Tunisie-Qatar (1/2) : Le parti pris flagrant pour Ennahdha?

 

mouzit-9atar.jpgBras américain dans la région arabe, l’émirat du Qatar apporte de l’eau au moulin de tous les régimes panislamistes. Le parti pris d’Al Jazeera en faveur d’Ennahdha, perceptible au cours de l’élection des membres de la Constituante, participe à le prouver.

Le Qatar figure parmi les plus grands partenaires militaires des Etats-Unis d’Amérique dans la région arabe. Voici ce qu’écrit l’ONG «Al Karama», une fondation de droit suisse qui milite dans le champ des droits de l’Homme, dans un rapport remis précisément au Conseil des Droits de l’Homme dans le cadre de l’examen périodique universel du Qatar, en février 2010: «En décembre 2002, peu avant l’invasion de l’Irak par les forces multinationales, un tiers des effectifs du CentCom (détachement du Centre de commandement militaire américain de Tampa) a été stationné sur la base militaire d’As-Sayliyah. Le 11 décembre 2002, un accord de coopération militaire relatif à l’utilisation de la base aérienne d’Al-Udeïd a été signé par les deux pays (USA et Qatar). Ces deux bases avaient été construites par les Américains dont la présence militaire au Qatar dans la guerre contre l’Irak a été déterminante. Chaque année a lieu l’exercice militaire interarmées Eagle Resolve piloté par les Etats-Unis» (Lire).

«Cette base a été rénovée et sa capacité augmentée afin de pouvoir accueillir 120 avions et 10.000 troupes et 50 avions de guerre. Pour la construction de cette base aérienne du Qatar, un budget de 1 milliard de dollars a été dépensé. La piste de cette base aérienne a été considérée comme le plus long dans le Golfe» (Lire).

400 millions de dollars en Libye

Bien plus, le rôle joué par cette base dans la guerre de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) contre la Libye, où un régime panislamiste est bien parti pour s’installer après des élections, est indéniable. Le Qatar a joué, cela dit, un rôle de premier plan dans cette guerre en engageant, selon des sources concordantes, quelque 400 millions de dollars (environ 610 millions de dinars tunisiens) (voir : «Le jeu trouble du Qatar en Libye»).

Le Qatar jouerait, à ce propos, un rôle bien trouble, en essayant notamment de diriger le monde arabe dans la direction souhaitée par les Etats-Unis d’Amérique. Ceux qui soutiennent cette thèse avancent deux arguments: 1/ la tentative du Qatar d’imposer, en mai 2011, son candidat, l’ancien secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG) Abderahmane Ben Hamad Al-Atia, en remplacement de Amr Moussa, à la tête de la Ligue des Etats arabes, et 2/ l’implication du Qatar dans le conflit syrien: l’émir du Qatar s’est dit même favorable à l’envoi de troupes arabes en Syrie afin de «mettre fin à la tuerie» dans le pays.

Une déclaration intervenue deux jours après la visite à Washington du numéro deux qatari, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Cheikh Hamad Bin Jassim al-Thani, où il a été largement question du dossier syrien. Ce dernier est du reste président du Comité ministériel de la Ligue arabe sur la Syrie.

Des observateurs ont fait propager, à ce propos, des thèses des plus hasardeuses, selon lesquelles les Américains auraient engagé une lutte contre l’«arc chiite» pro-iranien, dont ferait partie la Syrie et le Hezbollah libanais, par un axe sunnite conduit par les partis panislamistes arabes et des émirats du Golfe, dont le Qatar ferait sans doute partie (voir: «La Syrie et le projet de démembrement du monde arabe», Interview de Gilles Munier dans La Nouvelle République en date du 31 décembre 2011).

60% du temps d’antenne

Inutile de préciser que le courroux des manifestants du samedi 14 janvier 2012 concerne les liens entre l’Etat du Qatar, et compte-rendu de ce qui précède, et d’Ennahdha, matérialisés par le fait que le chef de ce mouvement, Rached Ghannouchi, a réservé sa première visite à l’étranger, après l’élection du 23 octobre 2011, à l’Etat du Qatar et par l’appui apporté au gouvernement, issu d’Ennahdha, par cet émirat du Golfe. Le Qatar avait, cela dit, apporté des soutiens à la Tunisie avant le 14 janvier 2011.

La chaîne Al Jazeera a été soupçonnée de rouler pour Ennahdha. Et de l’avoir largement montré à l’occasion de l’élection des membres de la Constituante du 23 octobre 2011. Un rapport de monitoring de l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante des Elections), note qu’Al Jazeera a consacré près de 60% du temps d’antenne réservés à la couverture de l’élection des membres de la Constituante au mouvement Ennahdha (source : le site de l’ISIE : www.isie.tn).