“La traduction est un acte civilisationnel et une deuxième écriture qui contribue au rapprochement des cultures et à la construction d’espaces de dialogue entre les langues et les expériences humaines” a déclaré le Directeur général de l’Institut de Traduction de Tunis (ITI), Taoufik Grira, à l’ouverture mardi à Tunis, du colloque scientifique sur “La traduction de la religion entre deux langues” organisé à Tunis les 3 et 4 février. Cette manifestation est organisée à l’occasion du 20ème anniversaire de l’ITI sous le signe ” Vingt ans de passerelle entre les cultures ” (2006-2026), en présence d’universitaires, de chercheurs et de traducteurs.

M. Grira a ajouté que la traduction n’est pas un simple transfert mécanique de mots, ni la transcription d’une fidélité absolue de la linguistique.

Il a également évoqué la dimension sociétale des projets de l’ITI, annonçant le lancement d’un magazine pour enfants intitulé ” Oumigaf” publié en en arabe, français et anglais, visant à familiariser les jeunes générations avec la traduction et à consolider dès l’enfance les valeurs du multilinguisme et de l’ouverture culturelle, affirmant que depuis sa création en 2006, l’ITI a fait de l’ouverture sur autrui un choix stratégique voué au service de la langue et de la pensée.

Il passé en revue le cadre historique et juridique régissant la création de l’ITI par le décret n° 401 portant création du ” Centre national de traduction ” sous forme d’Etablissement public à caractère non administratif doté d’une personnalité juridique et d’une autonomie financière, le 3 février 2006, avant d’être réorganisé et renommé en 2016 ” Institut de traduction de Tunis ” et souligné que les administrations successives qui ont dirigé l’ITI se sont efforcées de consolider les valeurs culturelles, nationales et universelles énoncées dans le décret qui créé cette structure, ce qui a permis à l’institut d’obtenir un bilan important, que ce soit en termes de nombre de publications, de prix ou de partenariats et de contrats conclus avec des traducteurs, des relecteurs, des maisons d’édition et des comités de lecture scientifiques.

En effet, l’ITI a contribué, au cours des deux dernières décennies, à la diffusion des œuvres scientifiques et culturelles tunisiennes, arabes et méditerranéennes, ainsi qu’au transfert des connaissances, des sciences, de la littérature et de la philosophie de leurs langues originales vers l’arabe, selon des mécanismes scientifiques précis supervisés par des Comités spécialisés qui travaillent dans un cadre institutionnel participatif fondé sur le Conseil de l’entreprise et le Conseil scientifique.

Expliquant le thème de ce colloque ” Vingt ans de rapprochement des cultures “, Grira a souligné que dans le cadre de la vision de l’ITI, la traduction transcende la dualité classique de la fidélité et de la trahison, et veille à préserver la tension du texte et ses empreintes culturelles, considérant qu’une bonne traduction est celle qui est capable de résister à l’extinction et à la soumission aux goûts éphémères et d’être un nouveau texte porteur des valeurs de la science, de la modernité et de l’humanité.

Côté chiffres, l’ITI a publié 171 ouvrages, totalisant près de 108 000 exemplaires imprimés, dont 16 titres en coédition et 6 titres en version électronique. Depuis sa création, l’ITI a également reçu 11 prix internationaux et 3 prix nationaux récompensant ses traductions et les initiatives scientifiques et culturelles qu’il a menées.

Dans sa vision prospective, le directeur général de l’ITI a annoncé une série de projets, dont le développement de la traduction numérique par le lancement de plateformes électroniques de publication des ouvrages traduits, le renforcement des projets destinés aux enfants et aux familles, ainsi que l’institutionnalisation de la formation sur la base des cadres juridiques existants, outre le renforcement des partenariats internationaux, de l’ouverture à de nouvelles langues et du travail de traduction de productions scientifiques tunisienne en langues étrangères afin de la diffuser à l’échelle mondiale.

Suite à cette présentation, les travaux du colloque scientifique sur “La traduction de la religion” ont démarré et se poursuivront durant sur deux jours avec au programme des communications abordant des sujets tels que les défis de la traduction des textes religieux et de la terminologie des sciences islamiques, l’interprétation des textes sacrés entre fidélité textuelle et sensibilité culturelle, et les problématiques liées à la traduction du Coran dans les langues européennes.

Un atelier de traduction est également prévu depuis et vers l’arabe, dont les traducteurs les plus méritants verront leur œuvre récompensée.