La Banque Centrale de Tunisie a émis, en date du 26 mars 2026, une circulaire n° 4 de l’année 2026, imposant aux importateurs de produits classés par ladite circulaire comme « non prioritaires » de financer à 100 % leurs achats à l’étranger, sans recours à des crédits bancaires, ni à des avances, ni à des garanties.

Compte tenu des effets attendus de cette circulaire sur plusieurs secteurs et activités, ainsi que sur la situation économique et sociale en général, l’UTICA, à la lumière des réunions et consultations menées avec les structures sectorielles concernées et relevant de son organisation, tient à souligner les éléments suivants :

  • La Tunisie continue à faire face au défi du déséquilibre de ses équilibres extérieurs, notamment l’aggravation notable du déficit commercial au cours des dernières années, en particulier sous l’effet du secteur de l’énergie qui, à lui seul, représente plus de la moitié du déficit global.
  • La situation préoccupante du marché du travail et la hausse des taux de chômage, notamment parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.
  • L’extension du secteur informel, qui fragilise les équilibres des finances publiques, perturbe les conditions d’une concurrence loyale et limite la capacité de régulation de l’État.

Tout en reconnaissant la nécessité de rationaliser les importations afin de préserver les réserves en devises et de contenir les déséquilibres macroéconomiques, l’UTICA exprime son inquiétude quant aux effets négatifs attendus de cette circulaire sur le tissu économique national, en particulier sur les petites et moyennes entreprises.

Elle souligne que toute mesure restrictive doit impérativement prendre en compte la réalité du fonctionnement des entreprises et met en garde contre les conséquences directes et immédiates d’une application rigide et non ciblée, susceptible d’engendrer des effets inverses, notamment :

  • Une perturbation des mécanismes de financement dans plusieurs secteurs d’activité ;
  • Une expansion du marché parallèle, les contraintes accrues dans le circuit formel rendant les circuits informels plus attractifs ;
  • Des dysfonctionnements dans les chaînes d’approvisionnement ;
  • Une augmentation des coûts de production ;
  • Une pression inflationniste supplémentaire sur les prix à la consommation.

Ces effets pourraient, à leur tour, entraîner :

  • Une baisse des recettes fiscales et douanières de l’État ;
  • Un ralentissement de l’investissement ;
  • Une perte de compétitivité des entreprises ;
  • Une accentuation des tensions sociales, notamment sur le marché de l’emploi.

Face à ces enjeux, l’UTICA préconise l’adoption d’une approche équilibrée, progressive et concertée et considère qu’une révision urgente des modalités d’application de cette circulaire s’impose.

À court terme, il est recommandé de :

  • Réviser la liste des produits soumis à restrictions de manière ciblée ;
  • Simplifier les procédures administratives et renforcer la transparence ;
  • Accélérer les remboursements et les procédures liées à l’AIR ainsi que les trop perçus fiscaux de la TVA et autres.
  • Instaurer des délais standardisés et contraignants pour les opérations bancaires (domiciliation, crédits documentaires, etc.) ;
  • Faciliter les procédures d’exportation et accompagner les entreprises à fort potentiel exportateur.

À moyen et long terme, les priorités devraient porter sur :

  • Le renforcement de la production nationale ;
  • La réévaluation de certains accords commerciaux dont les effets réels sur notre tissu productif restent déséquilibrés.
  • La mise en œuvre d’une stratégie de substitution intelligente aux importations
  • Le renforcement du contrôle des circuits parallèles contournant la réglementation des changes ;
  • Le développement des capacités exportatrices ;
  • L’accélération du financement des projets d’énergies renouvelables, devenue une priorité stratégique.

Dans cette perspective, plusieurs actions concrètes peuvent être engagées :

  • Mettre en place des incitations fiscales en faveur de la production locale ;
  • Améliorer l’accès au financement pour les entreprises productives ;
  • Accélérer la digitalisation des procédures du commerce extérieur ;
  • Intensifier la lutte contre le commerce informel ;
  • Développer les infrastructures logistiques et soutenir les secteurs à fort potentiel d’exportation.

Enfin, l’UTICA réaffirme son engagement à collaborer étroitement avec les autorités publiques et propose l’instauration d’un cadre permanent de concertation avec la Banque Centrale de Tunisie et les Ministères concernés.

Un dialogue structuré et continu permettra de mieux coordonner les politiques économiques et de garantir l’efficacité des mesures mises en œuvre, dans un esprit de partenariat et de responsabilité partagée.