L’Europe en ordre de bataille pour peser sur les Etats-Unis

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çois Fillon, Angela Merkel Nicolas Sarkozy, le 16 octobre 2008 à Bruxelles (Photo : Dominique Faget)

[18/10/2008 06:35:53] BRUXELLES (AFP) Forts de leur unité retrouvée sur la crise des marchés, les Européens comptent à présent imposer une rénovation profonde du système financier mondial et espèrent obtenir samedi à Camp David l’aval du président américain George Bush.

La semaine a été marquée par une intense mobilisation: sommet des 15 pays de la zone euro dimanche à Paris pour adopter un plan d’action pour le secteur bancaire, puis accord de l’ensemble des pays de l’UE pour l’endosser à 27, lors d’un sommet des dirigeants européens mercredi et jeudi à Bruxelles.

L’Europe a montré l’exemple en annonçant ses mesures coordonnées de nationalisation des banques.

Son plan d’action, qui prévoit l’entrée possible des Etats dans le capital des banques en difficulté, et la garantie apportée par les gouvernements aux prêts interbancaires, se chiffre au total déjà à près de 2.000 milliards d’euros.

Washington a suivi, en annonçant mardi sa décision de devenir actionnaire de neuf des plus grandes banques américaines, une mesure inédite depuis les années 30.

La prochaine étape aura lieu samedi, avec la rencontre entre le président américain George W. Bush, le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy, qui préside l’UE, et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso à la résidence présidentielle de Camp David. Les trois hommes vont s’entretenir de la crise financière.

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à Bruxelles (Photo : Dominique Faget)

Les Européens entendent maintenant faire pression sur les Etats-Unis pour qu’ils acceptent une grande réunion sur la refondation du capitalisme financier, d’ici la fin de l’année, de préférence en novembre. Un nouveau “Breton Woods”, du nom des accords signés en 1944 qui avaient façonné le système financier après la Deuxième Guerre Mondiale. “L’Europe veut le sommet avant la fin de l’année, l’Europe le demande et l’Europe l’obtiendra”, a martelé M. Sarkozy jeudi. Washington a donné jusqu’ici son accord de principe sur un sommet, mais pas sur la date ni sur l’ordre du jour.

Les dirigeants européens plaident avec force pour un plus grand contrôle. Ils reprochent aux Etats-Unis d’avoir trop longtemps refusé d’intervenir au nom du libéralisme économique, ce qui a permis aux investisseurs de réaliser des opérations toujours plus risquées et opaques.

“L’Europe se battra pour que ce sommet se traduise par des décisions concrètes et pas simplement par des principes”, a souligné M. Sarkozy. Ce sommet des grandes économies du G8 (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, Canada, Italie et Russie) sera probablement élargi aux économies émergentes. Il se tiendra “de préférence à New York, là où tout a commencé”, a dit M. Sarkozy à Bruxelles.

Il s’agirait de s’attaquer en particulier à la surveillance des agences de notation, accusées de ne pas avoir fait leur travail pendant la crise financière, et aux fonds spéculatifs (hedge funds). “Ils ne sont pratiquement pas régulés, ils fonctionnent à la marge (…) et nous devons être très attentifs à ce qu’il n’y ait pas d’effet de contamination”, a mis en garde vendredi la ministre française de l’Economie Christine Lagarde.

Surtout, les Européens voudraient surmonter les réticences américaines pour aller vers une forme d’instance de supervision mondiale des marchés, alors que le contrôle reste encore aujourd’hui du ressort national. Ils appellent à une réforme en ce sens du Fonds monétaire international (FMI).

“Le FMI doit être reconstruit afin de l’adapter au monde moderne”, a estimé le Premier ministre britannique Gordon Brown, au premier plan de la croisade européenne.

Pour améliorer la surveillance bancaire mondiale, Gordon Brown a également proposé dans l’immédiat de former 30 collèges mondiaux de supervision pour contrôler “les plus grands établissements financiers transnationaux” de la planète.