Du sucre à l’éthanol, la révolution des producteurs de betteraves avance

 
 
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De la pulpe surpréssée de betteraves à sucre destinée à l’alimentation animale est dechargée à la raffinerie d’Origny le 20 Octobre 2005 à Sainte-Benoite (Photo : Philippe Huguen)

[05/12/2006 16:43:29] PARIS (AFP) Confrontés à une baisse de revenu provenant du sucre, les producteurs de betteraves espèrent profiter du boom des biocarburants, malgré les nombreux obstacles qui se dressent encore sur leur route.

“En 2010, les biocarburants mobiliseront près de 15% de la superficie totale actuellement consacrée à la culture de betteraves et de céréales”, a souligné mardi le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau, lors de l’assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB).

L’espoir fondé sur les biocarburants est d’autant plus grand que la réforme de l’OCM (organisation commune de marché) du sucre européen a entraîné une “baisse de revenu betteravier que l’on estime à plus de 20%” pour 2006, a déclaré Dominique Ducroquet, le président de la CGB.

Cette réforme, adoptée en 2005, avait pour objectifs de diminuer la production européenne de sucre, excédentaire de 6 millions de tonnes, de baisser le prix du sucre dans l’UE, alors trois fois supérieur aux cours mondiaux, et de supprimer à terme les subventions aux exportations.

Le programme de développement de l’éthanol a déjà “permis de quasi-compenser la baisse des surfaces de 14% pour la production de sucre” de betterave dont la France est le troisième producteur mondial avec 3,4 millions de tonnes en 2006, a déclaré le président de la CGB.

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Des betteraves sucrières chez un producteur à Lasson (Calvados), le 22 novembre 2004 (Photo : Mychele Daniau)

Mais il existe encore de nombreux obstacles sur la voie de l’incorporation de l'”énergie verte” dans les carburants, dont la France veut faire passer le pourcentage de 1% en 2005 à 1,75% en 2006, 3,5% en 2007, 5,75% en 2008, 7% en 2010 puis 10% en 2015.

M. Bussereau a souligné que “les normes européennes sur les carburants limitent à 5% en volume l’incorporation des biocarburants”. La réponse de Bruxelles à la demande française de porter ce maximum à 10% devrait “intervenir d’ici au 10 janvier 2007”, selon le ministre.

Autre obstacle: la grande réticence des pétroliers, principalement Total, à l’incorporation directe d’éthanol dans l’essence.

“C’est l’incorporation en direct dans les essences et non le E85 (85% d’éthanol et 15% d’essence) qui nous permettra d’atteindre l’objectif de 3,5% en 2007. 1% d’incorporation dans les essences, c’est l’équivalent de 200.000 voitures Flexfuel”, a rappelé M. Ducroquet.

Le Brésil, principal producteur mondial d’éthanol, fait aussi peur aux betteraviers français, surtout en cas d’accord bilatéral entre l’UE et le Mercosur (marché commun des principaux pays d’Amérique du Sud).

“Les accords bilatéraux ne devront pas compromettre le développement d’une filière européenne des biocarburants. Nous ne devons pas substituer une dépendance au pétrole importé à une dépendance aux biocarburants importés. Il n’en est pas question”, a assuré le ministre.

Carburant dérivé des plantes (céréales, betteraves à sucre, maïs, canne à sucre) ou de la biomasse, le bioéthanol permet de réduire les rejets de CO2, principal gaz à effet de serre considéré comme responsable du réchauffement climatique.

 05/12/2006 16:43:29 – © 2006 AFP