
L’étude met en lumière les impacts directs et indirects de ces programmes sur l’accès des femmes aux services sociaux, aux soins de santé et aux transports. Elle conclut que les mesures prises à l’époque, notamment la suppression des subventions, le gel des recrutements dans le secteur public et la privatisation de certains secteurs, « ont contribué à l’aggravation de la vulnérabilité des femmes ».
Concernant la protection sociale, l’étude indique que la Tunisie a adopté ces dernières années une politique de rationalisation de la compensation afin de réduire les dépenses publiques. Cependant, selon l’étude, cette approche « menace de réduire l’étendue de la protection sociale et laisse de larges franges de la population, en particulier les femmes, vulnérables ».
L’étude appuie ses conclusions sur des données de l’Institut national de la statistique (INS), soulignant que le taux de chômage des femmes atteint environ 22 % en 2024, contre 13,6 % pour les hommes. Elle note également que le chômage des femmes diplômées de l’université s’élève à 31,2 %, contre 13,8 % pour les hommes. Par ailleurs, elle indique que le pourcentage de femmes bénéficiant d’une protection sociale ne dépasse pas 25,3 %, contre une moyenne mondiale d’environ 44,9 %.
L’étude révèle que le pourcentage de femmes inscrites à la Sécurité sociale dans le secteur agricole n’excède pas 12 % et que leur salaire journalier oscille généralement entre 10 et 15 dinars.
Dans le secteur de la santé, l’étude conclut que les restrictions budgétaires et le gel des recrutements ont nui à la qualité des services publics, imposant ainsi un fardeau supplémentaire aux familles. L’étude souligne que « de nombreuses femmes ont été contraintes de se retirer du marché du travail ou d’accepter des emplois précaires en raison de leurs responsabilités envers les personnes âgées et malades, dans un contexte de dégradation des services de santé publique ».
Elle aborde également l’impact des politiques des institutions financières internationales sur le secteur de l’éducation, affirmant que la réduction des ressources humaines et logistiques a entraîné une détérioration de la qualité des services et alourdit la charge familiale qui pèse sur les femmes en matière de suivi de la scolarité de leurs enfants. L’étude met en garde contre le risque que toute réforme de l’éducation n’intégrant pas la dimension de genre « aggrave les inégalités au lieu de les réduire ».
Concernant les transports, l’étude indique que la privatisation de certains services ou le recours accru aux partenariats public-privé ont eu un impact négatif sur les femmes à faibles revenus, notamment en milieu rural, « accentuant leur isolement et réduisant leur accès au marché du travail, à l’éducation et aux soins de santé ». Elle insiste également sur la nécessité de prioriser le transport des travailleuses agricoles et d’élaborer des cadres législatifs visant à réduire les accidents de la route les impliquant.
Parmi les principales recommandations de cette étude, figurent notamment la nécessité d’évaluations indépendantes et transparentes de l’impact des programmes de prêts et des réformes économiques sur les droits humains. Elle a préconisé d’éviter les réductions budgétaires dans les secteurs sociaux stratégiques tels que la santé, l’éducation et les transports.
Elle a également souligné l’importance d’élaborer des politiques proactives pour intégrer les femmes au marché du travail en leur offrant des emplois décents et des services de soutien comme la garde d’enfants et les transports, et en adoptant des systèmes de protection sociale complets qui ne reposent pas uniquement sur les cotisations.
L’étude a soutenu que la réalisation de la justice sociale et de l’égalité des sexes en Tunisie exige une refonte radicale des choix économiques et l’adoption de politiques inclusives et sensibles au genre, plaçant les droits des femmes au cœur de tout futur programme de réforme économique.


