Gadget ou mine d’or? Le lecteur de livres électroniques en vue au Cebit

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été berlinoise Wizpac, présenté au CeBIT de Hanovre (Photo : John Macdougall)

[04/03/2009 07:48:12] HANOVRE, Allemagne (AFP) Gadget sans avenir commercial ou nouvel eldorado numérique? Encore balbutiant en Europe, le lecteur de livres électroniques est cette année l’une des grandes attractions du salon des hautes technologies Cebit.

“Le plus beau, le plus compact, le plus rapide…”: Andreas Steinhauser abuse des superlatifs pour vanter son “txtr.” Cet appareil blanc un peu plus petit qu’un cahier d’écolier, aux lignes épurées évoquant le célèbre baladeur numérique iPod, doit être lancé en Allemagne “à l’automne” à un prix “compétitif.”

Cofondateur il y a un an de la société berlinoise Wizpac, M. Steinhauser n’est pas le seul à faire sa publicité dans les allées de la foire de Hanovre (nord de l’Allemagne).

Parmi les concurrents, le “Bebook” (du néerlandais Endless Ideas) ou le “eSlick” (de l’américain Foxit). Et un poids lourd: le japonais Sony, qui attend le 11 mars pour lancer en Allemagne son lecteur PRS-505, au prix de 299 euros et en coopération avec deux libraires.

Tous ont une idée en tête: devancer en Europe le poids lourd Amazon, qui vient de lancer à grand bruit aux Etats-Unis la deuxième version de son lecteur “Kindle” mais boude encore le “vieux” continent.

La librairie en ligne américaine “nous a ouvert la voie”, explique à l’AFP Andreas Steinhauser. Comme le “Kindle”, le “txtr” doit fonctionner via un réseau de téléphonie mobile, permettant d’accéder partout à sa bibliothèque virtuelle, pour acheter le dernier polar à la mode ou télécharger son magazine préféré.

Le tout sans s’encombrer d’un ordinateur et avec un confort de lecture “comparable au papier” même en plein soleil, assure-t-il.

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é de la société américaine Foxit montre le lecteur de livres électroniques eSlick, le 3 mars au CeBIT à Hanovre (Photo : John Macdougall)

Mais pour Ralf Alkenbrecher, fondateur d’une société de conseil spécialisée dans l’édition numérique, transposer en Europe le modèle américain n’ira pas sans mal.

De l’autre côté de l’Atlantique le livre est dominé “par quelques +majors+, ce qui signifie moins d’interlocuteurs, plus de moyens financiers pour numériser les livres et plus de volume”, explique l’expert à l’AFP. Le marché européen, lui, reste très fragmenté et fait la part belle aux petites maisons.

Par ailleurs, en Europe, pas de réseau de téléphonie mobile unifié, mais des frais pour passer d’un pays à l’autre.

Dans ce contexte, le foisonnement d’appareils est “une malédiction autant qu’une bénédiction” car il “perturbe les consommateurs”, juge Ralf Alkenbrecher.

Andreas Steinhauser assure pourtant que lorsqu’il propose son “txtr” à des maisons d’édition allemandes, il “enfonce des portes ouvertes.”

“Amazon fait peur aux éditeurs” qui craignent de perdre le contrôle de leur catalogue ou de subir les prix. “Avec une jeune société comme nous, allemande de surcroît, le courant passe mieux”, déclare-t-il.

Pour Ralf Alkenbrecher, même si l’évolution vers le livre virtuel est “inévitable”, elle se fera “en complément” du papier.

L’expert estime à “moins de 10%” dans dix ans la part de marché des ouvrages numériques en Allemagne, surtout des publications scientifiques et des guides pratiques.

Andreas Steinhauser de son côté parie sur la presse: “Personne ne veut payer pour lire un journal sur son ordinateur, mais pour un abonnement personnalisé via un lecteur électronique, c’est envisageable.”

Il évoque aussi une renaissance du roman feuilleton, “dont on lirait chaque jour le dernier épisode sur son lecteur électronique, dans le métro ou sur la plage.”

En passant au numérique, les éditeurs ne risquent-ils pas de connaître le sort peu enviable des maisons de disque? Le piratage “est inévitable”, reconnaît avec fatalisme Ralf Alkenbrecher.

“Mais en refusant de vendre des livres en format électronique, on ne fait que pousser les consommateurs dans l’illégalité”, assure-t-il.