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Un partisan pro-russe manifeste sur la place Maïdan à Kiev le 4 avril 2006 (Photo : Sergei Supinsky)

[04/04/2007 15:01:19] KIEV (AFP) L’instabilité politique en Ukraine, qui atteint des sommets avec la crise déclenchée par la dissolution du Parlement, risque d’ébranler la confiance des investisseurs étrangers malgré la vigueur de l’économie du pays, estiment analystes et investisseurs.

“Je pense que toute personne sur le point de prendre une décision d’investissement en Ukraine serait sage d’attendre”, a déclaré à l’AFP Roland Nash, analyste en chef de Renaissance Capital à Moscou, qui couvre aussi l’Ukraine.

Dès mercredi, le groupe allemand Bosch annonçait qu’il suspendait toute décision sur une extension de ses activités dans ce pays.

“Il nous faut attendre d’être plus sûrs de la stabilité de la situation politique en Ukraine. Pour le moment nous n’en sommes pas très certains”, a déclaré le directeur général de la compagnie pour la Russie, le Bélarus et l’Ukraine, René Schlegel, cité par Interfax.

Pourtant, dans un pays qui a enregistré une croissance enviable de 7% de son Produit intérieur brut en 2006, Bosch a connu la même année une belle hausse des ses ventes de 17%, à 65 M EUR.

S’il est vrai que “malgré l’instabilité politique, l’économie ukrainienne a affiché des résultats extrêmement bons”, “cette incertitude prend actuellement des allures de situation très dangereuse”, estime M. Nash.

Pour un haut responsable d’une banque ukrainienne au capital étranger ayant requis l’anonymat la situation, “si elle dure trop longtemps, cette crise peut bien sûr faire peur aux investisseurs”. Mais “si elle se calme au bout de plusieurs mois (…) mon sentiment est que cela n’influencera pas les investissements”, dit-il.

Albert Jaeger, responsable pour l’Europe du Fonds monétaire international qui vient d’achever une mission de quelques jours en Ukraine, estime qu'”il est trop tôt” pour juger de possibles conséquences économiques de la crise. Le FMI prévoit une croissance de 5 à 6% en 2007, a précisé M. Jaeger dans une interview au quotidien Kommersant.

“Nous avons pris l’habitude de vivre avec constamment des élections et les entreprises ukrainiennes comprennent la situation” mais “les investisseurs étrangers seront plus prudents dans leurs décisions”, pense pour sa part Vassyl Iourtchychyne, économiste en chef du Centre de recherches économiques et politiques ukrainien.

Pour lui, il n’y aura pas de stabilité politique en Ukraine “pendant encore au moins dix ans” et les investisseurs trop pusillanimes “devraient simplement prendre la décision de ne pas travailler avec ce pays”.

Cela n’a pas empêché l’Ukraine d’attirer l’année dernière des investissements importants dans la banque, l’immobilier, le commerce, souligne-t-il.

Le flux d’investissements directs étrangers (prises de participations, achats d’usines…) a ainsi été de 5,3 milliards de dollars en 2006. Si l’Ukraine est devancée par la Pologne ou la République tchèque dans ce domaine, ce chiffre est néanmoins sur une tendance générale à la hausse ces dernières années, précise l’économiste.

La faible protection juridique du droit à la propriété est un risque systémique beaucoup plus redoutable que l’instabilité politique et il perdure d’un gouvernement à l’autre, avertit M. Iourtchychyne.

Après la dissolution du Parlement, l’agence de notation financière Fitch a maintenu la note BB- qu’elle attribue à l’Ukraine et annoncé qu’elle continuait d’envisager une hausse de cette note.

“Si la crise est résolue de manière pacifique, l’Ukraine pourra en sortir avec des institutions politiques plus solides”, a commenté l’agence dans un communiqué cité par Interfax.

 04/04/2007 15:01:19 – © 2007 AFP