La loi sur le capital des entreprises zimbabwéennes, un désastre annoncé

 
 
CPS.HLM22.100308211431.photo00.quicklook.default-245x144.jpg
Le président du Zimbabwe Robert Mugabe, lors d’un meeting à Mahusekwa, au sud-est de Harare, le 5 mars 2008 (Photo : Desmond Kwande)

[10/03/2008 20:17:47] HARARE (AFP) La loi signée par le président zimbabwéen Robert Mugabe pour assurer que la majorité du capital des entreprises privées soit aux mains de ses concitoyens noirs risque d’aggraver la ruine économique du pays, à moins de trois semaines d’élections générales.

Le président Mugabe, qui brigue un sixième mandat à la tête de l’Etat le 29 mars, a paraphé la semaine dernière la “loi d’Indigénisation et d’Emancipation économique des noirs” qui prévoit “qu’au moins 51% des parts de toutes entreprises soient détenues par des Zimbabwéens de souche”.

“Elle va entraîner l’effondrement de l’économie”, a prédit lundi l’économiste indépendant Godfrey Kanyenze, en comparant cette réforme à la politique de redistribution des terres mise en place en 2000, qui avait conduit à l’éviction forcée de plus de 4.000 fermiers blancs.

“Nous devrions avoir tiré les leçons des errements de la réforme agraire quand des gens sans équipements se sont rués pour se saisir des fermes”, a-t-il souligné dans un entretien à l’AFP.

Les terres avaient été redistribuées à des proches du régime et à des petits paysans sans qualification, qui n’ont pas su ou pas pu préserver le niveau de production.

“Le résultat a été un désastre dans le secteur agricole et nous importons désormais du maïs de pays où les anciens agriculteurs ont immigré”, souligne l’économiste.

Pour lui, les détenteurs du pouvoir “répètent sans cesse les mêmes erreurs en espérant des résultats différents. C’est insensé !”

Selon les termes de la nouvelle loi, “aucune restructuration, fusion ou scission ne sera autorisée si des Zimbabwéens de souche ne détiennent pas 51% des parts des entreprises résultant de ces opérations.”

De la même manière, les nouveaux investissements ne seront autorisés que si une majorité de contrôle est réservée aux locaux.

“Ceux qui sont déjà en place se sont peut-être préparés à l’adoption de la loi”, espère Best Doroh, économiste au sein du groupe financier ZB, basé à Harare.

Mais “le climat ne sera pas favorable à des nouveaux investissements. Les choses seront difficiles pendant un moment”, relève-t-il.

Pour le directeur de la Chambre de commerce du Zimbabwe, Cain Mpofu, le calendrier est particulièrement mal choisi.

“L’économie est en chute libre, l’inflation est la plus élevée au monde et les marchés internationaux n’ont jamais eu une aussi mauvaise image des droits de propriétés au Zimbabwe”, avait-il écrit lors des débats à la chambre des députés sur le projet de loi.

“Le risque de voir les capitaux quitter le Zimbabwe n’est pas exagéré. La vrai défi du pays, ce n’est pas l’indigénisation mais le manque de qualification”, avait-il ajouté.

L’économie du Zimbabwe, autrefois grenier à grains de l’Afrique, se désagrège chaque jour un peu plus. L’inflation y dépasse l’entendement, à plus de 100.000%, quatre adultes sur cinq n’ont pas d’emploi formel et les rayons des magasins sont vides.

Le président Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance de l’ancienne Rhodésie britannique en 1980, a présenté la loi comme un outil pour donner une indépendance économique aux Zimbabwéens, objets de discrimination sous le régime colonial.

Dès la présentation du projet, le gouverneur de la Banque centrale, Gideon Gono, a espéré qu’il ne serait pas détourné par un clan proche du pouvoir.

“Nous appelons le gouvernement à s’assurer que la démarche d’émancipation ne soit pas détournée par une poignée d’individus ayant des relations (…) pour amasser une fortune personnelle alors que la majorité resterait sans rien”, a-t-il dit.

 10/03/2008 20:17:47 – © 2008 AFP