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Economie et des Finances, Pierre Moscovici, le 17 mai 2012 (Photo : Bertrand Guay)

[21/05/2012 10:11:22] BERLIN (AFP) Le nouveau ministre français des Finances et son homologue allemand se rencontrent pour la première fois lundi à Berlin pour accorder leurs violons avant une réunion européenne dans deux jours, et alors que la possibilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro occupe les esprits.

Pierre Moscovici et Wolfgang Schäuble doivent préparer cette réunion informelle des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, après la réunion du G8 vendredi et samedi aux Etats-Unis où Berlin, et sa position pro-austérité, s’est révélé isolé.

Les dirigeants du G8 ont en effet abouti au constat de la nécessité d’en faire plus pour la croissance en zone euro, position défendue par le président français François Hollande.

M. Moscovici et Schäuble ont prévu une conférence de presse commune vers 14h30 GMT.

Mais dès lundi matin, la presse allemande a estimé que Paris avait clairement choisi “la voie de la confrontation” (Handelsblatt) avec Berlin, puisque M. Hollande a répété lors du G8 qu’il voulait des “euro-obligations”, sujet tabou pour l’Allemagne.

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un forum en Espagne. (Photo : Miguel Riopa)

La première économie européenne, qui continue à croître malgré la crise de la dette en zone euro et les difficultés de ses voisins et partenaires, estime en effet que les taux d’intérêt très bas auxquels elle se finance sont le fruit de sa vertu budgétaire, et ne voit pas pourquoi d’autres pays en profiteraient via des obligations européennes communes.

Des “eurobonds” seraient “un mauvais remède, au mauvais moment, avec de mauvais effets secondaires”, a affirmé lundi le secrétaire d’Etat allemand aux Finances Steffen Kampeter, interrogé par la radio Deutschlandfunk.

L’ambiance entre les ministres risque d’être plombée également par une information de l’hebdomadaire Der Spiegel. Il affirme que M. Hollande a émis de fortes réserves au sujet d’une nomination de M. Schäuble à la tête du groupe des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe).

Au-delà de ces divergences, MM. Schäuble et Moscovici seront confrontés aux signaux d’alarme de plus en plus forts en provenance de Grèce, mais aussi d’Espagne, incapable de rassurer sur son économie et son secteur bancaire.

Paris et Berlin dramatisent de concert l’enjeu des législatives du 17 juin en Grèce, plongée dans une impasse politique depuis le précédent scrutin du 6 mai.

“L’enjeu c’est que les Grecs restent ou ne restent pas dans l’euro”, a déclaré lundi le nouveau chef de la diplomatie française, Laurent Fabius.

M. Schäuble avait souligné dimanche dans un entretien à la presse grecque que les électeurs n’allaient pas “uniquement” voter pour ou contre un parti, mais pour le maintien du pays dans la zone euro.

Paris et Berlin ne font pas preuve de la même unanimité quand il s’agit de l’Espagne, qui a reconnu lundi que la récession dans le pays s’était poursuivie au printemps, ou de ses banques.

Lundi, le ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, a affirmé que Madrid n’avait besoin d'”aucun type d’aide extérieure” pour recapitaliser ses banques, exsangues en raison de l’éclatement d’une bulle immobilière.

Mais le président français, qui recevra mercredi le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, a déjà plaidé pour activer “des mécanismes de solidarité européenne” à destination des banques espagnoles.

Jusqu’ici Berlin s’oppose à ce que les fonds de secours européens, le FESF actuel et son successeur le MES, puissent aider directement des banques.

Malgré tout, la France et l’Allemagne “ne peuvent se permettre de se disputer longtemps”, analyse lundi Holger Schmieding, économiste de la banque Berenberg.

Pour lui, Mme Merkel pourrait faire un geste envers Paris en acceptant l’émission d’obligations communes européennes destinées à financer non des Etats, mais de grands chantiers, ce qu’il appelle “des bébés eurobonds”.

Paris pourrait alors accepter une ratification du pacte de rigueur budgétaire cher aux Allemands, en échange d’un discours plus offensif sur la croissance.

Mais en attendant que les deux capitales accordent leurs violons, et que les urnes grecques livrent leur résultat, l’Europe et ses marchés se trouvent “dans une fenêtre de grande vulnérabilité”, affirme M. Schmieding.