«La question n’est pas qui va me donner l’autorisation de faire ça ? mais plutôt qui pourra m’arrêter ?» Cette formule percutante de la philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe Ayn Rand trouve un écho singulier dans la trajectoire de Lella Belkhiria, présidente de la Chambre des Femmes Cheffes d’Entreprises. Elle incarne le refus des carcans qui étouffent la créativité ou l’ambition féminine au nom de la conformité, et exprime la persévérance ainsi que la détermination de celles qui choisissent de ne pas se soumettre à l’autorité, mais d’agir en véritables moteurs de leur propre destin et de celui des autres.

Dans le paysage économique tunisien, certaines figures incarnent à elles seules la force de transformation et l’esprit visionnaire d’une génération. Leila Belkhiria, présidente de la Chambre Nationale des Femmes Chefs d’Entreprise (CNFCE), fait partie de ces femmes qui ont su transformer un rêve adolescent en un destin collectif.  Son parcours, marqué par l’excellence et l’engagement, illustre la montée en puissance de l’entrepreneuriat féminin en Tunisie et son rayonnement à l’échelle africaine.

Une vocation précoce

Dès l’âge de quatorze ans, Leila Belkhiria nourrit le rêve de devenir chef d’entreprise. Plus qu’une ambition personnelle, c’est une volonté de leadership qui s’affirme très tôt, dans un environnement familial où les inégalités entre hommes et femmes étaient visibles et contestées.

« Je n’ai jamais rêvé d’être présidente d’une chambre de femmes cheffes d’entreprises, mais j’ai toujours rêvé d’être leader », confie-t-elle. Une aspiration qui n’étonne pas lorsque l’on sait que la jeunesse de Leila Belkhiria a été marquée par la contestation des différences de libertés entre filles et garçons, et par une quête incessante de réponses au « pourquoi » des injustices.

« Je n’ai jamais visé un titre, mais la capacité d’agir et de diriger. »

Héritage familial et formation

Son père, journaliste reconnu et dirigeant au journal emblématique de la Tunisie postindépendance lui transmet le goût des mots, de l’actualité et du patriotisme. Dans la maison familiale, les débats intellectuels et les rencontres avec des hommes de lettres et des ministres forgent une culture de l’engagement et du service à la patrie.

Son oncle, Béchir Salem Belkhiria, entrepreneur visionnaire, devient pour elle un modèle. Sa capacité à vulgariser des concepts complexes et à créer de la valeur inspire la jeune Leila, qui comprend que l’innovation et l’excellence sont les clés de la reconnaissance.

Issue d’une famille sahélienne conservatrice mais ouverte à la modernité, elle grandit dans un univers où la culture et la foi cohabitent avec l’ouverture aux modes et aux idées nouvelles.

Très tôt, elle saisit que pour se faire une place dans ce monde masculin, il lui faudra viser l’excellence. C’est ainsi qu’elle poursuit des études à l’Institut Supérieur de Gestion (ISG), suivies d’un troisième cycle en droit du commerce international, spécialité arbitrage. Elle complète son parcours par un MBA, renforçant sa maîtrise des outils de gestion et de la stratégie.

« Il s’agit de proposer, représenter et accompagner les femmes entrepreneures. »

Une carrière entrepreneuriale diversifiée

Dans les années 1990, Leila Belkhiria se lance avec son mari dans les technologies de l’information et de la communication. Elle dirige ensuite une entreprise spécialisée dans les logiciels et solutions intelligentes, avant de se tourner vers l’immobilier et le lotissement, en réponse à la crise économique qui frappe la Tunisie.

Un parcours entrepreneurial qui lui permet d’acquérir une solide expérience dans la gestion, la résilience et la création de valeur, mais son véritable terrain d’action se déplace progressivement vers le syndicalisme patronal et l’encadrement des femmes entrepreneures.

L’école de vie syndicale

Depuis son entrée à la CNFCE en 1995, Leila Belkhiria en fait son école de vie. Elle y apprend l’éthique syndicale : proposer des stratégies au service du secteur privé, voir ses idées reprises par les ministères, et surtout donner une voix aux femmes entrepreneures.

Pour elle, l’engagement syndical n’est pas une posture, mais une mission : défendre l’égalité, promouvoir la création de richesses et accompagner les femmes dans leur autonomisation économique. Un moment décisif survient en 2013, lors d’une formation de l’Organisation Internationale du Travail à Turin. Elle y acquiert une méthodologie rigoureuse pour transformer son intuition entrepreneuriale en stratégies performantes.

Ce déclic lui permet de passer d’une carrière « micro », centrée sur la gestion d’entreprise, à une carrière « macro », nationale et internationale, où elle devient une figure incontournable du patronat féminin.

Une expertise affirmée

Aujourd’hui, son expertise se concentre sur l’intégration des femmes dans les postes de décision, la création de richesses à valeur ajoutée et l’autonomisation économique.

Elle défend l’idée que l’entrepreneuriat féminin n’est pas seulement une activité économique, mais une puissance sociale et culturelle, capable de redessiner le rôle des femmes dans la société et dans l’économie mondiale.

À travers la CNFCE, elle œuvre pour que les femmes chefs d’entreprise soient reconnues comme des actrices incontournables du développement économique.

Une vision pour la Tunisie et l’Afrique

À la tête de la CNFCE, Leila Belkhiria porte une ambition claire : faire de la Tunisie une plateforme d’excellence pour l’entrepreneuriat féminin en Afrique. Elle rêve d’un laboratoire où se développent les meilleures techniques d’autonomisation, de création de richesses et de communication, afin de positionner la Tunisie comme un hub reliant les femmes entrepreneures du continent africain à l’Europe et au Moyen-Orient.

Pour elle, la Tunisie peut devenir un centre d’excellence, un lieu où s’inventent les stratégies de demain et où les femmes trouvent les outils pour transformer leurs rêves en réalités économiques.

Le parcours de Leila Belkhiria est celui d’une femme qui a su transformer une ambition personnelle en une mission collective. De son enfance marquée par le journalisme et l’entrepreneuriat, à son engagement syndical et sa vision internationale, elle incarne une nouvelle génération de dirigeantes tunisiennes : audacieuses, visionnaires et profondément engagées. À travers la CNFCE, elle porte haut la voix des femmes chefs d’entreprise et trace un chemin où l’excellence devient non pas une exigence individuelle, mais une promesse pour toutes les femmes d’Afrique.

Amel Belhadj Ali

EN BREF
  • Ambition entrepreneuriale affirmée dès l’adolescence.
  • Formation en gestion, droit du commerce international et MBA.
  • Parcours dans les TIC, les logiciels et l’immobilier.
  • Engagement syndical continu au sein de la CNFCE depuis 1995.
  • Vision d’une Tunisie plateforme d’excellence pour l’entrepreneuriat féminin africain.