Nous pouvons apprécier certains journalistes, chroniqueurs, détester d’autres, les abhorrer même parce que personne n’est parfait et parce que dans les médias, beaucoup ne sont pas aussi respectables que cela. Mais devons-nous considérer les médias comme des ennemis potentiels, à abattre au besoin, s’ils ne portent pas notre voix et ne louent pas nos actes ?

Parce que dans les médias, il y a les engagés, les patriotes, les sincères, les authentiques, il y a aussi les malfrats, les mercenaires et les vendus. Est-ce à dire que l’on doit menacer la raison d’être même d’un journaliste ? La libre parole ? Le droit à l’information ? Le droit à la critique ? Le droit d’interpeller les décideurs sur des questions déterminantes pour le pays ? Celui d’informer leurs concitoyens sur ce qui se passe sur les scènes publiques nationale et internationale et sur les possibles répercussions de certains faits sur leurs vies?

Il y a une valeur sacrosainte dans toute démocratie : celle de la liberté de presse qui ne doit pas être brimée par des lois injustes. Antonio Gutierrez, SG des Nations-Unies a affirmé et réaffirmé à maintes reprises que : « Sans liberté de la presse, il n’y a pas de véritables sociétés démocratiques. Sans liberté de la presse, il n’y a pas de liberté ».

Pouvons-nous aujourd’hui, en Tunisie, parler d’une liberté de presse gage de pluralisme offrant aux citoyens une information crédible et équilibrée sur ce qui se passe dans leur pays et assurant son rôle de contre-pouvoir?

“Il y a une valeur sacrosainte dans toute démocratie : celle de la liberté de presse qui ne doit pas être brimée par des lois injustes.” – Antonio Gutierrez, SG des Nations-Unies

Peu de professionnels des médias vous diront que le climat médiatique est sain, rassurant, sécurisant et que les journalistes peuvent exercer leur métier en toute quiétude sans aucune crainte de possibles représailles.

Les journalistes les plus honnêtes, ceux qui n’ont pas d’agendas, d’appartenances partisanes ou d’intérêts personnels ne savent plus sur quel pied danser ! Plus que récolter l’information et s’assurer de sa véracité avant de la transmettre, doivent-ils continuer à questionner, critiquer, si besoin est, et même provoquer les décideurs politiques ou socioéconomique ou se complaire dans la posture du perroquet reprenant les propos des uns et des autres relatant leurs faits et gestes en veillant à ne pas les vexer ou susciter leur gourou ?

Dans le contexte actuel où les médias dans leurs différentes expressions vivent leur plus triste ère, celle de l’article 24 du décret loi 54, épée de Damoclès qui donne aux juges un pouvoir discrétionnaire absolu les autorisant à interpréter comme ils veulent propos, écrits, analyses, reportages, enquêtes ou chroniques venant de journalistes qui risquent à tout moment des peines allant de simples amendes à celles d’emprisonnement, pouvons-nous parler de valeurs démocratiques ?

“Les réseaux sociaux, 5ème pouvoir” supplantant le 4ème pouvoir en Tunisie ?

Dans les pays libres et démocrates, les défaites des acteurs politiques peuvent être expliquées par des erreurs de communication ou un déficit de couverture médiatique tout comme les victoires peuvent être le fait de bonnes stratégies communicationnelles et en prime médiatiques.

En Tunisie, les médias, les vrais prennent, tous les jours que Dieu fait, des risques en s’exprimant librement alors que les absurdités qui couvrent les réseaux sociaux venant de peshmergas au service de partis, personnalités ou groupements économiques sont ignorées.

Il semble bien que les réseaux sociaux sont devenus le “5ème pouvoir” écouté et suivi (sic) et que leur exercice de la liberté d’expression, même quand il est diffamant, menaçant ou calomnieux ne les soumets pas aux mesures coercitives dont sont victimes les journalistes.

“Peu de professionnels des médias vous diront que le climat médiatique est sain, rassurant, sécurisant et que les journalistes peuvent exercer leur métier en toute quiétude sans aucune crainte de possibles représailles.”

L’article 10 alinéa 1er de la Convention européenne des droits de l’Homme stipule que «toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière”.

Ce qui n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations comme c’est le cas en Tunisie.

L’article 10 de la Convention EDH dispose dans son alinéa 1er que « toute personne a droit à la liberté d’expression »en précisant que « l’exercice de ces libertés comporte des devoirs et des responsabilités soumises à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions s’agissant de la sécurité nationale, de l’intégrité territoriale, de la sûreté publique, de la défense de l’ordre, de la prévention du crime,  de la protection de la santé ou de la morale, de la protection de la réputation ou des droits d’autrui…

Ces dispositions confirment l’idée que la liberté d’expression ne peut être illimitée et qu’elle doit être exercée dans le respect des droits des autres et aussi de leurs libertés. Mais la critique constructive d’une institution, un ministère, un ministre, une décision présidentielle considérant que les mesures prises, les stratégies mises en place, les lois promulguées ne sont pas les meilleures pour le pays, dénoncer des orientations qui ont dévié, devrait-elle menacer l’intégrité physique ou morale du journaliste ?

“L’information politique doit-elle disparaître du paysage médiatique tunisien, elle qui est placée au cœur de l’œuvre démocratique ?”

Cette question, posée très souvent ces temps-ci, exprime la peur de nombreux journalistes tunisiens qui réalisent de plus en plus que “cela n’arrive pas qu’aux autres” et qu’à chaque fois que l’un des leurs est victime d’une procédure judiciaire ou d’un procès, ils sont eux aussi et au même degré menacés des mêmes représailles !

Certains sont presque tentés de consulter un avocat à chaque fois qu’ils veulent s’exprimer sur un sujet ou pondre un papier (resic) ! Pendant ce temps, chaque jour que Dieu fait, les briques de la peur élèvent les murs du silence et de la frustration ! Il y a aussi les désespérés et les déçus, ceux qui ont aveuglément soutenu la chute du régime Ben Ali, pensant gagner la liberté d’expression, et qui se retrouvent avec une liberté d’expression tronquée alors que la Tunisie lui a énormément sacrifiée et en prime la prospérité socioéconomique.

Le risque de mesures coercitives touchant tous propos que l’État et ses représentants trouvent inacceptables pour eux nous mène à la question : Les Médias doivent-ils être un contre-pouvoir ou être au service du pouvoir ? Les médias doivent-ils être au service de l’État, du peuple et de la nation ou être au service des personnes ?

“Tout État qui se prétend démocrate doit protéger la liberté d’expression et d’information et aussi son pluralisme et indépendance.”

L’information politique doit-elle disparaître du paysage médiatique tunisien, elle qui est placée au cœur de l’œuvre démocratique ?

Tout État qui se prétend démocrate doit protéger la liberté d’expression et d’information et aussi son pluralisme et indépendance. Prendre le contrôle des médias, exposer les journalistes à des menaces physiques, à des détentions arbitraires, à des campagnes d’intimidation ou de dénigrement via les réseaux sociaux, ne peut en aucun cas protéger l’État.

Au 18ème siècle Thomas Jefferson 3ème président des États-Unis criait déjà que “La presse est le baromètre de la liberté”, Napoléon Bonaparte qu’on disait tyran estimait que “La presse est l’arme absolue des peuples”. Pour le Mahatma Gandhi “La presse est la conscience de la société” et pour Vladimir Ilitch Lénine “La presse est l’arme de la vérité”.

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Amel Belhadj Ali

 

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