L’accord provisoire ou « Staff Level Agreement » relatif au prêt de 1,9 milliard de Dollars signé le 15 octobre 2022 entre la Tunisie et le Fonds Monétaire International (FMI) est devenu caduc de fait. Il est désormais considéré comme étant nul et non avenu.

Pourquoi ?

Il y a deux principales raisons à cela :

1- La Tunisie qui a proposé le programme de réformes qui accompagne ce prêt n’a pas réussi à transformer l’accord provisoire en accord définitif. En effet la Tunisie n’a pas réussi à mobiliser à temps les ressources financières devant compléter le prêt du FMI. En outre le Président de la République a considéré que l’application du programme de réformes, bien que proposé par la Tunisie, pouvait constituer une menace sérieuse pour la paix sociale dans le pays.

2- L’accord provisoire avait été conclu en octobre 2022 compte tenu des données économiques, financières et sociales qui prévalaient en ce moment. Ces données (niveau de la dette publique, déficit commercial, déficit budgétaire, taux d’inflation, réserves de change, etc.) se sont sensiblement détériorées depuis.

Mais tout compte fait la Tunisie ne peut pas se passer du crédit du FMI pour mobiliser les ressources nécessaires au financement du budget de l’État de 2023, et notamment pour faire face au service de la dette extérieure d’une part et à l’approvisionnement du marché en produits de base d’autre part.

Et il semble que l’on s’oriente vers une reprise des négociations avec le FMI. La reprise des négociations veut dire que l’accord provisoire du 15 octobre 2022 est devenu caduc de fait, nul et non avenu.

Reprise des négociations : oui, mais sur quelle base.

La Tunisie a perdu du temps, beaucoup de temps. Il faut rappeler que les discussions techniques et les négociations au sujet du crédit de 1,9 milliard de Dollars avaient démarré en avril 2021 du temps du gouvernement Mechichi, soit plus de deux années déjà. Entretemps les données de la Tunisie se sont sensiblement détériorées. La notation souveraine de la Tunisie a été revue à la baisse plus d’une fois par les agences de notation. De nouveaux défis sont venus s’ajouter.

Il suffit de mentionner à ce propos la baisse sensible des réserves de change du pays qui ont atteint l’équivalent de 91 jours d’importation (avant de remonter à 97 jours suite à l’obtention du dernier crédit de l’AFREXIMBANK de 500 millions de Dollars sur 5 ans assorti d’un taux d’intérêt de 10,28% – en plus du risque de change-). Ce niveau de 91 jours est à comparer à 126 jours à la même date une année auparavant. Mais il faut mentionner aussi la très faible récolte de céréales et par conséquent le besoin d’importer pratiquement 100% de notre consommation : 30 millions de quintaux, soit l’équivalent de 2,5 milliards de Dinars environ.

Mais la question la plus importante reste la suivante : quel nouveau programme de réformes qui « ne touche à la paix sociale », peut proposer la Tunisie au FMI. Quel nouveau programme de réformes pourrait convaincre le FMI et permettrait d’aboutir à un nouvel accord provisoire et à un accord définitif qui permet le déblocage de la première tranche du crédit.

Il est clair que rien n’est gagné d’avance. Il est en outre essentiel de comprendre que si les réformes pourraient avoir un impact négatif sur la paix sociale, qu’en est-il en cas d’absence de réformes. La Tunisie peut-elle préserver sa paix sociale sans les réformes.

Les réformes sont de loin plus importantes et de loin plus indispensables pour la Tunisie que le crédit du FMI. Ces réformes sont nécessaires, inévitables et elles ont beaucoup trop tardé.

Par Ezzeddine Saidane