Augusto Cicaré, l’autodidacte qui fabrique des hélicoptères dans la pampa argentine

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évrier 2015 (Photo : Juan Mabromata)

[27/02/2015 16:51:50] Saladillo (Argentine) (AFP) Augusto Cicaré n’a pas fait de brillantes études d’ingénieur dans une prestigieuse université, mais cet Argentin ingénieux, passionné d’aéronefs, a appris sur le tas et fabrique désormais une vingtaine d’hélicoptères ultra-légers chaque année, dans la pampa argentine.

A 18 ans, il a construit son premier hélicoptère en utilisant pour le fuselage l’armature métallique du lit de jeune fille de sa mère. L’engin décolle à peine et ce n’est que trois ans plus tard que le CICARE CH-1 devient le premier hélicoptère de fabrication latino-américaine, en 1958.

Augusto Cicaré, 77 ans, deux de ses fils, et une trentaine d’ouvriers et ingénieurs, font tourner l’usine de Saladillo, un bourg agricole à 200 km de Buenos Aires, entouré de champs de soja.

Ils exportent vers l’Europe, l’Australie ou le Moyen-Orient.

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ouest de Buenos Aires, sous les commandes du pilote espagnol Arturo Fernandez (Photo : Juan Mabromata)

Il a refusé des ponts d’or pour aller travailler dans les plus grands groupes aéronautiques du monde. Pas question pour lui de quitter Saladillo, petite ville de 20.000 habitants, au milieu des plaines fertiles de la pampa.Il a reçu dans son usine la visite d’experts d’Eurocopter, de l’italien Finmeccanica ou des américains Robinson et Sikorsky, intrigués par le génie de l’Argentin.

Tout a commencé dans le garage familial, où son père et son oncle réparaient les tracteurs des fermiers des environs.

“J’ai exaucé le rêve que j’avais depuis l’âge de quatre ans”, raconte à l’AFP Augusto Cicaré, fils d’immigrés italiens de Mascheratta Dell’epifania, près de Modène.

“A 11 ans, j’ai fabriqué mon premier moteur (diesel) pour faire fonctionner le lave-linge de ma mère”, dit avec un large sourire le vieil homme de petite taille, cheveux blancs et sourcils noirs.

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ouest de Buenos Aires (Photo : Juan Mabromata)

Enfant, il n’aimait pas l’école. Il séchait les cours pour se réfugier dans le garage familial et dévorait la revue Mecanica Popular. A 12 ans, il met un terme à ses études pour se consacrer aux boîtes de vitesse et aux moteurs à quatre temps.

Soixante-cinq ans plus tard, il a écumé les salons internationaux, en Suisse, aux Etats-Unis, en Italie ou au Canada.

– Visite de Fangio –

Dans un vacarme assourdissant, un hélicoptère monoplace se pose près d’un hangar de l’usine. Un Basque espagnol, Arturo Hernandez, 44 ans, a été embauché comme pilote d’essai.

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, une infusion traditionnelle

“Personne ne fabrique ça en Espagne. C’est comme piloter une moto, mais en l’air”, dit l’Espagnol pour décrire les appareils prisés par les chefs d’entreprise désireux d’échapper aux embouteillages, les agriculteurs pour les fumigations, ou la sécurité civile pour les opérations de secours.

Par manque de moyens financiers, regrette Alfonso Cicaré, fils aîné du fondateur, Cicaré Helicopteros ne vend que 18 à 24 appareils par an, alors que les demandes sont bien supérieures. Il est convaincu que son père a été victime d’espionnage industriel en ouvrant les portes de ses hangars aux visiteurs étrangers.

Augusto Cicaré se souvient avec émotion du jour où un illustre visiteur a sonné chez lui. Juan Manuel Fangio, l’ancien champion de Formule 1, était devant la porte, venu lui commander un moteur de quatre cylindres en V. La voiture qu’il devait équiper ne verra jamais le jour mais le moteur trouvera d’autres débouchés.

Outre les hélicoptères vendus de 75.000 à 180.000 euros, l’entreprise argentine conçoit des simulateurs de vol qui rencontrent un grand succès.

Quasi octogénaire, Augusto Cicaré n’envisage pas de prendre sa retraite. Ses fils Arturo et Alfonso sont prêts à assurer la relève, mais le patriarche continue de passer ses journées dans son usine de Saladillo en se projetant vers l’avenir et les futures innovations à apporter à ses hélicoptères.