-elle ajouté.

En admettant des erreurs et en présentant ses excuses, la Fifa tente de tourner la page de ce qui constitue la plus importante crise à ⁠laquelle fait face Gianni Infantino depuis qu’il est arrivé à la présidence de l’instance en 2016.

Gianni Infantino est sous le feu des critiques en raison de sa proposition de créer une nouvelle entité chargée d’organiser les compétitions ⁠de la Fifa – dont la Coupe du monde – et d’en céder environ 20% pour lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars. Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump, figurait parmi les investisseurs privés liés à ce projet.

L’annonce de l’abandon du projet, vendredi, n’a pas calmé ses détracteurs, notamment l’instance dirigeante du football européen, l’UEFA, qui a accusé la Fifa de vendre “l’âme” du football et déclaré ne plus avoir confiance en Gianni Infantino.

La controverse intervient à un moment délicat pour le dirigeant, âgé de 56 ans, qui a annoncé en avril dernier son intention de briguer un quatrième mandat à la tête de la Fifa et dont la réélection en mars 2027, lors d’un congrès qui se tiendra au Maroc, semblait ​acquise il y a encore deux mois.

Organisée au siège africain de la Fifa, dans la ville marocaine de Salé, la réunion de mercredi devait servir à Gianni Infantino de s’assurer de rester en poste au moins jusqu’au scrutin.

À court terme, sa principale préoccupation est en effet d’éviter la convocation d’un ‌Congrès extraordinaire, lequel serait déclenché si au moins 43 associations membres de la Fifa en faisaient officiellement la demande par écrit.

Selon un article publié lundi dans The Times, l’UEFA, la Concacaf – qui administre le football en Amérique du Nord, en Amérique centrale et dans les Caraïbes – et la Confédération asiatique de football (AFC) sont déterminées ⁠à contraindre Gianni Infantino à quitter ses fonctions en paralysant la Fifa, voire en lançant leurs propres compétitions s’il refuse de partir.

Cinq fédérations européennes ont ‌officiellement retiré leur soutien à Gianni Infantino. En outre, Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a démissionné la semaine dernière en signe de protestation contre le projet.

Pour leur part, les fédérations du Qatar, du Koweït, du Liban et du Sri Lanka ont jusqu’à présent réaffirmé publiquement leur soutien au dirigeant italo-suisse, de même que la fédération du Maroc, co-organisateur de la prochaine édition de la Coupe du monde masculine en 2030.

Plusieurs fédérations africaines influentes ont apporté mardi leur soutien à Gianni Infantino : Egypte, Niger, Mauritanie ou encore République démocratique du Congo.

Comme ses deux prédécesseurs à la présidence de la Fifa, Joao Havelange et Sepp Blatter, Gianni Infantino a construit sa base de pouvoir ‌hors d’Europe, où les fédérations les moins fortunées dépendent des financements de la Fifa pour ⁠assurer leur fonctionnement, nourrissant ça et là des soupçons de clientélisme.

C’est auprès de ces associations que son projet controversé a été défendu, avec la promesse d’un versement compris entre 20 et 40 millions de dollars dès le début de l’année prochaine pour chaque fédération nationale soutenant le dispositif.

Le nombre de fédérations ayant pris publiquement position demeure ‌limité alors que 211 associations nationales voteront lors du Congrès de mars 2027.

Les adversaires de Gianni Infantino devront désormais trouver, avant la date limite du 18 novembre pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle de la Fifa, une personnalité capable de répondre aux attentes des fédérations les plus modestes tout en rassemblant également les associations plus prospères ‌des bastions historiques du ⁠football.

S’ils gardent l’espoir d’évincer Gianni Infantino, c’est aussi parce qu’ils sont persuadés de pouvoir s’appuyer sur les controverses nées de l’organisation de la dernière Coupe du monde en Amérique du Nord et notamment des liens qu’il a entretenus avec le président américain Donald Trump.