Bill Cash le “Dr no” eurosceptique en croisade contre “les dérives de l’UE”

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éputé conservateur britannique Bill Cash, le 16 novembre 2012 à Londres (Photo : Carl Court)

[19/11/2012 08:21:31] LONDRES (AFP) Le député conservateur britannique Bill Cash est un homme en colère: “Plus vite nous sortirons, mieux ce sera”, s’emporte-t-il dans son élan résolument eurosceptique contre “la faillite de l’Union européenne”.

Depuis l’adhésion de son pays à la Communauté économique européenne (CEE), ancêtre de l’UE, il y a 39 ans, le vétéran de 72 ans a été de tous les combats contre “les dérives antidémocratiques” de Bruxelles, de toutes les querelles byzantines des tories, de toutes les rébellions parlementaires.

Les deux tiers des députés de son parti au pouvoir sont considérés comme eurosceptiques à des degrés divers. Il est le plus tonitruant et l’un des plus radicaux. L’UE, prix Nobel 2012 de la paix? “C’est comme donner un Oscar à un navet au box office”, ironise-t-il.

Campé sous la bruine de fin d’automne, au beau milieu de Victoria Tower Gardens, derrière la chambre des Communes, Bill Cash démarre au quart de tour. Visage anguleux, chevelure grise, des yeux perçants, son discours a le mérite de la clarté.

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éputé conservateur britannique Bill Cash, le 16 novembre 2012 à Londres (Photo : Carl Court)

“J’ai voté oui en 1975” au référendum sur la question du maintien de la Grande-Bretagne dans la CEE, posée deux ans seulement après son entrée, dit-il à l’AFP.

“J’ai voté en faveur de l’Acte unique européen”, premier traité à 12 prévoyant des dispositions communautaires, en 1986. Avec un bémol de taille. Cash exigeait déjà des garanties sur le respect de la souveraineté du parlement britannique. “Pourquoi? Parce que je pensais que ça pourrait tourner mal. Et ça a mal tourné”.

“En 1990, j’ai mené la rébellion” (contre le traité de Maastricht, constitutif de l’UE), qui a miné le gouvernement tory de John Major.

“Tout ce que j’ai prédit à l’époque s’est avéré juste. Le chaos, les dysfonctionnements, les émeutes, le chômage”. Le fait est que l’Union européenne ne marche pas. J’aime l’Europe, mais je n’aime vraiment pas le fonctionnement de l’UE”, poursuit-il, échauffé.

Le prochain budget pluriannuel de l’UE est son dernier cheval de bataille. En octobre, il a contribué à l’adoption d’un amendement parlementaire aux allures de désaveu pour le Premier ministre David Cameron, pressé de hausser le ton à Bruxelles. Pour exiger des coupes, et pas seulement un gel.

“La commission européenne, les institutions européennes et le parlement européen ont cette idée extraordinaire, très très bizarre, antidémocratique et absurde, de continuer à accroître les montants”, tonne-t-il.

A ce stade, Bill Cash ignore la pluie fine sur son costume anthracite. “94% des Britanniques veulent un référendum sur l’Europe. Organisons un référendum. Nous sommes à un carrefour (…) Le reste de l’Europe, ou à tout le moins de nombreux Etats membres, veulent évoluer vers une Europe fédérale. Si c’est la direction choisie, la Grande-Bretagne ne suivra pas”.

Et de citer Jules César, franchissant le Rubicon: “Le sort en est jeté”.

Dans l’hypothèse d’une Europe fédérale, “plus vite nous sortirons, et mieux ce sera”.

– D’aucuns estiment que Londres s’en trouverait isolé et plus mal loti?

– “C’est absurde. Ce sont des rigolos (…) Je n’imagine pas BMW ou Audi refusant de vendre leurs merveilleuses voitures à la Grande-Bretagne”, élude-t-il.

“C’est un argument très très stupide, de prétendre que la Grande-Bretagne ne pourrait pas prospérer en marge de l’UE. Bien sûr que c’est possible”.

“Les difficultés viennent de la nature antidémocratique de l’UE, de notre déficit commercial massif et du fait que ça ne marche pas pour nous. Nous allons continuer à commercer. Nous resterons amis. Mais avec un peu plus de distance”, conclut-il d’un sourire crispé. Avant de tourner les talons pour rejoindre à grandes foulées la chambre des Communes afin d’y poursuivre sa croisade.