Les investisseurs étrangers misent sur le potentiel à long-terme du Vietnam

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à Danang, au Vietnam, le 15 février 2011 (Photo : Hoang Dinh Nam)

[24/04/2011 09:02:25] HANOI (AFP) Malgré les difficultés persistantes de l’économie vietnamienne, un investissement record annoncé en avril témoigne de l’appétit de certaines entreprises étrangères pour un pays à la population jeune et aux revenus de plus en plus importants.

Le fonds d’investissement américain Kohlberg Kravis Roberts (KKR) va réaliser l’acquisition la plus importante dans le secteur privé du pays en prenant 10% de participation du producteur de sauce de poissons Masan Consumer, pour la somme de 159 millions de dollars (110 millions d’euros).

“KKR croit beaucoup dans le Vietnam”, a assuré Ming Lu, porte-parole du fonds.

“Dans les dix dernières années, il y a eu des progrès économiques considérables, des réformes structurelles et une amélioration notable du niveau de vie”.

Le pays communiste a connu une croissance moyenne de 7,1% entre 1990 et 2009. Et ses 87 millions d’habitants, dont environ la moitié a moins de 30 ans, sont désormais des consommateurs “féroces”, selon Adam Sitkoff, de la Chambre américaine de commerce de Hanoï.

“Aujourd’hui, en marchant dans la rue, je peux voir un Vietnamien de dix ans avec un iPod et une casquette Gucci”, souligne-t-il, rappelant les décennies de consommation frustrée par des produits de mauvaise qualité, de pâles copies et des prix en décalage avec le pouvoir d’achat.

Désormais, les BlackBerry et les BMW sont désormais presque aussi répandus que les banderoles rouges du Parti communiste au pouvoir.

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ôtelier en construction à Danang, au Vietnam, le 15 février 2011 (Photo : Hoang Dinh Nam)

Mais le pays, célébré prématurément il y a vingt ans comme le nouveau dragon asiatique, a peut-être connu une croissance trop rapide depuis son ouverture à l’économie de marché au début des années 1990.

“Le rythme de l’ouverture aux capitaux mondiaux a dépassé le développement de ses propres institutions et des ressources humaines disponibles pour gérer la macroéconomie”, note Marc Mealy, du US-ASEAN Business Council, qui représente des entreprises américaines établies en Asie du sud-est.

L’inflation a atteint près de 14% sur un an en mars, le déficit commercial est estimé à 12,4 milliards de dollars en 2010 et le dong a été dévalué quatre fois depuis fin 2009.

Autres obstacles au développement : une corruption endémique et une gestion hasardeuse des grands groupes publics toujours prédominants, comme en témoigne la quasi-faillite du constructeur naval Vinashin qui a porté atteinte à la crédibilité financière du pays.

Et malgré les mesures drastiques pour stabiliser l’économie, prises par un gouvernement qui remet désormais en cause le dogme de la croissance, les inquiétudes persistent.

Les investissements étrangers en actions ou en obligations sont “risqués”, souligne Christian de Guzman, analyste chez Moody’s. L’agence de notation, qui avait dégradé la note vietnamienne en décembre, a maintenu sa perspective négative dans son dernier rapport publié mercredi.

Les investissements directs étrangers (IDE) à long terme sont “toujours en bonne santé et continuent à arriver à un rythme soutenu”, poursuit Guzman.

Selon les chiffres officiels, les IDE ont atteint 2,54 milliards de dollars au premier trimestre 2011, en hausse de 1,6% sur un an.

Ces investisseurs “considèrent que les facteurs macro-économiques actuels ne sont que passagers”, estime Dariusz Kowalczyk, économiste au Crédit Agricole CIB. D’autant que la main-d’oeuvre, encore bon marché, continue d’encourager certaines entreprises à relocaliser de Chine au Vietnam.

Et même les plus circonspects seront tentés d’y regarder à deux fois.

Le vote de confiance de KKR “va certainement pousser d’autres investisseurs à examiner la situation une deuxième fois”, pronostique Dan Hallett, de HighView Financial Group (Canada)