Dubaï : grèves en série d’ouvriers étrangers, les autorités sévissent

 
 
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Ouvriers asiatiques sur un chantier à Dubaï (Photo : Karim Sahib)

[29/10/2007 10:59:46] DUBAI (AFP) Les autorités des Emirats arabes unis ont décidé de prendre des sanctions très sévères, dont le bannissement à vie, contre les “meneurs” d’une grève à Dubaï de milliers d’ouvriers étrangers marquée par un vandalisme rarissime dans ce pays, où le droit de grève reste interdit.

Plusieurs centaines de milliers d’ouvriers du bâtiment, originaires principalement d’Inde, du Pakistan et du Bangladesh, travaillent jour et nuit sur les chantiers de construction dans les Emirats, notamment à Dubaï, où s’élève actuellement jour après jour la plus haute tour du monde, Burj Dubai.

Interrogé lundi par l’AFP, un haut responsable du ministère du Travail a souligné que le Premier ministre et vice-président des Emirats, cheikh Mohammad ben Rached Al-Maktoum, également souverain de l’émirat de Dubaï, avait pris récemment “une série de mesures en faveur de la main-d’oeuvre étrangère”.

“Mais ces grévistes ont franchi une ligne rouge, ce que nous ne pouvons pas tolérer”, a ajouté ce responsable, Humaid ben Deemas.

Tout a commencé samedi à l’aube, lorsque plus de 4.000 ouvriers du bâtiment ont bloqué la principale artère menant à la zone de libre-échange de Jebel Ali (sud-ouest de Dubaï), avant de jeter des pierres contre des voitures, dont 18 au moins ont été sérieusement endommagées.

Des milliers d’ouvriers d’autres entreprises se sont ensuite joints aux grévistes.

Alertée, la police a dépêché des forces anti-émeutes qui ont fait usage de canons à eau pour disperser les manifestants, qui s’en sont également pris à des voitures des forces de l’ordre.

Un hélicoptère a survolé la zone pour filmer la scène et identifier les meneurs.

Selon des responsables cités par la presse, les protestataires réclamaient une augmentation de leurs salaires, compris actuellement entre 600 et 1.000 dirhams par mois (entre 146 et 272 dollars), un accroissement du nombre de bus pour se rendre sur leur lieux de travail ainsi que des logements décents.

Dénonçant un “comportement barbare”, le ministère du Travail leur a donné à choisir entre la reprise du travail et l’abrogation de leurs contrats, le bannissement à vie du pays et la privation de leurs indemnités de fin de service.

Mais dimanche, le mouvement de grève s’est étendu à trois autres zones de Dubaï.

Selon la presse, ces nouveaux arrêts de travail ont été observés par 3.100 ouvriers du bâtiment, mais la police a pu maîtriser la situation et renvoyer les grévistes dans leurs logements.

Citant un haut responsable de la police, la presse a affirmé que “plusieurs centaines d’ouvriers d’origine asiatique impliqués dans les actes de vandalisme (avaient) déjà été expulsés ou allaient l’être, après l’abrogation de leurs permis de travail”, et qu’ils ne pourraient plus jamais revenir dans le pays.

Minimisant l’ampleur de ces mouvements de protestation dans les Emirats, M. ben Deemas a affirmé à l’AFP que “les arrêts de travail ne représentent que 0,4% du temps de travail annuel des entreprises”.

“Et puis, ces grèves ne sont pas toutes motivées par des revendications légitimes”, a-t-il ajouté, citant le cas de “300 ouvriers, sur 30.000 ouvriers d’une même entreprise, qui ont fait grève pour demander plus d’heures supplémentaires que celles autorisées par la loi”.

“Nous avons déjà imposé plus de 400 millions de dirhams (environ 109 millions USD) d’amendes à des entreprises qui ont sciemment tardé à conclure des contrats avec leurs ouvriers (…) car nous refusons l’exploitation de la main-d’oeuvre étrangère”, a-t-il affirmé.

Les grèves sont interdites à Dubaï comme dans l’ensemble des Emirats, mais après leur multiplication ces deux dernières années, les autorités ont créé au sein de la police une commission chargée des questions ouvrières et mis à la disposition des ouvriers un numéro de téléphone gratuit pour faire état de leurs plaintes, la plupart ayant trait au non-paiement des salaires.

 29/10/2007 10:59:46 – © 2007 AFP