« Notre or ne brille pas pour nous », c’est ce que disent les Maliens lorgnant de l’œil vers l’ancien colon français. La France détient le quatrième stock national d’or derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Italie. Cet or vient d’Afrique tout comme l’uranium, le platine, le cobalt, le phosphate et le coltan !

C’est dire !

Que l’Afrique se soulève aujourd’hui contre la France, quoi de plus normal ?

Une France qui est en train de perdre la bataille du Niger, les États-Unis opposant leur veto à une intervention militaire tout comme l’Algérie, le Mali, le Burkina et la Guinée et même le grand allié, le président déchu Mohamed Bazoum refuse de revenir par une intervention militaire française.

Les coups d’Etat au Niger, au Mali, au Burkina Faso et maintenant au Gabon, illustrent le ras le bol des pays africains, prétendument indépendants, mais vivant sous le joug de la France, économiquement, militairement, politiquement et diplomatiquement. Aucun président de l’Afrique subsaharienne ne peut gagner les élections sans l’aval de la France.

En Afrique du Nord, la Tunisie a dû souffrir un interventionnisme éhonté de la part de l’ancien colon sous couvert d’ambitions démocratiques pour l’initiateur des printemps arabes. Si les nombreux ambassadeurs français agissaient dans la discrétion, Olivier Poivre d’Arvor agissait en maître à bord allant même jusqu’à exprimer ses préférences pour ce qui est du choix des chefs de gouvernement et des ministres.

Ce que la France a fait de l’Afrique subsaharienne est amoral. « Dès l’origine, le pillage des matières premières africaines et la commercialisation de produits transformés étaient au cœur du processus colonial, jugeait Jules Ferry, président du Conseil, en 1885 : Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux (…).

La politique coloniale est fille de la politique industrielle. L’Europe peut être considérée comme une maison de commerce qui voit décroître son chiffre d’affaires, car la consommation européenne est saturée »

Les ressources naturelles de l’Afrique ont été à la base de la prospérité économique française après la vague d’indépendance formelle de la fin des années 1950.

Depuis, à chaque fois que les intérêts français étaient menacés, des coups d’État sont fomentés pour placer les alliés et écarter les Africains nationalistes et patriotes. Quoiqu’en en dise, la tradition des coups d’Etat en Afrique a été instaurée par la France même si les appellations changent selon les contextes entre « Rétablir l’ordre républicain et préserver les institutions » quand c’est la France qui mène le jeu et déstabiliser l’Etat et menacer les institutions quand ce n’est pas elle.

Les coups d’État en Afrique sont malheureusement devenus le seul moyen de défendre les intérêts des populations pauvres et désarmées face à des élites et des politiciens corrompus jusqu’à l’os qui ont prêté allégeance à l’ancien colon aux dépens de leurs propres pays.

Le Gabon annoncerait-il d’autres coups d’Etat antifrançais ?

On doit au défunt président gabonais Omar Bongo la formule : « L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur, la France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant ». C’est dire l’importance des ressources naturelles de ce pays pour la France.

De nombreuses entreprises françaises opèrent dans tous les secteurs au Gabon. Les plus importantes sont actives dans le pétrole, en tête, nous trouvons Total.

Le Gabon est le quatrième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, il est membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) depuis 2016. Dans les minéraux, c’est la société Eramet, qui sévit et qui a mis ses activités en arrêt à la suite du coup d’Etat, les télécommunications (France Télécom), le transport aérien (Air France), Air Liquide et d’autres opérant dans le bois précieux, le transport maritime, l’eau potable et d’autres. Plus de 80 filiales des entreprises françaises implantées au Gabon ont réalisé un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros en 2020.

La Famille Bongo est au pouvoir depuis 56 ans, cela n’a pas gêné les grandes démocraties occidentales. En 1973, Omar Bango, pour bien se faire voir par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, principalement à majorité musulmane s’est converti à l’islam et est devenu le Hadj Omar Bongo. Pour gagner l’appui de la France qui peut intervenir à tout moment pour le destituer, Bongo aurait accepté de mettre à disposition une partie des richesses du Gabon et en particulier son pétrole et son uranium, ressources stratégiques. Sur les questions de politique internationale, le Gabon s’est toujours aligné sur Paris.

L’héritage d’Omar Bongo est illustré par 20 mariages déclarés outre les liaisons, 54 enfants dont plus de 20 vivent en permanence en France, 28 résidences luxueuses en France et plus de 70 comptes bancaires, dont la majorité se trouve à Paris. Son fils Ali a été mis au pouvoir pour préserver les intérêts de la France et ceux familiaux.

Les démocraties occidentales, le parlement européen n’ont pas mené une cabale contre la corruption au Gabon, il ne se sont pas indignés de 5 décennies de pouvoir, ou du fait que dans un Etat aussi riche, 33.2% d’une population totale d’un million et demi vivent au-dessous du seuil de la pauvreté, ils n’ont pas été inquiétés par le fait que c’est l’exploitation des richesses illimitées de ce pays par la France qui le prive de la prospérité économique.

Ils s’indignent de l’immigration de populations pauvres et désœuvrées affamées qui menacent la qualité de vie et le bien-être des européens !

Il est peut-être temps pour la France et l’Europe de quitter la posture hautaine s’agissant de l’Afrique, de considérer que dans les pays africains, il y a des élites patriotes qui peuvent diriger leurs pays sans assistance occidentale et sans parodies démocratiques.

Les pays africains ont besoin de développer leurs économies et d’adopter des recettes démocratiques correspondant plus à leurs cultures qu’à celles des anciens colons.

Peut-être que le jour où l’occident comprendra cela, sera moins méprisant envers l’Afrique, les coups d’Etat cesseront !
Amel Belhadj Ali

https://www.cairn.info/revue-outre-terre-2012-3-page-537.htm