
Selon l’édito du numéro, la Tunisie dispose de professionnels de santé reconnus pour leur formation et leur expertise. Toutefois, les difficultés économiques, sociales et organisationnelles fragilisent le système, en particulier l’hôpital public, présenté comme un pilier essentiel pour la santé des citoyens et un levier potentiel de développement national. Le rapport de l’ITES cité dans le numéro recommande notamment de porter progressivement le budget de la santé à 8,5 % du budget de l’État d’ici 2030, de renforcer l’accréditation des structures sanitaires et de finaliser les textes relatifs à la responsabilité médicale et aux droits des patients.
Retenir les compétences médicales
La migration des professionnels de santé apparaît comme l’un des principaux risques pour la viabilité du système national. Le numéro souligne que les motivations de départ sont liées aux conditions de travail, aux perspectives de carrière, aux équipements disponibles, à la reconnaissance professionnelle et à l’environnement général.
Parmi les pistes avancées figurent l’amélioration des conditions de travail, la formation continue, des avantages sociaux plus attractifs, la reconnaissance professionnelle, la migration circulaire, le développement de cabinets de groupe et le tutorat. Le document recommande également d’augmenter le budget de la recherche en santé pour atteindre 1,25 % du PIB en 2030.
L’enjeu dépasse la seule gestion des ressources humaines. Il concerne la capacité du pays à garantir l’accès aux soins, à maintenir la qualité des services et à restaurer la confiance entre citoyens, soignants, institutions publiques, CNAM, syndicats et société civile.
Tourisme médical : un secteur à fort potentiel, mais encore à structurer
Le tourisme de santé occupe une place importante dans ce hors-série. Le numéro indique que le revenu du tourisme de santé en Tunisie est estimé à environ 3,5 milliards de dinars par an, avec 2,5 millions de patients étrangers bénéficiant de soins médicaux chaque année, dont 500 000 à 600 000 hospitalisés.
La Tunisie dispose d’atouts identifiés : compétences médicales et paramédicales, proximité géographique avec plusieurs marchés, infrastructures privées, thalassothérapie, soins dentaires, chirurgie esthétique, soins ambulatoires et hospitalisation. Le secteur hospitalier privé compte notamment 120 cliniques, 7 300 lits et 30 000 emplois, avec une forte concentration dans le Grand Tunis.
Mais le potentiel reste conditionné à une meilleure organisation. Le numéro insiste sur l’élaboration de cahiers des charges, l’encadrement des facilitateurs, la régulation des parcours de soins, le suivi des patients, la télémédecine, l’accueil aux frontières et la qualité des structures de convalescence.
Le document relève aussi une confusion autour des chiffres du secteur et une gouvernance éclatée entre plusieurs ministères. Cette complexité alimente l’appel à une structure publique dédiée au tourisme de santé, capable de coordonner la promotion, les données, les standards et les actions de développement.
Industrie pharmaceutique : un secteur stratégique en quête de consolidation
Le hors-série consacre également une place importante à l’industrie pharmaceutique. Le secteur est présenté comme stratégique, mais confronté à des contraintes réglementaires, financières et industrielles. L’Agence nationale des médicaments, instituée en 2023, a pour objectif de coordonner les acteurs du médicament et de simplifier les démarches administratives pour les investisseurs.
Le marché pharmaceutique tunisien est décrit comme dynamique, mais encore dépendant d’apports étrangers. Le numéro mentionne plus de 70 entreprises actives dans la chaîne de valeur pharmaceutique, un chiffre d’affaires sectoriel de 3,196 milliards de dinars en 2022, ainsi qu’une progression de 8,3 % par rapport à 2021. Il souligne cependant les difficultés liées aux pénuries, à la dette envers les fabricants, aux délais d’autorisation de mise sur le marché et à la fragmentation de la régulation.
La consolidation du secteur passe donc par une régulation plus lisible, des délais plus maîtrisés, une meilleure transparence tarifaire et une capacité de production locale renforcée.
Une même équation : gouvernance, financement et confiance
À travers les différents dossiers, le hors-série fait apparaître une même ligne de fond : la santé tunisienne dispose d’atouts réels, mais leur valorisation dépend d’une gouvernance plus cohérente, d’un financement mieux ciblé et d’une capacité à retenir les compétences.
L’hôpital public, le secteur privé, le tourisme médical, la prise en charge des seniors, la télémédecine et l’industrie pharmaceutique ne peuvent être traités séparément. Ils relèvent d’un même écosystème, où la qualité des soins, la sécurité des patients, l’investissement, la formation et la régulation doivent avancer ensemble.
Le message central du spécial Santé Tunisie est clair : la santé doit être considérée comme un investissement stratégique pour le développement socio-économique du pays, et non comme un simple poste de dépenses.


