
Alors que les liquidités s’accumulent dans les circuits de l’économie informelle, l’État et les personnes à faibles revenus se retrouvent confrontés aux répercussions directes de ce déséquilibre monétaire, à travers une baisse des recettes fiscales, une aggravation de l’inflation et un accès difficile au financement.
Les derniers indicateurs monétaires publiés, le 26 mai 2026, par la Banque centrale de Tunisie (BCT) révèlent la poursuite de la tendance haussière du volume des billets et pièces en circulation, qui a bondi à des niveaux records atteignant 29,678 milliards de dinars, contre 23,960 milliards de dinars durant la même période de l’année précédente. Cette hausse reflète une augmentation considérable d’environ 5,718 milliards de dinars en l’espace d’un an, soit un taux de croissance de près de 23,86 %.
La justice sociale reste tributaire de l’instauration de l’équité fiscale
Analysant ces indicateurs, l’expert économique Maher Belhadj a a affirmé à TAP que la réalisation de la justice sociale reste tributaire de l’instauration de l’équité fiscale.
Pour y parvenir, a expliqué Belhadj, il faudrait mettre en place un mécanisme précis et continu garantissant la traçabilité des fonds pour tous les acteurs économiques sans exception. Cela exige forcément de mettre fin aux transactions en espèces et de déployer un contrôle transparent sur les flux financiers via les canaux bancaires et postaux, a t-il encore expliqué.
Il a estimé que ce phénomène, qui remonte à plusieurs années et est alimenté de l’augmentation continue de la pression fiscale, a creusé les disparités matérielles et sociales entre les acteurs du marché parallèle et de l’économie formelle.
“Cette injustice fiscale pèse lourdement sur les opérateurs économiques structurés, étant donné que le système d’imposition est prélevé directement sur leurs revenus, alors qu’une large part de l’activité parallèle demeure en dehors du circuit de la contribution fiscale”, a-t-il dit en substance.
Se basant sur une étude stratégique qu’il a élaborée récemment sur la crise économique, sociale et financière en Tunisie pour le compte de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), relevant de la présidence de la République, l’expert a rappelé les répercussions négatives de l’inflation de la masse monétaire en circulation hors du secteur bancaire lesquelles risquent de priver le budget de l’État d’une liquidité vitale et alimenter les réseaux de contrebande. Cela ne fait que creuser le déficit commercial et affaiblir le tissu industriel national, dans un contexte marqué par un manque de transparence financière rendant la lutte contre l’évasion fiscale un fait extrêmement difficile.
Proposition de changement de monnaie et de récupération des liquidités
Afin de limiter ce phénomène, Belhaj a appelé à l’adoption d’une mesure décisive consistant à changer la totalité de la masse fiduciaire aussi bien les billets que les pièces, dans le but d’impulser les fraudeurs à réinjecter les fonds dissimulés dans les banques tunisiennes.
Il a expliqué que la réussite de cette mesure reste tributaire de trois conditions déterminantes et indispensables. La première consiste à fixer un calendrier court ne dépassant pas trois mois pour remplacer l’ancienne monnaie par la nouvelle.
Quant à la deuxième, elle impose que les opérations d’échange soient effectuées exclusivement à travers un compte bancaire ou postal pour assurer la traçabilité des fonds.
L’expert économique a indiqué que le coût logistique et financier de la réimpression de la monnaie demeure limité comparativement aux retombées potentielles de cette mesure sur les finances publiques.
En contrepartie, des dépenses liées à l’émission de nouveaux billets, cette initiative pourrait permettre de récupérer une part importante des liquidités circulant hors des circuits bancaires et de les réinjecter dans l’économie formelle, ce qui contribuerait à renforcer la liquidité des banques et à élargir l’assiette fiscale de l’État.
La troisième condition consiste, selon l’expert, à limiter le retrait en cash à 500 dinars par jour, notant que toutes autres opérations passeront par la monnaie scripturale.
Réformes fiscales et foncières pour intégrer l’économie parallèle
Sur le plan fiscal, Belhaj a, également, proposé un ensemble de mécanismes incitatifs et réglementés visant à intégrer les citoyens dans le circuit économique formel.
Ces mesures comportent la déduction des charges d’investissement et des charges de consommation durable directement de l’assiette d’impôt chez les ménages en général, et les salariés en particulier, lors du dépôt de la déclaration fiscale annuelle.
Selon cette proposition, le contribuable recevrait une lettre de chèque de la recette des finances afin de récupérer le trop-perçu de l’exercice comptable écoulé.
En ce qui concerne le secteur foncier, les propositions présentées par l’expert économique prévoient de limiter l’impôt sur les revenus fonciers à 10 %, tout en imposant que le paiement des loyers ne se font qu’à travers un virement bancaire ou postal.
Cette restructuration globale vise à atteindre trois objectifs stratégiques complémentaires. Il s’agit de préserver la qualité et l’intégrité du patrimoine foncier national, de garantir l’équité et la justice fiscale entre les citoyens, et d’assurer l’intégration effective de l’économie parallèle dans le circuit économique légal de l’État.


