Le cancer du sein est une épreuve singulière et particulière, car il touche un organe fortement chargé sur le plan identitaire, esthétique et fonctionnel en étant le symbole de la féminité et de la maternité, indique Dr Hatem Bouzaiene, professeur hospitalo-universitaire en chirurgie carcinologique à l’institut Salah Azaiez à Tunis.

Dans une interview télévisée accordée à l’agence TAP à l’occasion de l’Octobre rose, il a affirmé que “l’ablation du sein n’affecte en rien la féminité ni la maternité chez les patientes. La perte d’une partie ou d’un sein n’empêche pas les patientes de se sentir féminines, ni de vivre une sexualité normale”.

Le sein revêtant une forte symbolique dans nos sociétés, où il est étroitement associé à la féminité et à la maternité, toute altération de son apparence peut affecter profondément l’image de soi et avoir des répercussions psychologiques importantes chez les patientes, explique le Dr Bouzaiene.

La mastectomie (ablation de la totalité ou d’une partie du sein) constitue une opération avec des enjeux aussi bien physiques que psychologiques. Elle implique une intervention chirurgicale conséquente, une période de convalescence et un suivi rapproché. Mais c’est aussi une opération à fort retentissement psychologique.

“Cela peut engendrer une baisse de l’estime et de la confiance en soi, dont les répercussions sur la vie personnelle et intime des patientes peuvent être significatives, allant même jusqu’à mettre en péril leur équilibre familial et à menacer leur vie sociale” a-t-il dit.

Il a indiqué, dans ce sens, que la reconstruction mammaire revêt donc des enjeux psychologiques forts, qui touchent tant à la qualité de vie des patientes qu’à leur santé mentale et à leur insertion sociale, rappelant que cette opération est gratuite pour les patientes atteintes du cancer du sein.

“On considère souvent la reconstruction du sein comme un levier de guérison psychologique et de réhabilitation après l’épreuve éprouvante du cancer du sein”, a-t-il dit.

En effet, elle permet de minimiser les séquelles du traitement sur la patiente, ce qui peut l’aider à se réapproprier le corps, mis à rude épreuve par la maladie autant que par les traitements, afin de reprendre plus facilement le cours de sa vie, a-t-il fait savoir.

“C’est pourquoi une reconstruction mammaire doit être abordée avec l’équipe médicale. Elle peut se faire immédiatement après l’intervention, ou en différé dans les cas où la radiothérapie doit compléter la mastectomie” a encore expliqué Dr.Bouzaiene.

Cela dit, dans certains cas, la patiente peut choisir de ne pas l’effectuer, évoquant à cet effet un nombre de patientes, à l’institut Salah Azaiez, qui ont décidé après avoir terminé leur thérapie, de ne pas avoir recours à la reconstruction mammaire, s’acceptant avec leurs cicatrices faisant désormais partie de leur identité nouvelle après la maladie”, a fait savoir le spécialiste.

La reconstruction mammaire n’est absolument pas obligatoire, elle repose sur un choix personnel, mais de nombreuses femmes y ont recours pour atténuer les stigmates de la maladie sur leur corps.