Varsovie d’avant la Seconde guerre mondiale reconstruite en 3D

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écent de Varsovie (Photo : Janek Skarzynski)

[25/03/2013 07:55:43] VARSOVIE (AFP) Varsovie, ville anéantie pendant la Seconde guerre mondiale, rebâtie par la suite et vivant un nouvel essor depuis la chute du communisme, a retrouvé son ancien charme de “Paris du Nord” grâce à une reconstruction cinématographique sophistiquée, tournée en trois dimensions.

A vol d’aigle perché dans les cieux ou de pigeon survolant la ville à quelques mètres de haut, du point de vue d’un passant ou d’un passager de tramway, le film “Varsovie 1935” invite le spectateur à parcourir les rues, les places et les parcs du centre de la ville, un monde complètement disparu, dont peu se souviennent encore.

“Ce travail est impressionnant. J’ai bien revu un bout de la rue où j’ai passé ma jeunesse”, déclare à la sortie du cinéma Stefan Zoltowski, 84 ans, dont les parents étaient propriétaires d’un immeuble rue Zlota, en plein coeur de la capitale polonaise. La maison a été brûlée par les Allemands après l’Insurrection de Varsovie en 1944.

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Vue du centre de Varsovie, le 22 mars 2013 (Photo : Janek Skarzynski)

Tout autour, la ville a été détruite à près de 80%. Plus de 700.000 Varsoviens, sur 1,3 million en 1939, ont péri pendant la guerre.

Aujourd’hui, à l’endroit de la maison de M. Zoltowski s’élève un centre commercial jouxtant le “Palais de la culture”, énorme bâtisse financée et construite par l’URSS dans le pur style stalinien au lendemain de la guerre. Ce bâtiment de 237 m de haut, l’immense place qui l’entoure et les gratte-ciels qui y ont poussé depuis vingt ans, ont bouleversé la structure ancienne du centre de Varsovie.

Le film, “c’est Varsovie dont on a la nostalgie”, souligne Ryszard Maczewski, président de la fondation Warszawa1939.pl qui cherche à documenter l’architecture ancienne de la capitale.

“Personne ne l’a jamais fait. C’était un défi”, indique à l’AFP le producteur du film Ernest Rogalski.

Il a fallu de longues fouilles sur internet, dans des albums de l’époque et dans les archives nationales pour trouver suffisamment de photos et de plans anciens de la ville.

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Vue de la rue Marszalkowska dans le centre de Varsovie, le 22 mars 2013 (Photo : Janek Skarzynski)

Heureusement, les archives ont dévoilé leurs trésors, comme ces plans de la ville du début du XXe siècle réalisés sous l’oeil du britannique William Heerlein Lindley, “un véritable chef d’oeuvre de cartographie et de géodésie”, souligne Pawel Weszpinski, cartographe des Archives nationales.

Seules trois villes européennes à l’époque –Varsovie, Francfort et Hambourg– disposaient d’une documentation cartographique aussi exacte et complète, dessinée à une échelle aussi précise de 1:200. On y voit même chaque arbre représenté dans les proportions exactes.

Les registres commerciaux ont fourni des informations sur les noms de boutiques et de sociétés occupant les immeubles de la ville, ce qui a permis de reconstituer des panneaux publicitaires.

L’ensemble de données numériques réunies pour les besoins de ce projet de maquette de la ville en 3D se chiffrent à 12 téraoctets.

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Vue du centre de Varsovie, le 22 mars 2013 (Photo : Janek Skarzynski)

“Pour obtenir notre image en trois dimensions, au moment des rendus il a fallu une capacité de calcul énorme. Nous avons profité de serveurs de l’Institut polonais des recherches nucléaires et de ceux d’un centre de données en Chine. En Europe, personne n’a voulu nous aider, de peur de surcharger les serveurs”, indique le réalisateur Tomasz Gomol.

La visite de la ville est rapide, elle ne dure que vingt minutes et laisse sur sa faim le spectateur qui ne peut s’arrêter un instant pour admirer la richesse du détail.

“Cet inconvénient disparaîtra prochainement, quand le film sortira en version DVD et Blue-ray”, assure le réalisateur, en promettant une suite de la balade numérique à travers Varsovie de l’entre-deux-guerres.

Rayée de la carte de l’Europe pendant 123 ans, “la Pologne retrouve l’indépendance en 1918. Varsovie, réduit longtemps au sort d’une ville provinciale de l’Empire russe, redevient alors la capitale d’un pays et connaît un essor fulgurant, dans tous les domaines de la vie”, raconte M. Maczewski.

“Varsovie a alors la grande ambition de vite devenir une ville moderne”, explique-t-il à l’AFP.

Elle se dote d’infrastructures, les voitures et les tramways apparaissent en grand nombre. La vie déborde dans ses rues.

Et “c’est cette vraie vie qui manque au film. Ce n’est, hélas, qu’une reconstitution…”, regrette M. Zoltowski.