Après vingt ans de création dans l’intimité de son atelier à Hammamet, Baker Ben Fredj rompt le silence. Son exposition personnelle “Le Reste”, qui se tiendra du 24 janvier au 24 février 2026 à la galerie Archivart, dévoile cette part irréductible de cette “réserve”, devenue composante essentielle de son imaginaire artistique.

“Le Reste” est aussi ce dont nous héritons : une mémoire enfouie où symboles, empreintes et traces affleurent comme des racines indestructibles, à partir desquelles se construit un monde, le sien. C’est la force d’un potentiel encore intact, qui fait de chaque œuvre un acte de résistance face au temps.

Artiste peintre et graveur, Baker Ben Fredj a très tôt choisi la contrainte de vivre exclusivement pour et par son art. Au cœur de son processus, la gravure demeure la matrice originelle. Bien que le collage et la peinture tentent parfois de l’escamoter, elle subsiste, affirmant son rôle de mémoire première. Tel un paléontologue, l’artiste exhume du fond de la matière des traces où le minéral, le végétal et l’humain se confondent dans une danse à la fois primitive et contemporaine.

L’exposition “Le Reste” se présente comme une synthèse de longues années de recherche et de travail. Elle invite à observer un mécanisme poétique : celui de faire éclore la vie là où elle n’est pas encore imaginée. Entre motifs naturels et compositions dynamiques, Baker Ben Fredj propose une réflexion profonde sur l’origine même de la création. Dans chaque gravure, dans chaque toile, il exhume ce qui demeure, ce qui résiste au temps, à l’oubli, à l’effacement.

Chez Baker Ben Fradj, “l’œuvre naît de ce qui demeure après le passage du geste, du temps et de la matière. Le Reste n’est ni un résidu ni un manque, mais ce qui persiste : trace, empreinte, fragment chargé de mémoire. La gravure devient alors un espace où l’image ne se fixe jamais définitivement, mais se recompose à partir de ce qui a été usé, répété, déplacé. Ce qui apparaît n’est pas l’aboutissement d’un processus, mais l’état provisoire d’une transformation continue. La pratique de Ben Fradj repose sur une logique du faire et refaire, non comme reproduction fidèle, mais comme acte de déplacement” (Extrait du texte de l’artiste plasticienne Sofia Guerfal Bouteraa).