Economie mondiale : péril en la demeure


Par Amel Belhadj Ali


«Cela faisait des
années que nous n’avions pas connu de tels bouleversements en aussi peu de
temps», a déclaré Michala Marcussen, de la Société générale Asset Management
à notre confrère ‘‘Capital.fr’’ parlant du chaos dans lequel est plongé le
monde suite à la crise des subprimes, qui a secoué les systèmes bancaires
des pays développés aggravée par la brutale flambée du pétrole et des
matières premières. Conséquence, la chute libre du dollar, l’effondrement de
certains marchés immobiliers, la dégringolade des Bourses, la faillite
d’institutions financières renommées, la dernière en date, celle de
l’illustre institution financière Lehman Brothers née en 1850. L’écroulement
de la Banque, classée 4ème aux Etats-Unis et comptant 27.000
salariés, a ébranlé le système financier mondial.


Les dernières baisses
des prix du fuel n’ont rien changé à la situation morose de l’économie
mondiale. Le mal est déjà fait.

Le FMI qui prévoyait
pour les Etats-Unis une croissance du PIB à 1,3% pour cette année, a revu
ses prévisions à la baisse. En 2009, elle régresserait de 0,8% à 0,7% 

Dans la zone euro, la
situation n’est pas brillante non plus. Le taux de croissance passe de 1,7%
à 1,4% pour 2008 et de 1,2% à 0,9% pour 2009.

Le PIB de la zone euro
s’est contracté de 0,2% au deuxième trimestre par rapport aux trois mois
précédents. C’est la première régression de l’activité économique dans la
zone euro depuis que la compilation de cet indicateur a commencé en 1995, a
précisé l’Office statistique des Communautés européennes (Eurostat) le 14
août en l’annonçant et qui confirme une croissance européenne négative au
second trimestre 2008. Le PIB des 27 membres réunis compte une baisse de
0,1% par rapport au premier trimestre 2008. Sur la précédente période, la
croissance avait  atteint 0,7% sur les deux zones. En glissement annuel,
cela représente une croissance de 1,5% en zone euro et de 1,7% pour l’Europe
des 27 au 2e trimestre. La France a régressé de 0,3% au second trimestre
pour atteindre une croissance de 2% sur un an contre 2,2% au trimestre
précédent. L’Allemagne a reculé de 0,5% au deuxième trimestre et a atteint
seulement 1,7% de croissance annuelle, comme au dernier trimestre 2007. Les
seuls États à connaître une croissance supérieure à 1% sur le trimestre sont
la Slovaquie (+1,9%) et la Lituanie.

La situation dans
laquelle se trouve l’économie mondiale ces derniers mois, parler de
croissance relèverait de l’utopie. Elle devrait même, toujours selon ‘‘Capital.fr’’,
être divisée par deux aux Etats-Unis, en Angleterre et en Espagne, amputée
d’un tiers en France et au Japon. La situation est carrément explosive au
Danemark qui vient officiellement d’entrer en récession. La Chine et l’Inde
n’ont pas été non plus épargnées par ce séisme économique.

Le FMI qui, pas plus
loin que le mois de juillet dernier, affichait un optimisme bon enfant et
prévoyait une croissance mondiale de 4,1% pour 2008, a réduit ses espérances
à 3,9%. Selon le Fonds monétaire international, le
ralentissement de l’économie mondiale devrait s’accentuer au second semestre
de cette année et se poursuivre l’an prochain.
 

Pour l’an prochain, le
FMI prévoit désormais un PIB mondial en hausse de 3,7% contre 3,9%
précédemment. D’après la déclaration d’une source anonyme au sein du G8 à
l’agence Reuters, «les cours des matières premières resteront élevés et
volatils» et «les turbulences continueront pendant l’année 2009 sur les
marchés». Ils sont
loin les temps où le FMI, dans l’actualisation de son étude bisannuelle de
l’économie mondiale, annonçait une projection de croissance mondiale de 5,2%
pour 2007 et 2008.

Aux dernières
nouvelles et suite à la baisse des prix des produits énergétiques, le FMI,
toujours à l’affût des mouvements des marchés et d’indices économiques
positifs, a prévu une croissance de 1,3% en 2008 au lieu de 0,5% estimée en
avril pour les Etats-Unis et une croissance de 0,8% en 2009 au lieu des 0,6%
escomptés.

Comme toujours, les
économies les plus fragiles paient les pots cassés. Ainsi, selon le FMI, les
pays émergents connaîtraient davantage de pertes, avec une baisse de
croissance à 7% en 2008-2009 au lieu de celle des 8% programmée en 2007.

Le ralentissement de
la croissance, l’augmentation des prix du carburant et des marchandises ont
renforcé les pressions inflationnistes, en particulier dans les économies
émergentes et en voie de développement. «L’économie mondiale se trouve dans
une situation difficile par le ralentissement de la demande dans beaucoup de
pays industrialisés et l’augmentation de l’inflation dans le monde, en
particulier dans les économies émergentes et en voie de développement», a
averti le Fonds monétaire international.


L’inflation menace les pays émergents

Le FMI est relayé par
la Banque mondiale, laquelle, dans son dernier rapport “Financement du
développement dans le monde 2008”, prévoit un ralentissement de la
croissance du PIB mondial qui passerait de 3,7% en 2007 à 2,7% en 2008,
tandis que le taux de croissance extraordinaire des pays en développement en
2007 (7,8%) devrait fléchir à 6,5% en 2008.

«Le formidable
essor du monde en développement contribue sans aucun doute à compenser la
décélération brutale en cours aux Etats-Unis… Mais en même temps, la montée
des pressions inflationnistes mondiales -en particulier les prix élevés des
produits

alimentaires
et de l’énergie- pèse très lourdement sur de grands pans de
population parmi les plus pauvres», a déclaré Uri Dadush, directeur du
groupe des perspectives du développement et du département du commerce
international à la

Banque
mondiale.

Dans les pays industrialisés, les tensions de l’inflation
pourraient être contrées par la baisse de la demande des consommateurs, avec
une augmentation des prix des marchandises pour stabiliser le marché, ce qui
ne peut pas être le cas dans les pays en voie de développement où
l’alimentation
représente 30 à 70% du budget des ménages contre 15% dans les pays du Nord
et où l’inflation augmente dangereusement. Elle devrait atteindre près de 6%
en Chine cette année, 11% en Argentine, 16% au Vietnam et même 20% en
Ethiopie.

La crise énergétique
conjuguée à la montée des prix des denrées alimentaires est en train de
mettre en péril les économies déjà fragiles des pays du Sud alors que les
consommateurs dans les pays développés trouvent des difficultés à boucler
leurs fins de mois. «Les prix élevés des produits de base suscitent beaucoup
d’inquiétude. Les cours mondiaux tant de l’énergie que des denrées

alimentaires
ont augmenté de 25% en termes nominaux au deuxième semestre
2007», explique la Banque mondiale, qui met la hausse du coût du

pétrole
sur le compte d’années de sous-investissement
et d’une offre tendue. «Pour les produits alimentaires et les matières
premières agricoles, elle est due surtout à la demande de biocarburants aux
États-Unis et en Europe, au prix élevé des engrais et de l’énergie pour les
agriculteurs, et aux interdictions d’exportation sur les grandes cultures de
base», expliquent les experts de la Banque mondiale qui parlent également
des conséquences néfastes de la

spéculation
sur les produits de base qui gonfle les prix.


L’Afrique rescapée ?…

La
dégradation de l’environnement économique international en 2008 n’aurait pas
eu, à première vue, des conséquences dramatiques sur l’Afrique ou sur la
région de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Selon un rapport de l’ONU publié au début de l’année à Addis-Abeba,
l’Afrique devrait enregistrer une amélioration de son économie dont le taux
de croissance économique passerait de 5,8% en 2007 à 6,2% en 2008.

Le
rapport intitulé “Situation économique mondiale et perspectives 2008” révèle
que l’Afrique a réalisé de grosses performances économiques à partir de
2003, malgré un contexte économique mondial marqué par la morosité. «Les
pays en développement dont ceux du continent africain sont les seuls au
monde à enregistrer une croissance de leurs économies en 2008…», a déclaré
M. Leonce Ndikumana, le chef de la Section analyse microéconomique de la
Commission économique de l’ONU pour l’Afrique (CEA) basée à Addis-Abeba qui
a ajouté : «La forte demande de produits de base, une gestion saine des
agrégats macroéconomiques et l’amélioration de la bonne gouvernance sont,
entre autres, les facteurs pouvant favoriser la croissance économique
africaine en 2008».

Sur un autre
volet et parlant des investissements  ‘‘Les Afriques’’, un journal de la
finance africaine, a dressé au mois de juillet dernier un classement des dix
économies les plus performantes d’Afrique sur la base des rapports de la
Banque mondiale, du Pnud, de la Cnuced, du Wef et des notes de synthèse de
l’agence Standard & Poor’s. Ce nouvel hebdomadaire avait pour objectif de
mettre en valeur aussi bien le dynamisme des pays concernés que leur poids
réel dans l’économie africaine. Le classement a voulu intégrer des critères
plus dynamiques tels que l’appréciation des investisseurs (environnement des
affaires et compétitivité), la notation pays, le flux des IDE, l’indice de
développement humain, entre autres.

L’évaluation notée sur 70 points, place l’Afrique du Sud,
avec 45 points, en tête du classement avec un Pib de 256,4 milliards de
dollars, soit 40% de celui de l’Afrique, une place financière référencée
dans les marchés émergents et un marché de capitaux ouvert qui en font
toujours la véritable locomotive du continent. Même si, dans ce pays, selon
l’auteur de l’étude, le problème des inégalités sociales n’a toujours pas
été résolu. Juste derrière l’Afrique du Sud, la Tunisie, avec son économie
diversifiée confirme un développement économique entamé depuis la deuxième
moitié des années 80, encadré par l’Etat et qui a donné des résultats
performants.

Le «tigre» de l’Océan indien, l’île Maurice, petit pays de
1,2 million d’habitants et un PIB de 6,4 milliards de dollars, affiche en
3ème position dans le classement son nouveau cap.


…Et l’Amérique latine
aussi

Plus
loin derrière l’Atlantique,  une «étude économique de l’Amérique latine et
des Caraïbes 2007-2008, politique macroéconomique et instabilité» publiée
récemment, estime que la croissance pourrait se ralentir en 2009, tournant
autour de 4%, en raison de l’instabilité et incertitude internationales et
aussi à cause de l’inflation.

Toujours selon la même étude, la région Amérique latine et Caraïbes devrait
continuer à bénéficier d’une croissance économique soutenue en 2008, avec
une hausse de 4,7% du PIB, malgré un environnement international dégradé. Il
s’agira de la sixième année consécutive de croissance pour la région. Le PIB
par habitant augmenterait de plus de 3% dans la région et ce pour la
cinquième année consécutive. Cela ne s’est pas produit dans l’histoire
économique de l’Amérique latine et des Caraïbes depuis 40 ans.

Mais loin de ces notes
africaine et latino-américaine optimistes, les Nations unies sont en train
de réviser leurs projections économiques à la baisse. La morosité économique
mondiale devrait, selon les experts onusiens, s’étendre à 2009, où il est
prédit un modeste taux de croissance de 2,1%, selon un rapport de l’ONU
publié récemment.

Les pays en développement
ne vont toutefois pas souffrir autant, leur croissance devant atteindre les
5% cette année et 4,8% l’année prochaine -en deçà malgré tout du solide 7,3%
enregistré en 2007.

Les Etats-Unis ont
tremblé, les économies mondiales risquent de s’effondrer. Pour les experts
de l’ONU, l’aggravation de la crise du crédit dans les principales économies
internationales, provoquée par l’effondrement des prix de l’immobilier aux
États-Unis, alliée à la baisse du cours du dollar et à la hausse des cours
du pétrole et des matières premières «constituent, tous, des risques
considérables pour la croissance économique à la fois dans les pays
développés et en développement».