
1. Un écart épidémiologique chiffré au détriment des femmes
L’analyse minutieuse des données compilées par l’Institut National de la Santé (INS) pour l’année 2022 révèle des disparités de mortalité saisissantes entre les sexes en Tunisie. L’indice des facteurs de mortalité indique que les femmes sont nettement plus vulnérables face aux affections rhumatismales et articulaires, affichant un ratio de surmortalité de 2,00 par rapport aux hommes.
Cette vulnérabilité féminine se confirme également dans la prévalence des décès d’origine neurologique (ratio de 1,27), endocrinienne et métabolique (1,22), ainsi que pour l’ensemble des maladies de l’appareil circulatoire (1,21).
2. Maladies cardiovasculaires et neurodégénératives : Les zones de sur-risque féminin
Dans le détail des pathologies, les résultats de l’étude soulignent une pression prépondérante des maladies chroniques non transmissibles chez la population féminine. Les affections cardiaques associées à l’hypertension artérielle représentent le facteur de risque le plus critique pour les femmes, avec un indice de surmortalité culminant à 2,24. Les accidents vasculaires et maladies cérébrovasculaires suivent cette tendance avec un ratio de 1,23.
Le versant neurodégénératif confirme cette fracture sanitaire. La maladie d’Alzheimer enregistre un indice de mortalité féminine de 1,67, tandis que les démences diverses atteignent 1,50. Ces chiffres traduisent une charge de morbidité disproportionnée portée par les femmes dans les tranches d’âge avancées.
3. Cancer et pathologies respiratoires : L’empreinte de la mortalité masculine
À l’inverse, le profil de mortalité masculine obéit à d’autres déterminants épidémiologiques et comportementaux. Les hommes tunisiens présentent des ratios de mortalité plus élevés pour les tumeurs malignes (indice de 0,78 en faveur des femmes, signifiant une surmortalité masculine), ainsi que pour les causes externes de décès comme les accidents ou traumatismes (0,63).
Les affections respiratoires chroniques — au premier rang desquelles figure le cancer du poumon — affichent l’écart le plus prononcé en faveur des femmes (ratio de 0,21), traduisant l’impact historique du tabagisme et des expositions professionnelles sur la population masculine.
4. Vers une refonte axée sur le genre et la territorialité
En conclusion, la communauté médicale à l’origine de l’étude insiste sur la nécessité de dépasser l’analyse purement biologique pour adopter une vision globale du soin. Réduire cette fracture sanitaire exige d’intégrer impérativement l’approche de genre dans la planification médicale, la prévention et l’organisation de l’offre de soins. Cette réorientation devra tenir compte des spécificités d’âge ainsi que des disparités régionales afin de garantir une équité effective face à la maladie.
EN BREF
- Surmortalité féminine ciblée : Les femmes tunisiennes meurent davantage que les hommes de maladies circulatoires, métaboliques, neurologiques et articulaires (données INS 2022).
- Risque cardiovasculaire majeur : L’hypertension et les maladies cardiaques présentent un indice de surmortalité féminine record de 2,24.
- Maladies neurodégénératives : Alzheimer (1,67) et la démence (1,50) touchent mortellement plus les femmes que les hommes.
- Profil masculin spécifique : Les hommes enregistrent une mortalité supérieure pour les cancers du poumon/pathologies respiratoires (0,21) et les causes externes (0,63).
- Recommandation stratégique : Nécessité d’intégrer une approche de santé axée sur le genre, l’âge et les spécificités régionales dans la prévention en Tunisie.


